Les sculptures mécanisées de Charlotte Becket rampent lentement sur le plancher de l’espace d’exposition. Au mur, une des vidéos de Jillian McDonald.

Deux chercheuses d’or à Regart

Regart accueille le travail de deux artistes de Brooklyn, Jillian McDonald et Charlotte Becket, qui explorent l’imaginaire de la ruée vers l’or dans l’exposition «El Dorado».

Même si elles enseignent toutes deux au département d’art de l’Université Pace, à New York, et ont de nombreuses années de pratique derrière elles, elles cohabitent pour la première fois dans un centre d’artistes. Leur exposition amorce un nouveau cycle de programmation à Regart, axé sur la collaboration.

«Elle sont parties d’un élément commun dans leur pratique, la géologie comme métaphore du territoire», indique Amélie Laurence Fortin, directrice générale et artistique du centre.

À partir d’images filmées pendant une résidence à Dawson City, au Yukon, Jillian McDonald a créé une des vidéos mystérieuses et inquiétantes dont elle a le secret. Pour Valley of the Deer, présenté au Mois Multi en 2012, elle avait peuplé les paysages romantiques du nord de l’Écosse de figures animales chimériques, inspirées des légendes locales. Cette fois, elle s’est intéressée aux artefacts de la ruée vers l’or et a rencontré la communauté locale, dont des travailleurs des compagnies minières et des membres des Premières Nations, avant de les mettre subtilement en scène dans un territoire à la fois magnifique et écorché. Les arbres et l’eau y prennent des teintes ocres et divers phénomènes, apparitions et disparitions, y surviennent. Dans sa trame sonore, le vent rugit, enveloppant toute l’exposition et se juxtaposant aux craquements produits par les œuvres de Charlotte Becket.

Celle-ci a créé des sculptures mécanisées, faites d’un papier ciré industriel, qui s’étalent et se recrovillent en rampant lentement sur le plancher de l’espace d’exposition. Les formes noires contiennent des pépites d’or, qui se cachent ou se révèlent selon les mouvements aléatoires de l’organisme. Entre l’art et la science, sa démarche exploratoire s’accorde parfaitement à la lenteur géologique des images de sa collègue.

Jillian McDonald expose une seconde vidéo qui suit le parcours de la Yukon River à partir de Google Earth. Sur grand écran, l’image satellite a une facture presque expérimentale, très texturée. Sur quatre peintures trouvées — des exercices de style montrant un lac au creux d’une vallée d’arbres —, elle a introduit des éléments qui rappellent les apparitions de sa première vidéo: un glacier, une usine irréelle, une patine d’or sur l’eau, une nuée de paillettes mystérieuse.

Jusqu’au 16 décembre au 5956, rue Saint-Laurent, Lévis. Info: www.centreregart.org