«Ma collection d’exposition»

Expos estivales à Regart: reliques et projections

La programmation estivale de Regart amène le visiteur à renouer avec des curiosités du passé, à anticiper le futur et à se questionner sur l’art infiltrant. Dans la galerie, Marc-Antoine K. Phaneuf et Charles Sagalane déploient leur pimpante correspondance sur les murs pour «Ma collection d’exposition».

Marc-Antoine K. Phaneuf a été appelé en renfort après le désistement de l’artiste qui devait exposer cet été au centre lévisien. «J’avais le fantasme d’écrire sur les murs. De profiter de la salle en “L” pour faire faire les 100 pas aux spectateurs, qui doivent faire 12 fois le tour de la pièce pour tout lire», explique l’artiste touche-à-tout. «Mais il faillait que ce soit une exposition en collaboration. À cinq semaines d’avis, c’était pas évident.»

Il a fait appel à Charles Sagalane, avec qui il avait écrit le texte Ma collection, publiée dans le numéro 166 de la revue Estuaire. Dans ce fruit d’une correspondance de longue haleine, les deux collectionneurs et auteurs se renvoient la balle à coup de phrases commençant toutes par «Ma collection de…». Le texte a été resserré afin qu’il puisse être écrit en gros caractères bleus sur les murs.

«Ça fait ressortir les spécificités du texte, souligne Phaneuf. Il y a un moment où on tombe dans les chiffres. Une ligne et demie est dédiée aux objets promotionnels du Frère André, un délire de Charles que j’ai poussé plus loin, avec un clin d’œil à Boris Vian. C’est un jeu de références, d’accumulation. Ce sont des collections d’objets, mais aussi d’absolu, d’immatériel»

Dans «Ma collection d’exposition», chaque objet est un clin d’œil à tout ce que les deux artistes ont accumulé.

En comparant leurs collections respectives, ils ont trouvé plusieurs correspondances. Tous deux possèdent le Livre des listes, exposé sur un socle au centre de l’espace. Objets d’art brut, de culture populaire, d’art vernaculaire, unicum, reliques, cartes d’affaires drolatiques, menus de restaurants éclectiques… «Chaque objet que nous avons choisi d’exposer correspond à une collection potentielle. Ce sont aussi des clins d’œil à tout ce qu’on accumule par plaisir, par obsession ou parfois malgré nous», indiquent les deux comparses. Une problématique que Sagalane a abordé dans son récit poétique 96 bric-à-brac au bord du lac. Lorsque sa douce lui demande pourquoi il ne jette pas les vieux sacs de riz, il répond que c’est pour faire un projet artistique. «Je n’aime pas tuer un objet qui pourrait être utile, note-t-il. Il symbolise un pan de vie, une possible récupération.»

Charles Sagalane a recensé dans un Cardex les 700 macarons qu’il a accumulés lorsqu’il était enfant. Les descriptions télégraphiques qui s’y trouvent nourrissent maintenant ses ateliers littéraires.

Marc-Antoine K. Phaneuf a quant à lui mis la main sur un «devil’s face» — un billet de 20 $ où on voit le visage du diable dans les cheveux de la reine d’Angleterre. Il expose aussi une annonce écrite à la main disant «Perdu, iguane vert, deux pieds de long, agressif», qui offre un potentiel de fiction assez intéressant.

«On collectionne les collections, en fait», note Charles Sagalane. «Ça devient une espèce d’autobiographie à deux têtes et c’est assez difficile de départager ce qui appartient à qui.»

Le long de la piste cyclable 

Marc-Antoine K. Phaneuf présente aussi l’installation Anticipation perpétuelle, visible le long de la piste cyclable. Dix panneaux, ou «cartes postales textuelles», où l’on peut lire d’un côté des observations sur comment on imaginait le futur dans les années 50 et 60 et, de l’autre, une réflexion sur notre réalité aujourd’hui. L’envers des TV Dinner, plats individuels fabuleux et futuristiques, est l’accumulation de plastique qui recouvre maintenant une partie de la planète. Même s’ils sont un brin comiques, les panneaux s’effacent peu à peu, en écho à notre disparition prochaine.

L’installation «Anticipation perpétuelle» expose 10 «cartes postales textuelles».

Geneviève Gasse infiltrera elle aussi la piste cyclable avec son projet Vélo-bureau : le chemin pour se rendre, une recherche sur l’art infiltrant qui se poursuivra tout l’été. Créant l’ambigüité, elle a aménagé un centre de recherche dans l’espace qui donne sur la rue Saint-Laurent et sillonnera la piste cyclable sur un vélo-bureau.

Geneviève Gasse sillonnera la piste cyclable de Lévis sur un vélo-bureau pour présenter son travail artistique.

«C’est une manière d’entrer en communication avec les gens, tout en montrant que le travail artistique est divisé entre la production d’objets et l’administration, la recherche, la production de textes», explique-t-elle.

Jusqu’au 18 août, au 5956, rue Saint-Laurent, Lévis et aux abords de la piste cyclable.

Vélo-bureau: le chemin pour se rendre