«Fait main» au MNBAQ: artisanat punk

L’exposition «Fait main», présentée dans le pavillon Lassonde du Musée national des beaux arts tout l’été, mixe le tricot, le tissage, le modèle à coller, la céramique et la sculpture sur bois avec l’art actuel, vidéo ou engagé. Le résultat, avec son esprit punk et son extrême minutie, a des airs de rébellion patiemment orchestrée.

Le conservateur Bernard Lamarche, l’idéateur de l’exposition, a voulu ajouter une pierre canadienne à l’édifice de cette grande tendance de l’art contemporain mondial d’intégrer des savoir-faire ancestraux et des techniques artisanales. Il a regroupé des œuvres de trente-huit artistes établis d’un océan à l’autre, afin de «revaloriser le travail manuel et l’intelligence de la main», tout en brassant les étiquettes. «Ce qui m’intéresse là-dedans, c’est la conversion d’un ordinaire en extraordinaire», note-t-il. 

Question de vous intriguer, soulignant que Star Trek, Pearl Jam, Slayer et les mangas ont des liens avec certaines œuvres exposées.

Gutter snipes, de Cal Lane, occupe l’antichambre de l’exposition. L’artiste — qui a été soudeuse sur les chantiers de construction — a créé des dentelles au fer à souder dans un immense tuyau de canalisation. En alliant délicatesse et robustesse, l’œuvre pose déjà la question des stéréotypes de genres et des métiers.

Dans la première zone, «Savoir-faire et faire savoir», on retrouve la famille à crâne d’ours de Jean-Robert Drouillard, une chaise Louis XVI faite de papier journal de Mitch Mitchell, un dessin sans fin sur une sphère de plâtre de Paryse Martin, des céramiques qui intègrent des éléments de manga de Brendan Lee Satish Tang. Clint Neufeld a posé des moteurs de céramiques sur d’élégants canapés, associant la mécanique et l’art de la conversation.

L’espace «Motifs de trame» rassemble des œuvres textiles, qui cartographient le territoire routier et céleste (Maclean) ou qui enveloppent d’un doux baume rose des répliques de mines anti-personnelles (Bard Hunt). Saisissante, l’œuvre Native Beating, de l’artiste autochtone Michael Patten, est un bâton de baseball recouvert de perles blanches et d’une tache rouge sang, qui a la forme du Canada. Juste derrière, les pulsations de la vidéo de Nathalie Bujold, faite avec le batteur de Voivoïd, évoque la force de l’impact répété en boucle. 

Exposition «Fait main» au Musée national des beaux-arts du Québec

«Prolongements technologiques» montre l’effort commun de la machine et de la main : des dessins pixelisés ont été transposés sur du tissu jacquard, des tissages de pellicule de film irradient dans des boîtes lumineuses, les motifs déjantés de Dominique Pétrin donnent l’impression d’entrer dans un espace vidéo. Jérôme Ruby a crée «de l’art brut rechargé par la technologie», formule M. Lamarche, en transformant une sculpture de sirène en bois en Saint-Sébastien transpercé de néons.

Des œuvres à la fois indisciplinée, irrévérencieuses et raffinées sont rassemblées sous le titre «Lowbrow», formant un jardin où érotisme, sexualité, organes et végétaux rayonnent dans de glorieux amalgames. Les phallus fleuris de Paryse Martin (Modestes et mignons) et l’installation de ceinture de cuir de François Morelli (Tapis volant) en sont de bons exemples.

Les minutieuses et foisonnantes maquettes de Chris Millar, véritable apothicaire du modèle réduit, répondent aux paysages de Guy Laramée, sculptés dans de copieuses encyclopédies. Cinquante casse-têtes partageant la même matrice et refaits par Jean-Marc Mathieu-Lajoie évoquent la peinture à numéro, alors que Sébastien Duchange a créé des modèles et verre, ironiquement baptisés Ready-Made, dans le segment «Labeur/Loisirs».


Une exposition à voir jusqu’au 3 septembre, au MNBAQ.