Miville expose à la Galerie Alexandre Motulsky-Falardeau
Miville expose à la Galerie Alexandre Motulsky-Falardeau

«DOMUS» de Miville: des maisons qui s’élancent

De larges traits blancs et noir s’étalent sur la toile brute, des lignes de graphite creusent des sillons plus frêles et des aplats orange, moutarde et ocre, créent des espaces vibrants. Les toiles de DOMUS, la première exposition de l’artiste Miville à la galerie Alexandre Motulsky-Falardeau, évoquent des maisons qui s’élancent, font des arabesques ou se penchent, comme des silhouettes dansantes.

Originaire du Bas-Saint-Laurent, Jennifer Tremblay, alias Miville, peint pendant la saison froide et crée des costumes pour la télé pendant la saison chaude. Une alternance qui crée un équilibre entre l’agitation des plateaux de tournage et le calme de l’atelier. Devant ses œuvres où le blanc domine souvent, on l’imagine bien au milieu des pigments et des brosses pendant que dehors les tempêtes hivernales grondent.

Ardoise

Le geste est au coeur de sa pratique. «J’ai une idée en tête, mais quand je la projette sur toile, c’est dans un élan assez fougueux. Ça déjoue mon instinct naturel de vouloir placer les choses.» Malgré la bordure échevelée des toiles brutes, les gouttelettes de peinture tombées du pinceau et les traces marquées par l’usure de ses brosses de peintre en bâtiment, les œuvres sont finement dosées. Elles ont une clarté, une netteté, une fulgurance qui rappellent certaines toiles de Joan Mitchell ou de Marcelle Ferron.

La Réserve

La plus récente production de Miville s’inspire de la peinture, du design et de l’architecture des années 60, tout en faisant écho à une étape plus personnelle : l’emménagement dans une nouvelle maison, avec sa fille et son conjoint, un certain Marc Labrèche. «La peinture, pour moi, c’est assez viscéral, émotif, donc c’est relié à ce que je vis», explique-t-elle. «À la différence de ma dernière expo, qui concernait mon enfant et qui était beaucoup dans la rondeur et les formes organiques, je suis dans une phase où je m’intéresse beaucoup à l’architecture et ça se traduit dans des formes plus géométriques, des lignes droites, des angles.»

Villa espagnole

Nous sommes devant sa toile Notre-Dame, inspirée la chapelle Notre-Dame-du-Haut, dessinée par Le Corbusier, dont les volumes rappellent des voilures gonflées par le vent du large. En face, Chaise Ruhlmann est un hommage à une chaise de pêcheur dessinée par Émile-Jacques Ruhlmann. Si les titres donnent des indices et donnent envie d’aller voir l’objet de l’inspiration de l’artiste, les œuvres sont des transcriptions libres, déconstruites et expressives que Miville s’est complètement appropriées.

À droite, Chaise Ruhlmann

Les chaises réapparaissent dans plusieurs toiles, comme un motif. «"Comme une envie de se déposer dans le brouhaha", dit mon amoureux.» La toute petite chaise orange de Summer House, petite chambre, est comme un point d’ancrage parmi les larges aplats écrus. «Je feuilletais des magazines qui montraient plein de maisons différentes et cette petite chaise-là dans une maison d’été vaste et blanche, ouverte sur l’extérieur, amenait une chaleur humaine», évoque Miville.

Summer house, petite chambre

La costumière a travaillé avec les modèles vivants, il y a plusieurs années. «J’aimais l’effervescence des changements de poses rapides, note-t-elle. Je veux qu’il y ait une gestuelle et une seule et même ligne sensible dans le dessin». Son sens de la ligne, dans les costumes de la série télé Ruptures, a justement marqué les esprits. Sa feuille de route comprend aussi les premières saisons de District 31 et Maison bleue, à venir cet hiver.

Seule œuvre peinte sur toile de lin (plus foncée que la toile brute), Boulevard Queen annonce une nouvelle voie d’exploration. Contrairement à d’autres toiles montées sur cadre, elle est simplement clouée au mur, comme lorsque la peintre y travaille. «Quand je les fais encadrer, je peux choisir de ne conserver que la partie du haut, par exemple, indique-t-elle. Ça me permet de repenser la composition.»

Boulevard Queen

L’Âtre, immense, est glorieusement tendue par des cordes devant l’une des fenêtres de la galerie. Une maison dans une toile, une toile dans une fenêtre, ça boucle la boucle.

Domus, à voir jusqu’au 5 janvier au 1, côte Dinan. Info : www.miville.art et www.galerieamf.com

Miville auprès de sa toile L'Âtre