Le nouveau directeur general du MNBAQ, Jean Luc Murray

Jean-Luc Murray, le nouvel amiral du MNBAQ

Le nouveau directeur général du Musée des beaux-arts du Québec veut faire du musée «tout sauf un lieu dont la visite laissera les gens indifférents». Surprenez-moi!, exige Jean-Luc Murray.

Parcourir un musée américain dont la collection comporte un peu de tout présenté sans grande originalité l’ennuie au plus haut point. Visiter La Piscine, à Roubaix, un musée construit dans une ancienne piscine art déco, l’a séduit. Ce n’est pas seulement le lieu qui est exceptionnel, mais aussi la qualité et l’originalité de la collection. Là où on jurerait voir un Monet ou un Cézanne, on découvre le travail d’un peintre exceptionnel et oublié. De quoi enthousiasmer le peintre devenu muséologue.

Grandi à Clermont, dans Charlevoix, non loin de la rivière Malbaie, M. Murray a travaillé au Musée de la civilisation, au Musée McCord, au Musée des beaux-arts de Montréal, au Musée de Charlevoix et enfin — après deux rendez-vous manqués — il a pris le gouvernail du Musée national des beaux-arts du Québec.

Quelques mois après son entrée en fonction, après le grand redéploiement des collections d’art ancien et moderne, le directeur général était prêt à faire faire son portrait et à répondre aux questions du Soleil.

Vous avez étudié en arts visuels à l’Université Laval, pour devenir peintre. Quel genre d’œuvres faisiez-vous?

«C’était de la peinture très figurative. J’étais un grand héritier de la tradition de l’art populaire de Charlebois. Mes œuvres étaient près de l’art naïf, mais c’était aussi de la peinture d’idées. Des éléments y étaient mis en scène pour parler de la religion, de la mode, de la famille. Ce qui me décourageait, souvent, c’est que les gens ne comprenaient jamais vraiment ce que j’avais voulu exprimer. Finalement, j’aurais dû écrire ou faire de la chanson. Trente ans plus tard, je comprends aujourd’hui que l’œuvre appartient au spectateur et ça m’apaise.»

Toutes périodes confondues, qu’est-ce qui vous touche dans une œuvre d’art?

«Je suis assez bon public, mais j’aime les œuvres qui racontent, qui nous rejoignent dans notre humanité. C’est un peu ce qui caractérise les chefs-d’œuvre. Peu importe le temps et l’espace social, ils communiquent de manière très forte avec le public. J’aime beaucoup l’art moderne et contemporain, mais aussi l’art religieux, pour son côté iconographique.»

Qu’est-ce qui vous a fait migrer vers Montréal le jour de vos 30 ans?

«Ça faisait 13 ans que j’étais à Québec et j’avais un chum à Montréal à ce moment-là. C’était le 350e de Montréal et il y avait du mouvement dans les musées. Pointe-à-Callière venait d’être construit, le McCord avait été rénové. J’ai été chanceux de me trouver un emploi dans ce musée. Quelques mois après, le Musée du Québec m’appelait pour me proposer un emploi, comme responsable des guides. Ça m’a remis en question, j’avais toujours voulu travailler dans un musée d’art. Mais comme je venais de déménager, j’ai décidé de rester dans la métropole.»

Vous avez eu l’occasion de travailler dans des musées très différents. Qu’avez-vous retiré de ces expériences?

«À la Villa Bagatelle, ça a été le respect des publics. Si on n’avait pas 40 000 visiteurs par an, on fermait, donc il fallait absolument faire des projets attractifs. Au Musée McCord, ça a été le pouvoir des objets. Au Musée de Charlevoix, dans ma région, ce fut une expérience de gestion. Les emplois, le fonctionnement du musée, le bâtiment, la programmation d’expos, ça a été très formateur.»

Jean Luc Murray

Et vous avez fait partie de l’équipe du Musée des beaux-arts de Montréal deux fois plutôt qu’une…

«Lorsqu’on m’a rappelé pour remplacer mon ancien patron, j’ai hésité longtemps, mais je n’ai pas regretté, parce qu’on a développé un des projets éducatifs les plus intéressants dans le monde actuellement. Ça comprend de l’art thérapie, de l’engagement dans la communauté et une manière innovante de présenter des œuvres d’art. C’était un peu comme une relation amour-haine, c’était très engageant. Je n’ai pas de souvenir de ces sept années-là au-delà du fait qu’on a travaillé comme des malades. J’ai appris beaucoup avec Nathalie Bondil [la directrice du MBAM], notamment à penser autrement, à développer mon leadership et à aimer le succès.»

Que voulez-vous faire au MNBAQ?

«La relation avec l’art devrait se passer en bas des épaules et les musées n’ont pas toujours fait un bon travail là-dessus, les musées d’art surtout. Ce qu’on veut essayer, c’est de développer ce qui a été amorcé dans le nouveau déploiement des collections, c’est-à-dire des manières différentes de présenter la collection, avec une sensibilité plus grande pour le visiteur, avec des approches thématiques, formelles, qui permettent de faire des liens entre les œuvres et avec le monde actuel. On veut aussi essayer des choses inédites, avoir une approche laboratoire, dans des espaces plus restreints.»

Est-ce qu’au-delà des espaces-laboratoires restreints, les expositions temporaires bousculeront nos repères?

«Sûrement! On reçoit cet automne Cozik, un duo d’artistes qui travaillent depuis les années 70 avec une approche très subversive. Ils font des œuvres qu’on peut toucher, qui nous enlacent, bref, le contraire de ce que les musées présentent habituellement. Ce sera un événement. Quelque chose de complètement différent de nos grands projets d’expo comme Miro cet été. On a la chance d’avoir un musée immense qui permet de faire plusieurs propositions. On veut aussi être davantage en dialogue avec notre communauté, faire des dialogues en cocréation, avec des partenaires inhabituels pour nous. On veut être un musée innovant, tant dans nos acquisitions que dans nos façons de présenter les choses, tout en demeurant à échelle humaine.»