Les œuvres en trois dimensions de Frances Glessner Lee ont fait l’objet ces dernières semaines d’une exposition à la Renwick Gallery, en face de la Maison-Blanche, à Washington.

Frances Glessner Lee (1878-1962): hommage à une passionnée d’enquêtes criminelles

WASHINGTON — Des analyses ADN aux études de projections de sang, on connaît les outils sophistiqués utilisés par la police scientifique américaine. On sait moins en revanche que ses experts se forment encore avec des maisons de poupées construites dans les années 40, par une femme passionnée d’affaires de meurtre.

Plus d’un demi-siècle après sa mort, Frances Glessner Lee (1878-1962) a reçu à Washington un hommage mérité, sous l’égide de la prestigieuse Smithsonian Institution.

Les œuvres en trois dimensions de cette pionnière des enquêtes criminelles ont fait l’objet ces dernières semaines d’une exposition à la Renwick Gallery, en face de la Maison-Blanche.

Le public s’y est pressé avec une foule de questions : est-ce de l’art? Du modélisme? Une déviance morbide? Mais tout le monde s’accorde sur un point : le travail de détail de Mme Lee est extraordinaire. Originaire de Chicago, elle a réalisé à partir de l’âge de 65 ans des reproductions de théâtres de faits divers, chacune à peine plus grosse qu’une boîte à chaussures, où le souci du réalisme est frappant.

Avec des bouts de bois ou de tissu, l’artiste reconstitue l’intérieur d’une cuisine où apparaît le cadavre d’une ménagère, une masure dévorée par les flammes ou une chambre au lit souillé d’hémoglobine, dont l’occupant a péri par arme à feu.

Chaque accessoire miniature se veut le plus fidèle possible, étant susceptible d’être un élément de preuve.

Devant chacun de ces «dioramas», dont la solution n’est pas donnée, le spectateur est appelé à trancher : s’agit-il d’une mort naturelle, accidentelle, d’un suicide ou d’un homicide?

Professeure à Harvard

Frances Lee a patiemment confectionné ses Nutshell Studies of Unexplained Death pour enseigner aux étudiants du Département de médecine légale de Harvard comment ratisser les lieux d’un crime potentiel, à une époque où la science médico-légale en était à ses balbutiements.

Créées dans les années 40 et 50, ces miniatures, que l’on inspecte à l’aide d’une torche électrique, servent toujours à former les limiers de la police scientifique de Baltimore.

Étonnant destin que celui de Frances Glessner Lee, issue d’un milieu aisé et contrainte de se marier à 19 ans, elle qui aurait voulu satisfaire sa curiosité par des études supérieures.

Passionnée par les meurtres et les mystères, mais condamnée à vivre une vie de mère de famille de la bonne société, elle a senti la frustration s’accumuler, malgré la relation d’égalité qu’elle a tissée avec George Burgess Magrath, un éminent médecin légiste.

Sherlock à chignon

Ce n’est qu’après avoir divorcé et hérité de la fortune familiale, en 1936, que Mme Lee a pu s’imposer dans cet univers exclusivement masculin, qui a pourtant su reconnaître sa valeur.

Sur certaines photographies d’archives, on la voit trônant au milieu d’une trentaine de policiers, les cheveux réunis en chignon et le visage sévère.

«Elle a tracé un sillon pour les femmes, en devenant la première femme invitée aux réunions fondatrices de l’Académie américaine des sciences de la criminalistique, et la première femme invitée par l’Association internationale des chefs de police», rappelle Mme Ramsland.

«Comme elle avait cette faculté d’enseigner les compétences d’observation, de déduction, de reconstitution des faits, Mme Lee a sensibilisé des milliers d’enquêteurs, de juristes et de journalistes à des détails criminels qu’ils auraient pu négliger.»