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Le commissaire Guy Sioui Durand à côté de <em>Deer Messenger-Cher Messager</em> de Teharihulen Michel Savard
Le commissaire Guy Sioui Durand à côté de <em>Deer Messenger-Cher Messager</em> de Teharihulen Michel Savard

Kakakew: voyage d'Est en Ouest à dos de corbeau

Josianne Desloges
Collaboration spéciale
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Une exposition rassemblant des œuvres d’une vingtaine d’artistes des Premières Nations marque la réouverture de la Galerie Alexandre Motulsky-Falardeau. Guy Sioui Durand coiffe le chapeau de commissaire et nous offre une visite commentée tissant sociologie, politique, art et héritage.

L’exposition est conçue comme un voyage de la côte de l’Atlantique à celle du Pacifique. «Parce que nous sommes en territoire Wendat et que dans nos maisons longues, la porte d’entrée est toujours à l’est, alors qu’on sort vers l’ouest», expose Guy Sioui Durand.

On parcourt d’abord les terres de boisés, où vivent les caribous et les ours, ce grand bouclier qui s’étend de la baie James à l’estuaire du fleuve en passant par les Grands Lacs. Sur un premier mur, on trouve des œuvres de style woodland, des dessins délimités par de larges traits noirs, où apparaissent des animaux mythologiques.

Norval Morrisseau, <em>Chaman and water creatures</em>, acrylique, 1987

On y trouve trois œuvres de Norval Morrisseau, qui a fait sa marque dans les années 60 en exposant en galerie des œuvres qui puisaient au monde chamanique, celui des pictogrammes et de l’art rupestre.

«Il y a ici les grands-pères et les grands-mères de toute l’aventure de l’art moderne et contemporain autochtone», expose le commissaire, qui s’est permis d’inviter Jean-Paul Riopelle, en insérant dans l’exposition un pastel sans titre dont les couleurs terreuses rappellent celles d’une œuvre de Morrisseau. Il évoque la rencontre manquée entre ces deux artistes, qui ne se sont jamais rencontrés même si leurs œuvres se sont côtoyées dans plusieurs expositions d’envergure.

Christian Morrisseau, <em>Otter Family</em>

Au centre de la galerie en «L» se trouve un portrait de Zacharie Vincent, à qui une exposition a été consacrée au Musée huron-wendat en 2017. Vincent a posé pour le peintre Antoine Plamondon (Le dernier Huron), avant de faire ses propres autoportraits.

L’œuvre présentée dans l’exposition est signée Sarah Cleary (qui demeure à Stoneham) et s’intitule Tehariulen, ta nation a besoin de toi.

Elle fait face à un autre portrait de Cleary qui a pour sujet Gabriel Dumont, chef militaire de la rébellion de la nation métis au côté de Louis Riel, qui s’est joint à la troupe de Buffalo Bill pour le Wild West Show. Parmi les teintes de gris, ses mocassins jaune ocre rayonnent. L’artiste a inséré, au-dessus de sa signature, un morceau de fourrure.

Sarah Cleary, <em>Gabriel Dumont</em>, 2012, huile sur toile, 152 x 101 cm

Nous sommes en territoire wendat, dans le volet plus contemporain de la sélection. Y trône une sculpture installation de Teharihulen Michel Savard nommée Deer Messenger — Cher messager.

Dans un écrin technologique, où les circuits électroniques illuminés dessinent un micro-cosmos, une image mythologique : la terre sur le dos de la Grande Tortue, en suspension. Les antennes du téléviseur ont été remplacées par des cornes de chevreuil (l’animal qui assure le passage entre les mondes). Celles-ci dégoulinent de pétrole.

L’artiste wendat signe aussi Prémisse à une guerre bactériologique et religieuse en terre d’Amérique, une couverture couverte d’images de virus et de chapelets.

En conjuguant les symboles, il met de l’avant des enjeux pandémiques, écologiques et historiques ce qui fait dire à Guy Sioui Durand : «Les artistes sont les nouveaux chasseurs-chamans-guerriers. Ils peuvent faire une contre-histoire de la société, et une histoire de l’art, autochtones. Ce sont nos sociologues».

Un mur est consacré aux œuvres des plaines, où les lignes élégantes donnent un caractère léger et évanescent aux animaux représentés. C’est particulièrement surprenant sur la représentation du bison, animal massif s’il en est un (Bison and Sun d’Isaac Bignell).

Isaac Bignell, <em>Bison and Sun</em>, acrylique sur papier, 1994

On survole rapidement les montagnes Rocheuses pour observer les œuvres des peuples du Saumon, où le corbeau (Kakakew, devenu le titre de l’exposition) joue le rôle du trickster tenu par le carcajou dans l’est, souligne Guy Sioui Durand.

Ben Houstie, <em>Eagle Dancer and Moon</em>, aquarelle, 1997

Quelques œuvres de la famille Hunt, célèbre sur la côte ouest, montrent le soleil et la lune entourés d’animaux aux traits plus incisifs. Sur le bord de la fenêtre, un crâne d’original coiffé d’un mohawk semble monter la garde.

<em>Moosehawk</em> de Sarah Cleary

Le mur qui accroche tout de suite le regard lorsqu’on entre dans la galerie porte des œuvres de femmes artistes. Les tableaux de Eruoma Awashish, de la communauté autochtone d’Obedjiwan, commandent le regard. L’ours, animal-médecine, s’y dresse parmi les cœurs battants, sur des fonds aux couleurs vives ponctués d’insertion de feuilles d’or.

Eruoma Awashish, <em>Kice Masko/ Ours sacré</em>, acrylique et feuilles d’or sur toile, 2021

«On a connu Eruoma avec des rouges vifs. Elle introduit de la douceur», note le commissaire.

Celle qui a fait une murale extérieure en l’honneur de Joyce Echaquan en appelle à la guérison et à la bienveillance, dans des œuvres créés spécifiquement pour l’exposition.

À voir jusqu’à la fin mars au 1, côte Dinan, Québec. Info : galerieamf.com

Richard Hunt, <em>O’ Canada</em>, sérigraphie