«Duo de choc» au MNBAQ

Pour célébrer avec faste le premier anniversaire de son nouveau pavillon, le Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ) a réuni un «duo de choc», deux expositions contrastées sur le plan visuel qui confrontent l'ancien et le moderne. La première réunit des peintures qui ont un étroit lien avec notre histoire alors que la seconde célèbre avec panache la carrière de Philippe Halsman, auteur de plusieurs clichés iconiques de Marilyn, Dali, Einstein, Cocteau, Hitchcock...
Le nom de Philippe Halsman n'est pas aussi familier que ceux de Bresson, Doineau ou Leibovitz, mais certaines de ses photographies sont profondément ancrées dans notre inconscient collectif. L'expo Étonnez-moi! au MNBAQ vient nous rappeler l'importance de l'artiste qui a vu ses oeuvres faire la Une du magazine Life plus d'une centaine de fois!
La rétrospective consacrée à Halsman (1906-1979) a attiré l'oeil de Line Ouellet lors d'un séjour à Paris. La directrice et conservatrice en chef du Musée des Plaines voulait absolument que Québec devienne un port d'accueil après la Ville lumière, Lausanne, Rotterdam, Barcelone et Madrid. Une première au Canada et une première monographie nord-américaine depuis 1979, à New York.
Les clichés de cet étonnant et polyvalent créateur révèlent «la capacité d'émerveillement enfantine qu'il a mis au service de la photographie pendant 40 ans», a commenté Anne Lacoste. Selon la conservatrice du Musée de l'Élysée, à Lausanne, il faut aussi retenir sa perspicacité, «l'authenticité de ses portraits, la richesse et la poésie de ses compositions et l'inventivité des techniques qu'il exploite».
Mme Lacoste a indiqué que la famille avait généreusement ouvert ses archives pour l'occasion, dont un autoportrait en gros plan du visage de l'artiste. «Papa me disait souvent que la chose la plus importante n'était pas l'appareil, mais le cerveau», a expliqué Irène Halsman, présente pour la visite de presse de mercredi.
En effet. La créativité et le sens de la mise en scène d'Halsman ont permis d'en faire un maître photographe au XXe siècle, notamment grâce à sa collaboration avec l'excentrique Salvador Dali, dont on a regroupé la crème dans l'une des quatre sections de l'expo. 
Les deux hommes ont partagé pas moins de 47 séances, dont celle du célèbre Dali Atomicus où peintre, chats, objets et vague d'eau sont suspendus dans les airs. Il aura fallu pas moins de 26 répétitions avant de capturer sur pellicule le célèbre moment.
Halsman était un travailleur acharné, qui ne se contentait pas de ses mises en scène élaborées. Il intervenait ensuite sur le tirage ou le négatif, effectuant montage et autre prise de vue pour en arriver à sa photo définitive. On raconte qu'il aurait fait sauter Marilyn Monroe à plus de 200 reprises, pendant trois heures, pour obtenir le «saut parfait» d'une Une de Life en 1959.
Outre la partie consacrée à Dali, Étonnez-moi! présente des sections sur le début de sa carrière à Paris, de 1930 à 1940; les portraits et la mise en scène. Celle sur sa période parisienne montre que, déjà, le photographe développe sa technique du portrait, notamment des célébrités comme Chagall, Le Corbusier ou Malraux.
Il perfectionne ensuite son art auprès de vedettes du cinéma comme Audrey Hepburn et Rita Hayworth, magnifiques dans leur prime jeunesse; Marilyn Monroe, de 1949 à 1959, qui fait l'objet d'une sous-section, ou de personnalités comme Einstein et Bobby Fischer. La photo du célèbre joueur d'échecs démontre son goût de l'expérimentation, encore plus marqué avec des photos pop-art de Warhol, surréalistes de Cocteau et angoissantes d'Hitchcock et de Tippi Hedren, pour le chef-d'oeuvre Les oiseaux (1963).
Ces dernières sont d'ailleurs caractéristiques de son goût pour la mise en scène créative qui lui permet de donner libre cours à son humour. Il développera, dans les années 50, une nouvelle approche du «portrait psychologique». La jumpology permet de révéler le caractère des individus qui, en sautant, laisse tomber leur masque.
«Pour moi, la photographie peut être une chose à la fois profondément sérieuse et extraordinairement amusante. Essayer de capturer la vérité élusive avec mon appareil est souvent frustrant alors que tenter de créer une image qui n'existe que dans mon imagination se révèle souvent un jeu exaltant», a déjà expliqué l'Américain.
Le fabuleux destin des tableaux des abbés Desjardins
Il y a 200 ans, Philippe-Jean-Louis Desjardins expédie des tableaux religieux de la France vers Québec. L'homme d'Église a sauvé les oeuvres du couperet révolutionnaire. Elles arrivent par bateau à New York puis sont expédiées au Bas-Canada... en traîneau! Quelque 70 formats géants qui ont survécu au passage du temps sont réunis pour la première fois depuis leur fuite, dans l'exposition Le fabuleux destin des tableaux des abbés Desjardins.
Ce qui fait dire à Line Ouellet que la référence au titre de l'inoubliable long métrage de Jean-Pierre Jeunet n'est pas fortuite, «parce qu'il s'agit d'une histoire digne d'un film et qu'elle finit bien!»
Du nombre, presque la moitié sont encore exposés dans une douzaine d'églises et de chapelles du Québec. Le plus vieux, au début du XVIIe siècle, est l'un des trois prêtés par l'église Saint-Michel de Sillery alors que le plus récent, de 1787, provient de la chapelle des Augustines de l'Hôtel-Dieu!
Les imposants tableaux aux cadres dorés, parsemés de chérubins, sont caractéristiques de l'art religieux des XVIIe et XVIIIe siècles. Pour les artistes, ces commandes étaient d'une importance primordiale puisqu'elles étaient exposées dans les seuls lieux publics qui accueillaient des oeuvres, devenant de véritables cartes de visite. L'exposition permet d'ailleurs de les voir à hauteur d'homme plutôt qu'accrochés dans les hauteurs des lieux de culte.
La collection constituée par Philippe-Jean-Louis Desjardins et son frère Louis-Joseph, lui aussi abbé à Québec, aura un impact considérable sur les peintres locaux. Ceux-ci auront sous les yeux des oeuvres contemporaines, qu'ils s'empresseront de copier pour se faire la main - Le baptême du Christ fut reproduit pas moins de 25 fois! L'exposition fait d'ailleurs de la place à 17 de ses reproductions, dont certaines sont la seule trace qui subsiste des originaux...
Le fabuleux destin des tableaux des abbés Desjardins, qui retrace l'épopée de ces oeuvres créées pour la plupart par de grands noms de la peinture française de l'époque, est organisée en partenariat avec le Musée des beaux-arts de Rennes.  
L'exposition est présentée jusqu'au 4 septembre.