Des sculptures où le pied expressif est devenu un objet fonctionnel pour le travail artistique trônent sur une table au centre de l'espace d'exposition.

Daniel Barrow: le pied, cette main maladroite

Daniel Barrow a orchestré l'exposition qu'il présente à la Galerie 3 autour de l'image du pied, «main maladroite» et sans souplesse à laquelle il a insufflé une expressivité ambiguë, qui tient à la fois de l'usuel, de l'érotisme, de la douleur et de l'apaisement.
L'artiste déforme, parodie et détourne, mais l'esthétique victorienne de ses dessins leur confère noblesse et mystère. Le regardeur navigue entre deux eaux, séduit et amusé, en déambulant entre ses sculptures, des poèmes-images et des dessins sur bois, découpés et assemblés comme de petites figures pour enfants. 
Trois sculptures où le pied expressif est devenu un objet fonctionnel pour le travail artistique - support à crayons et à pinceaux, chevalet - trônent sur une table au centre de l'espace d'exposition. «Toute ma vie, j'ai été fasciné par les organisateurs de bureau. Personne ne les utilise comme ils devraient être utilisés, mais j'aime cette idée qu'il y ait une place pour chaque objet», explique l'artiste. 
Les délicates constructions de dessins sur bois se déploient sur les marches d'un escalier mural. «Je collecte toutes sortes de formes et d'images dans ma vie, que j'aime amalgamer avec mes propres dessins, parce que ça élargit mon corpus, ça dépasse mes limites», explique Barrow en observant ces petits récits condensés. Le tout a commencé par l'idée de créer des modèles à coller, des avions fantasmagoriques. Sur une tablette, deux exemples : un chien géant (presque celui des films L'histoire sans fin) et une dinde prennent la place de l'appareil et déploient leurs ailes vers des aventures qu'on devine complètement incroyables.
De l'autre côté du miroir
Il illustre des poèmes (des réflexions éthérées qui côtoient des propos tirés des réseaux sociaux) par des dessins sinueux, qui ressemblent à des pictogrammes liquides. «Je voulais qu'on puisse tracer des relations entre les mots et les dessins sans que ce soit trop littéral», souligne Barrow, qui crée aussi des papiers peints. 
Originaire de Winnipeg et maintenant établi à Mont­réal, il crée de résidence en résidence ces projets délicats et ludiques, comme un inventeur fou multiplierait les machines. À New York, il s'est inspiré des cauchemars engendrés par un lapin en liberté dans l'appartement qu'il occupait. Sackville, au Nouveau-Brunswick, lui a donné l'impression de séjourner dans un jeu de société. On voit qu'il passe sans cesse de l'autre côté du miroir et que c'est de là qu'il ramène ses images singulières.  
Dark Watercolours de Daniel Barrow est présenté jusqu'au 2 avril à la Galerie 3, 247 Rue Saint-Vallier Est, Québec. Info : 581 700-0130