Chapeau emblématique des Années folles (1920-1930), la cloche a fait un bref retour dans les années 60.

La mode sous toutes ses coutures

Depuis «toujours», Annie et Pierre Cantin ont rêvé de fonder un musée pour mettre en valeur leur énorme collection de 5000 objets du patrimoine québécois. Avec Bibis, cloches et escarpins, un modeste aperçu de leur dotation au Musée de la civilisation, «il se réalise en partie aujourd’hui», a témoigné la vénérable dame, élégamment vêtue pour l’occasion.

Annie Cantin était très émue mardi matin. Et pour cause. Cette exposition est une forme de consécration pour leur patient labeur, mais aussi une reconnaissance posthume pour son mari architecte, décédé en 2007. «Pendant plus de 40 ans, […] nous avons conjointement partagé une vision du monde et mis en commun des projets emballants à deux pas d’ici à la maison Chevalier où nous avons travaillé à la préparation de la restauration de place Royale.»

Leur collection, amorcée en 1960, trouvera logement au manoir Charleville à Boischatel, leur résidence patrimoniale où plusieurs morceaux font partie de leur quotidien. En 2007, le couple demande au Musée d’examiner l’ensemble de sa collection qui s’étend de la Nouvelle-France jusqu’aux années 60. Quelque 1800 objets sont retenus «en raison de leur rareté, de leur attrait esthétique et de leur état de conservation remarquable», explique le directeur général Stéphan La Roche. 

Le temps des Québécois

La mise en valeur des collections y étant un «enjeu majeur», le Musée a choisi de greffer 43 vêtements et accessoires à l’exposition permanente Le temps des Québécois. Bibis, cloches et escarpins, bien sûr, mais aussi robes de soirée et divers accessoires fabriqués pendant la première moitié du XXe siècle se retrouvent sur une mezzanine drapée de noir et à l’éclairage feutré (pour les préserver de la lumière).

Le visiteur peut ainsi porter un regard sur l’étiquette vestimentaire de la bourgeoisie, mais aussi constater le talent des tailleurs et modistes de l’époque. Ainsi que la durabilité de leurs créations souvent uniques. «Je n’ai cessé d’être fascinée par l’élégance des tenues d’autrefois», souligne Mme Cantin.

Robe datant de 1910. Le col montant et les manches longues sont de rigueur pour les tenues de jour.

«En plus de nous éblouir, cette exposition viendra sans doute toucher une corde sensible chez plusieurs d’entre nous qui commençons à poser un regard critique sur la production industrielle des vêtements. Celle-ci rime trop souvent avec mauvaise qualité, obsolescence et avec l’exploitation des travailleurs et des enfants même, parfois, malheureusement. C’est le retour du balancier. On recommence à s’intéresser aux artisans, à la qualité de la confection, à la durabilité des produits et tout ce qui porte un sceau d’originalité», soutient Stéphan La Roche.

Il s’agit néanmoins d’un échantillon fort modeste, comme le reconnaît volontiers le directeur général. Mais le visiteur virtuel pourra explorer davantage la dotation d’Annie et Pierre Cantin sur le site Web du Musée (collections.mcq.org). L’institution muséale a entièrement numérisé ses collections et rendu disponibles plus de 500 000 œuvres et artéfacts depuis la semaine dernière.

Bibis, cloches et escarpins est présentée jusqu’au 8 octobre 2018.

L’escarpin à talon haut est la chaussure élégante par excellence et demeure un symbole de sensualité. Il prend la forme que nous lui connaissons à partir du milieu du XXe siècle. La finesse des matériaux de ce modèle, fabriqué pour le commerçant Charles A. Giguère inc., à Québec, suggère qu’il s’agit d’un escarpin de soirée.