Humanorium

Humanorium à la conquête du Canada

Après avoir exporté quelques oeuvres des Passages insolites à Ottawa, EXMURO arts publics peut voir encore plus loin pour Humanorium, l'étrange fête foraine qui s'installera à Montréal en octobre, puis qui plantera ses tentes dans deux autres villes québécoises et trois villes canadiennes d'ici l'été 2019.
Ce laboratoire de l'humain, sous le commissariat d'Ève Cadieux et Vincent Roy, a été présenté l'été dernier devant le Musée national des beaux-arts du Québec et avait attiré 12 000 visiteurs en dix jours, selon les organisateurs. Il regroupe une dizaine d'attractions étranges qui s'inspirent des fêtes foraines du XIXe siècle, comme le carrousel de paniers d'épicerie du trio BGL, propulsé à l'huile de bras, le musée de la mort du Torontois Jack Burman, les chambres des curiosités de Djino Cantin et de Louis Fortier, le freak show du Barcelonais Joan Fontcuberta, Le petit acousmonium d'Érick D'Orion et Zoltar le cadavre exquis du Théâtre Rude ingénierie.
<em>Humanorium </em>a été présenté l'été dernier devant le Musée national des beaux-arts du Québec et avait attiré 12 000 visiteurs en dix jours, selon les organisateurs.
Une des attractions d'Humanorium
Marc Séguin et Eruoma Awawshish
Les propositions de Diane Landry et de Marie-Claude Bouthillier ne pouvaient pas être reprises à Montréal et ont donc été remplacées par deux nouvelles expériences. Le peintre Marc Séguin a été invité à repenser le traditionnel stand de tir des fêtes foraines pour y intégrer ses oeuvres. Sachant que ceux qui atteignaient les cibles à Québec repartaient avec des dessins à colorier de leur choix, nous sommes curieux de savoir si les gagnants pourront mettre la main sur une reproduction de l'artiste fort prisé... Cicatriser le passé pour migrer vers la délivrance, une oeuvre de l'artiste atikamekw Eruoma Awashish réalisée en collaboration avec le vidéaste Nicolas Lévesque, qui sera aussi intégrée à Humanorium.
L'an dernier, EXMURO arts publics a reçu une bourse de 30 000 $ du Conseil des arts et des lettres du Québec pour lui permettre de faire voyager sa fête foraine dans la province. Cet hiver, une bourse Nouveau chapitre de 325 000 $ du Conseil des arts du Canada s'est ajoutée à l'équation. «Nous sommes parmi les quelques organismes qui ont reçu une de ces bourses dans le cadre du 150e du Canada, pour financer des projets qui sortent de l'ordinaire», souligne Vincent Roy, directeur général et artistique d'EXMURO.
Un «beau piège»
Humanorium installera ses pénates aux Jardins Émilie Gamelin, au centre-ville de Montréal, du 5 au 15 octobre, dans le cadre de l'événement KM3, organisé par le Partenariat du Quartier des spectacles. «On tentera de faire quatre autres destinations l'été prochain, puis une autre en juin 2019», indique M. Roy. L'équipe n'a pas encore déterminé si elle se dirigera vers les provinces maritimes ou vers l'Ontario pour cette mini-tournée canadienne. «Et ce ne sera pas nécessairement la fin. Je vois ce projet circuler encore. On peut l'autofinancer en partie, en demandant un prix d'entrée ou en rendant certaines activités payantes», indique-t-il. «Je crois que nous avons trouvé un bon filon pour présenter de l'art actuel. C'est un beau piège, car sous son aspect ludique, l'exposition fait réfléchir.»
Le freak show de Joan Fontcuberta, qui rassemble des images trouvées sur Internet avec les mots «freak», «weird», «bizarre» ou «monstre», demande d'ailleurs une certaine supervision parentale. «Nous avons un peu resserré les critères de recherche et nous sommes vigilants, mais nous voulons rester sur la ligne, que ça ait un réel impact, que ça montre réellement le côté tordu de l'être humain», précise M. Roy. 
Celui-ci explore aussi l'idée de faire voyager Humanorium aux États-Unis, sur la Côte-Est, où la tradition des fêtes foraines est bien ancrée, et jusqu'à Coney Island, où elle se fonderait complètement dans le décor.
Plan local pour les Passages insolites
Quatre oeuvres des éditions 2014 et 2015 des Passages insolites, qui égaient le parcours des promeneurs dans le Vieux-Port et le Petit-Champlain depuis quatre ans, ont élu domicile à Gatineau et Ottawa jusqu'en mai 2018. Cette initiative devait ouvrir la voie à des présentations dans d'autres villes canadiennes et américaines, mais ce sera plutôt à Québec que les oeuvres devraient être redéployées l'été prochain. «Nous sommes en train de travailler sur un plan pour présenter les oeuvres dans les différents arrondissements», indique Vincent Roy, directeur général et artistique d'EXMURO arts publics. À la demande de la Ville de Québec, qui souhaitait conserver les oeuvres sur son territoire, M. Roy tente de trouver une manière d'intégrer les oeuvres dans les parcs, près de la nature, où elles devraient conserver leur aspect insolite. «Comme elles ont été conçues pour les quartiers touristiques, où les constructions et la circulation est dense, il fallait trouver le bon contexte. Ça n'aurait pas vraiment eu de sens de les planter dans un stationnement», explique-t-il.