Un détail du collage sur l'enfance

Du street art à la feuille d'or

Wartin Pantois multiplie depuis des années les interventions artistiques à teneur sociale dans le quartier Saint-Roch pour créer la surprise, l'amusement, mais surtout la réflexion. Depuis quelques semaines, il s'est installé à l'intérieur, au sous-sol du Cercle, et tiendra le 2 mars son premier vernissage.
Wartin Pantois a appliqué de la feuille d'or sur ses collages en noir et blanc.
Vous vous souvenez peut-être des silhouettes dessinées au sol aux endroits où des cyclistes et des piétons ont été mortellement happés, ou encore des silhouettes des expulsés sur les portes condamnées d'un immeuble de la rue Christophe-Colomb. 
L'artiste propose, cette fois, un projet autour des thèmes de travail de la direction artistique du Cercle - le féminin, la nordicité, les Premières Nations et l'inquiétante étrangeté - à travers quatre tableaux qui racontent l'histoire d'une vie, à travers une diversité de possibles.
En utilisant des images du domaine public, libres de droits et pêchées sur Internet, il a créé des collages photographiques grandeur nature, en noir et blanc. Puis il y a apposé de la feuille d'or, comme pour les images de sans-abri qu'il avait semées près de la place de l'Université du Québec. Une touche précieuse et magique sur des portraits intemporels, empreints de gravité et d'étrangeté. 
Pour illustrer la naissance et la dépendance à l'autre, une femme sans visage, vêtue d'un anorak, tient un enfant dans ses bras. Pour l'enfance, trois enfants, à l'image presque superposée, courent vers des directions différentes, sous des dégoulinures noires. Sept femmes debout et une autre au sol, en retrait, composent une fresque sur «les combats intimes et sociaux», note l'artiste. La quatrième image évoque le dernier souffle et le regard sur le passé.
Le collage qui représente la naissance
Anachronique
«Je n'ai pas essayé de me placer dans le temps, c'est très anachronique», souligne Wartin Pantois. Sociologue de formation, l'artiste autodidacte traîne ce pseudo depuis l'époque où il apposait ses images photographiques, par groupes de trois, sur les bretelles d'autoroute de l'îlot Fleurie. Il y a la musique punk de Wartin et les compositions rock de Pantois. Les oeuvres visuelles, quant à elles, portent certains éléments de l'esthétique punk - contrastes noir et blanc, images dont on voit la trame d'impression et dégoulinures de peinture.
«J'ai pu élaborer davantage mes collages, puisqu'en travaillant à l'intérieur, j'avais plus de temps que lorsque je travaille dans la rue», souligne l'artiste, qui n'intervient que dans des lieux abandonnés ou publics, où la pérennité des oeuvres est laissée au hasard. «Je sais qu'au sous-sol du Cercle, les images seront vues par toutes sortes de monde, qui viennent pour des spectacles et pas nécessairement pour voir de l'art», souligne-t-il.
Wartin Pantois fera par ailleurs une résidence au Portugal, chez Córtex Frontal, plus tard cette année. Il prévoit créer une scène sociale à l'extérieur et une scène chargée d'étrangeté, plus psychique, à l'intérieur, en utilisant du papier kraft, des pinceaux et de la peinture en aérosol.
Horizons, collages sur mur, est à voir au sous-sol du 228, rue Saint-Joseph Est. Vernissage le jeudi 2 mars dès 17h.
Manif d'art 8: les obsessions magnifiques
<i>Je le fais</i>, de Josée Landry Sirois
Paryse Martin et Josée Landry Sirois n'auraient pu espérer meilleur décor que la Maison Hamel-Bruneau pour exposer leur réponse au thème de Manif d'art 8, l'art de la joie. Les personnages surréalistes de la première et le laboratoire du quotidien de la seconde y cohabitent pour créer une fascinante maison des mirages.
Les éléments des oeuvres de Paryse Martin se répondent et forment de petits systèmes en soi. Les dessins de sa série La raison du mouvement, déjà présentés à la Galerie Michel Guimont, amalgament des machines, des animaux et des humains dans une mécanique surréaliste. Les oeuvres, pour la plupart sculpturales, de sa série Les regards obliques s'appuient sur des renversements. Une robe de mariée suspendue cache des pattes griffues, sous une pluie de fils à pêche rouges. Les yeux pullulent. Un lapin est constitué de feuilles de laitue. Une femme à trois yeux rappelle à la fois le poulpe, le centaure et la nymphe.
«Ce sont de joyeux monstres, avec un côté très baroque», note l'artiste, qui cultive l'ambiguïté et la pluralité des interprétations.
Des oeuvres de la série <i>Les regards obliques</i>, de Paryse Martin
Sortir des secrets
Jeanne Couture, qui signe les textes de l'exposition, souligne que la «filature journalière» de Josée Landry Sirois tient à la fois «du vertige de la kamikaze» et de «la foi de la religieuse». Les artéfacts de l'artiste - gommes à mâcher, papiers, écrits, dessins, rebuts - sont parfois soigneusement disposés, comme une collection précieuse, et parfois amalgamés dans des magmas qui tiennent du gri-gri et du monument.
Mise en confiance par la designer d'exposition Danièle Lessard, l'artiste a accepté de «sortir des secrets». Aux objets coulés dans des bulles de verre s'ajoutent un rouleau de papier dans une case transparente et des polaroïds de la série Les gisants, réalisés en 2003, alignés et épinglés comme des papillons.
On a envie de flâner et de rêver longtemps en sillonnant Magnificat.
L'expo est présentée jusqu'au 14 mai, du mercredi au dimanche de 13h à 17h au 2608, chemin Saint-Louis, dans le cadre de Manif d'art 8 - la biennale de Québec.