Monic Brassard et Yvon Cozic, qui forment le duo COZIC, ont l'honneur d'une rétrospective au MNBAQ.

COZIC AU MNBAQ: pour le plaisir des sens [VIDÉO]

La rétrospective «COZIC» au Musée national des beaux-arts du Québec s’impose comme un événement marquant à bien des égards. Parce qu’il s’agit d’une première pour cette figure incontournable de l’art contemporain québécois. Mais aussi parce que le corpus du joyeux duo, complice dans la vie et dans la création, bouscule les codes muséaux en invitant le visiteur à toucher, à enlacer et même à sentir leurs œuvres : du plaisir pour tous les sens.

Monic Brassard et Yvon Cozic se sont rencontrés au mitan des années 1960 à l’École des Beaux-arts de Montréal où ils ont suivi une formation «académique». Mais très vite, «nous nous sommes questionnés sur notre profession de sculpteur et les diktats de l’art de l’époque. Pourquoi la couleur était-elle réservée à la peinture? Pourquoi certains matériaux sont nobles et d’autres pas?» expliquait Mme Brassard lors de la visite de la centaine d’œuvres regroupées pour l’exposition.

«L’art est dicté par le regard qu’on pose. Notre pratique étant très tactile, nous voulions aussi utiliser tous les autres sens», ajoute Yvon Cozic.

Le duo met la théorie en pratique avec Surface à caresser (1971), gros carré rouge en peluche dont l’intitulé dit tout, qu’on peut voir tout au début du parcours chronologique. Une pastille au sol, comme d’autres «surface à humer» ou «œuvre interactive», nous invite à passer à l’acte.

«À l’époque, les gens n’osaient pas toucher. Ça devient un geste public qui relève de l’intime et qui devient révélateur. Alors ils vivaient l’expérience par procuration en faisant toucher leurs enfants», rigole le créateur.

COZIC ne cessera, depuis, de questionner sa pratique comme on peut le constater avec ce parcours chronologique. Les changements sont parfois draconiens, pourrait-on croire, mais ils s’inscrivent dans une continuité, assurent-ils en parlant souvent d’une même voix. Ce qui est cohérent vu qu’ils souhaitent que personne ne sache qui a fait quoi...

On peut, en effet, mesurer comment leurs «obsessions» se métamorphosent. La deuxième section, consacrée à l’appropriation — bien assumée, celle-là —, nous fait découvrir une œuvre crée à partir de cocottes pliées à partir de bouts de papier trouvés pendant une année entière, la bien-nommée A cocotte a Day Keeps the Obsession Away (1978). «C’est presque comme un journal», s’amuse Monic Brossard.

La bien-nommée «A cocotte a Day Keeps the Obsession Away» (1978) regroupe 365 cocottes pour autant de jours de l'année. 
 Photo Le Soleil, Yan Doublet

On constate, dans la salle suivante, que cet intérêt revêt de nouveaux habits dans les années 1980 avec des assemblages plus abstraits, des pliages désordonnés plutôt que structurés comme l’origami. Beau clin d’œil, COZIC a réalisé un Grand pliage in situ spécialement pour cette rétrospective.

Un geste qui révèle le grand plaisir des deux artistes dans la création autant que la volonté d’interagir avec le spectateur dans un esprit ludique. La centaine de pièces propose un univers coloré et flamboyant. COZIC veut contenter l’esprit par l’émerveillement. «Notre travail est plus proche de la poésie que de la prose», fait valoir avec justesse Monic Brassard. Ou peut-être est-ce Yvon Cozic…

La centaine de pièces propose un univers coloré et flamboyant.

Dans les années 1990, les deux artistes vont surtout créer des installations sculpturales, des structures en équilibre qui leur permettent de travailler sur les silhouettes et de jouer avec la lumière. On peut y voir Instant d’éveil (1988), qui ressemble à un squeegee géant!

Parlant d’objet usuel, la dernière zone de l’exposition des œuvres dès deux dernières décennies est placée sous un thème révélateur : réenchanter le quotidien. COZIC adopte une approche néo-pop en utilisant des matériaux de tous les jours.

Ce qui ne les empêche pas d’avoir des préoccupations métaphysiques comme le démontre Le trou noir (2016) et autres. Monic Brassard trace un parallèle entre les recherches artistique et scientifique : «Les trouvailles se font souvent par hasard.»

COZIC s’est sans cesse renouvelé tout au long des 50 dernières années, sans pourtant oublier les thèmes qui leur sont chers. Mascarade (1999-2016) prend la forme d’une collection de boîtes de carton, non retravaillées, qui ont la particularité d’évoquer un visage. Une boîte de clémentines, «c’est toute l’Afrique qui nous regarde!» s’exclame Monic Brassard. Ces trous qui ressemblent à des yeux, «c’est le regard que l’œuvre pose sur nous», ajoute Yvon Cozic. Le regard, une obsession depuis les débuts, tout comme l’utilisation de matériaux inusités.

«Mascarade» (1999-2016) prend la forme d’une collection de boîtes de carton, non retravaillées, qui ont la particularité d’évoquer des visages. 
 Photo Le Soleil, Yan Doublet

Ce corpus «pensé à deux têtes et tissé à quatre mains» leur vaudra de grandes reconnaissances depuis une quinzaine d’années : la bourse de carrière Riopelle décernée par le CALQ; le prix Émile-Borduas des Prix du Québec; le prix du Gouverneur général du Canada en arts visuels…

Mais à voir la lumière dans leurs yeux, mercredi matin, cette rétrospective leur fait vraiment chaud au cœur. Ils ont même tenu à enregistrer leurs propres témoignages et anecdotes pour l’audioguide de l’exposition.

COZIC. À vous de jouer — De 1967 à aujourd’hui est présentée jusqu’au 5 janvier 2020. Une multitude d’activités se déroulent en parallèle avec celle-ci. Le détail au www.mnbaq.org.

Monic Brassard et Yvon Cozic dans une de leurs installations ludiques.

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La rétrospective en perspective

«Ça vient situer tout ce travail qu’on a fait depuis 50 ans et lui donne un sens. On s’aperçoit qu’il y a eu une continuité. On a eu une reconnaissance de notre travail par le passé, mais cette rétrospective est une très belle parenthèse», souligne Yvon Cozic.


Travailler main dans la main

«Les gens nous disent toujours : “vous vous chicanez jamais?” Je dirais que c’est plus difficile de vivre en couple que de travailler ensemble. Quand on se retrouve dans l’atelier, c’est parce qu’on a le goût de faire quelque chose. Je ne sais pas s’il y a eu des accrochages. Avec le temps, on a oublié. La complicité est plus facile», explique Monic Brassard.


Le dialogue avec le spectateur

«Pour nous, le spectateur est l’autre partie du triangle. Que les gens nous donnent leur appréciation ou pas, ça n’a pas d’importance. Mais on sait que s’il passe un certain temps devant nos œuvres, on sait qu’il va en retirer quelque chose. Lorsqu’il quitte la salle, il faut que le spectateur ait en mémoire ce qu’il a vu. C’est pour ça que, malicieusement, on fait des œuvres qui changent le regard de la personne», observe Yvon Cozic.