«Sonic Jungle», de Florian Dussopt

Installations du 20e Mois multi: envoûtement écologique [PHOTOS + VIDÉO]

À travers les installations du 20e Mois multi, les préoccupations écologiques n’auront jamais parues aussi séduisantes. En nous invitant à façonner l’espace, à se laisser charmer par des objets magiques et à partir en exploration dans les moindre recoins de la coopérative artistique Méduse, Recto Verso nous propose une épopée sensorielle dans l’art multi et électronique.

Nous débutons la visite dans le studio d’essai, où le Français Vincent Houzé présente Fluid Structure 360, une installation vidéo qui se déploie sur les quatre murs de la salle et avec laquelle les visiteurs peuvent interagir. Lorsqu’on se place devant le mur d’eau virtuelle, notre silhouette y apparaît, comme dans un creux de vague. L’eau suit nos gestes avec une fluidité étonnante. «En voyant l’oeuvre à Paris l’été dernier, j’ai pensé à la pièce J’aime Hydro, à la manière dont on contrôle et joue avec l’eau au Québec», note Jeanne Couture, la commissaire qui a sélectionné les installations du Mois multi.

«Fluid Structure 360», de Vincent Houzé

Dans la salle Multi, on traverse d’abord Sonic Jungle de Florian Dussopt, que celui-ci décrit comme «un paysage sonore hybride, qui mêle les sons captés dans la nature et des sons synthétiques». Le visiteur se déplace dans une forêt de lianes serties de fleurs lumineuses. Les parasites luminescents réagissent au passage de l’intrus, l’encerclent et lui font sentir qu’il est en territoire habité.

Aura de fragilité

En tendant l’oreille près de Five Pairs de Nils Völker, on a l’impression d’entendre un poumon artificiel qui se gonfle difficilement. L’Allemand, qui a multiplié les installations faites à partir de sacs de plastiques ces dernières années, signe ici une grappe de ballons — voire d’oreillers — étrangement vivants.

«Five Pairs», de Nils Völker

La même aura de fragilité flotte autour de Vanitas machine, de Verena Friedrich, où une chandelle brûle de peine et de misère sous un globe de verre, où un tuyau ne lui transmet que le minimum d’oxygène requis pour que sa flamme reste allumée. «Ça illustre cette ancienne théorie qui dit qu’en ralentissant son métabolisme au maximum, on pourrait prolonger la vie», souligne Jeanne Couture. La chandelle, elle, devrait fondre à peine pendant la durée de l’exposition. On peut traverser le fleuve pour voir une deuxième œuvre de l’artiste, The Long Now, dans la vitrine de Regart.

«Vanitas Machine», de Verena Friedrich

Le fond de la salle multi est occupé par Pianotissage, un magnifique piano qui semble avoir des ailes en fils multicolores. Le concepteur, Philippe Lauzier, est aussi compositeur et fait chanter la sculpture avec une douceur mélodieuse.

«Pianotissage», de Philippe Lauzier

À la mezzanine, un nouvel espace est consacré aux jeux vidéo d’art. Qu’ils préconisent la poésie plutôt que l’action, l’exploration spatiale plutôt que la performance, l’intuition plutôt que les instructions, les jeux proposés sont à milles lieux des jeux commercialisés.

Bidouillages magiques

De cet espace, on peut emprunter une porte normalement fermée aux visiteurs pour aller dans les loges de la salle multi et découvrir les machines du collectif Infiltrations, formé de Mathieu Fecteau, Pascale Leblanc Lavigne et Fred Lebrasseur. Leurs bidouillages magiques sont cachés un peu partout dans les corridors de Méduse. Tous les trouver s’apparente à une chasse au trésor, dont on peut trouver la solution dans la petite galerie de l’Œil de poisson, où un poste de contrôle permet de voir chacune des œuvres sur une tour d’écrans.

Une des oeuvres du collectif Infiltrations
Une des oeuvres du collectif Infiltrations

Un séduisant ballet de lumière nous attend dans la plus petite galerie de VU. Ljos de Barthelemy Anoine-Loeff crée, grâce à deux cristaux de papier qui flottent sous des cloches de verre, un spectre lumineux, presque une aurore boréale, au mur.

Finalement, à Avatar, Christian Delécluse présente Depuis la nuit suspendue des temps, une installation où des gouttes d’eau — ressemblant joliment à des perles — dégringolent d’un plafond lumineux pour aller percuter l’eau d’un bassin où sont immergées des cymbales. Un procédé qui évoque les premières horloges de l’Antiquité, spécifie l’artiste.

«Depuis la nuit suspendue des temps», de Christian Delécluse

On peut visiter gratuitement les installations jusqu’au 3 mars. Des visites guidées auront lieu à 15h les 24 et 25 février et les 2 et 3 mars. Info : moismulti.org