Gaspésie human less (I-II-III): le grand tour

Il y a un bon moment que je suis les expositions qui découlent du périple gaspésien de Guillaume D. Cyr et Yana Ouellet. Puisque le couple expose une sélection de photos tirées des trois parties du projet à la Galerie Michel Guimont, l'occasion était belle de replonger dans leur inventaire de maisons endormies, dans les vestiges des industries abandonnées et de découvrir ceux qui restent, des aînés lumineux.
Revenons cinq ans en arrière. Le couple exposait à l'Établi, rue Saint-Vallier, sa première collecte: des photographies de 50 maisons en berne sur la route 132, qui fait le tour de la Gaspésie. La démarche était inspirée des 100 maisons abandonnées de Kevin Bauman, qui a immortalisé les façades de résidences désertées de Detroit.
Yana se concentrait sur les détails (les compteurs électriques arrachés, les portes, les fenêtres) alors que Guillaume s'appliquait à fixer la maison dans le paysage. Le tout baigné d'une aura fantomatique, accentuée par le flou qui règne autour des sujets bien centrés. Pour cette étape, Yana, musicienne de formation, a composé une trame sonore remplie de chuchotements et de craquements.
Deux ans plus tard, toujours à l'Établi, des photographies de la seconde partie étaient exposées dans des boîtes lumineuses, récupérées chez Simons. Le duo avait débusqué de vieilles scieries, des écoles en dormance, des industries laissées à l'abandon. «On a fait autant de kilométrages que pour la première partie, mais concentré dans la baie des Chaleurs», indique Yana Ouellet.
Sur le terrain de l'ancienne cartonnerie de Smurfit-Stone à New Richmond, ils ont capté des images de cuves géantes, rouillées et éventrées, qui ont des airs de fin du monde. «Ça ressemble à des sculptures modernes», note avec raison Guillaume D. Cyr.
Portraits
Pour la troisième partie, ils ont encore réduit leur zone de prise de vue en se concentrant sur les environs de New Richmond, pour faire des portraits de personnes âgées, qui ont vu mourir l'industrie de la pêche et du bois en Gaspésie. Ils leur ont fait sortir leurs albums de photos de famille, ont photographié leurs mains, mais ont aussi pris des portraits de front, saisissants. «Ils entretiennent un rapport à la photographie qui va bientôt disparaître, explique Guillaume. Ils sortent leurs beaux habits, pour eux se faire photographier est un événement.»
En commençant par son grand-père Lorenzo Cyr, Guillaume, pour qui Gaspésie human less est aussi un périple identitaire, a convaincu les autres, petit à petit.
Les trois parties de Gaspésie human less comprennent 220 images. Vingt-huit clichés sont exposés chez Guimont. «Nous voulions pouvoir adapter notre travail à plusieurs espaces, centre d'artiste, galerie, etc. Là, nous présentons l'oeuvre de collection, qu'on peut ramener chez soi», indique Guillaume D. Cyr. Les oeuvres sont signées à deux, à l'image du périple.
Le lancement du livre Gaspésie human less aura lieu le samedi 12 mars. L'exposition se poursuivra jusqu'au lendemain au 273, rue Saint-Paul, à Québec.
<p>La sculpture <em>Mirador </em>de Ludovic Boney</p>
Colosses et faux-semblant à Regart
Le Musée national des beaux-arts a annoncé mercredi que Ludovic Boney, qui travaille au Bloc 5, dans Limoilou, signera l'oeuvre extérieure du programme d'intégration des arts à l'architecture du nouveau pavillon Lassonde.
Deux de ses pièces sont exposées à Regart, à Lévis, jusqu'au 15 mars, dans l'exposition Profilage et protocole. D'abord Caroussel: «Ça fait longtemps que je travaille dessus sans y toucher. C'est le gabarit d'une oeuvre d'art public à Sherbrooke, une sorte de rosace en dentelle», explique Boney. Le mastodonte en aluminium porte des traces de crayons, des sangles, les morceaux de bois... tout ce qui compose la sculpture est une marque du travail effectué ou un élément qui permet aux pièces de tenir ensemble. Rien n'y est ornemental, malgré ce que pourrait laisser penser la cascade de sangles qui jaillissent et s'entremêlent au sol. L'adage «la forme suit la fonction» s'applique tout à fait au travail de Ludovic Boney.
D'autres remarquables résidus d'atelier composent la sculpture Mirador, dans l'entrée de Regart. Les pièces formées de doubles tuyaux, qui ressemblent à des longues-vues ou à des porte-voix, sont empilées comme un jeu de Jenga. «On les met sur des tréteaux pour les emballer, et un moment donné je me suis reculé un petit peu trop et j'ai vu ça», raconte le sculpteur, qui a ajouté de petits fils colorés dans les interstices. Pour faire joli, cette fois.
Les colosses partagent l'espace avec les interventions délicates et réfléchies de Shanie Tomassini. Celle-ci joue sur les contrastes et les apparences, créant des sculptures qui paraissent molles ou plates et cachant ses interventions dans des coins inusités de la galerie. «Il y a une rigueur technique très bien faite, parce qu'elle est légère, elle ne nous écrase pas», indique Amélie Laurence Fortin, la directrice générale et artistique de Regart. «Pour comprendre la force des oeuvres de Ludovic, il faut aussi avoir peur de faire tomber les oeuvres de Shanie.»