Camille Turner, <em>Afronautic Research Lab Newfoundland</em>, 2019
Camille Turner, <em>Afronautic Research Lab Newfoundland</em>, 2019

Foire en art actuel de Québec: une offre doublée pour l'édition virtuelle

Josianne Desloges
Collaboration spéciale
À l’image des autres rassemblements artistiques de 2020, la 7e Foire en art actuel de Québec opte cet automne pour une version virtuelle. L’espace d’exposition n’étant plus un enjeu, pas moins de 25 artistes — du jamais vu — ont été sélectionnés par la commissaire invitée, Dominique Fontaine.

Le tour d’horizon des pratiques et œuvres sélectionnées s’annonce plus long que d’ordinaire, mais la commissaire s’acquitte de son rôle de passeuse avec diligence. Sa visée : prendre le pouls de la sensibilité artistique émergente, en présentant des œuvres variées, qui abordent la complexité humaine, l’environnement, l’intime, le paysage, les mythologies et croyances, tout en ayant un esthétisme fort (rien de moins!).

À travers ses tableaux qui convoquent souvent des roses et des violets, Alexanne Dunn explore son sentiment d’appartenance envers les territoires de Thedford Mines, sa ville natale, marqués par l’activité minière. De Gatineau, Mélanie Myers fait une relecture des matériaux industriels comme le gravier et le béton dans ses dessins. Maryse Goudreau, nommée Artiste de l’année en Gaspésie par le CALQ, conjugue les documents d’archives et une imagerie poétique pour parler des bélugas.

Dans ses compositions plus abstraites, Laurence Belzile fractionne les formes et révèle leur pouvoir d’évocation. Julie Bellavance, quant à elle, signe des lithographies où des éléments naturels et fragiles semblent flotter, sereins et ambigus. Noelle Wharton-Ayer, qui utilise l’estampe numérique, explore aussi les images de la nature. La photographe Josée Pedneault, dont les derniers travaux semblent faits de poussières cosmiques, s’intéresse plutôt à la science et aux cosmogonies traditionnelles.

Josée Pedneault, <em>In Moonless Time</em>, 2018

Les collages de Gabrielle Desrosiers amalgament photographies et objets trouvés dans des saynètes aux échos surréalistes. Bricolant finement avec toutes sortes de matériaux, l’artiste du Saguenay Magali Baribeau-Marchand mène une réflexion sur le quotidien et son potentiel sensible.

Olivier De Serres, <em>Germes IV</em>, 2019

On commence à bien connaître le travail d’Olivier De Serres, près du graffiti et de l’imagerie numérique, et de Kaël Mercader, lauréat du prix Videre relève, deux habitués des expositions de Canadian Bacon.

Oli Sorenson, <em>Pistoletto 3716</em>, 2015

Dany Massicotte, Joan Berthiaume et Oli Sorenson utilisent tous trois la vidéo au sein d’une démarche multidisciplinaire, qui cherche à faire réagir le spectateur et à exacerber sa conscience. On pourra aussi découvrir un pan de l’univers de Commonolithic, qui utilise entre autres l’imagerie numérique et la sculpture pour questionner la perception spatiale, explique Dominique Fontaine.

Dany Massicotte, <em>Gratte-ciel fragment 4</em>, 2018
Joan Berthiaume, <em>Carnation d’un territoire</em>, 2020

Les dessins et sculptures d’Isabelle Lapierre (qui fait partie du collectif éco-féministe B.L.U.S.H.) parlent de nature et d’humanité en péril et combinent d’étranges symboles. De Valérie Potvin, on retiendra les sculptures qui questionnent avec humour les contradictions de l’espèce humaine. Elle a créé Le confident, qui se dresse sur le parvis de l’église Saint-Rodrigue, à Charlesbourg et avait présenté Monstres, en 2017 à la Galerie 3. Les teintes neutres, le ludisme et la précision des formes font écho aux œuvres en céramique d’Amélie Proulx, qui est justement l’artiste présentée par la galerie de la rue Saint-Vallier.

Amélie Proulx, <em>Coiffe Anhydre IV</em>, 2020

La Galerie A met de l’avant les univers éthérés de Luca Fortin alors que la galerie Michel Guimont montre des œuvres de Jérémie St-Pierre, dont les constructions picturales impliquent des spectres et des mirages.

Jérémie St-Pierre, <em>L’horizon des évènements 6</em>, 2018

Les galeries montréalaises Hugues Charbonneau et Art Mûr ont aussi leurs émissaires.

La première représente Rajni Perera, «très en vue en ce moment», note la commissaire. Née au Sri Lanka et installée à Toronto, elle s’intéresse à l’ethnographie, à la sexualité, aux questions de genre et aux divinités à travers des représentations foisonnantes.

La seconde propose de redécouvrir l’esthétique décoloniale d’Eddy Firmin, qu’on a vu avec Fred Laforge au Symposium de Baie-Saint-Paul et à Engramme avec le projet autour de la République imaginaire du Guagabec.

Alors que Firmin puise dans son héritage de la Guadeloupe, Andrew Jackson se penche sur les migrations de ses ancêtres de la Caraïbe à la Grande-Bretagne dans le corpus From a Small Island.

Camille Turner, de Toronto, utilise quant à elle l’Afrofuturisme pour traiter de l’histoire et d’enjeux sociaux, tandis que Marie-Hélène Cauvin puise dans les contes de la culture haïtienne pour ses gravures, peintures et dessins.

Devant un éventail si vaste de pratiques aux multiples résonances, il serait surprenant que les collectionneurs, néophytes ou avertis, ne trouvent pas leur compte.

L’exposition virtuelle ainsi que diverses activités en ligne seront présentées du 20 novembre au 6 décembre. Info : foireartactuel.ca