Un exemplaire de la sérigraphie <em>On finit juste un petit quelque chose et après, on vient se coucher</em>, de Marie-France Tremblay, qui sera dans le premier Colis d’art du Musée ambulant.
Un exemplaire de la sérigraphie <em>On finit juste un petit quelque chose et après, on vient se coucher</em>, de Marie-France Tremblay, qui sera dans le premier Colis d’art du Musée ambulant.

Colis d'art: collectionner par la poste

Josianne Desloges
Collaboration spéciale
On n’a jamais autant habité nos maisons que depuis le mois de mars et j’ose dire que les quelques œuvres d’art que je possède m’ont aidé à m’accrocher lorsque mon moral était en chute libre. Les créations empreintes de beauté et de complexité aident à mieux respirer — et c’est encore plus vrai en ces temps anxiogènes.

Avec Colis d’art, l’équipe du Musée ambulant veut donner accès à la collection, en faisant parvenir des œuvres par la poste. Une manière de poursuivre la mission qu’il s’est donnée d’amener l’art actuel vers les gens. Sauf qu’au lieu de s’installer dans un gymnase d’école avec une énorme structure gonflable, des œuvres et une équipe d’animation, il livrera de l’art en boîte dans les maisons et dans les classes.

«Beaucoup de gens présentement souffrent de solitude, manquent de loisirs et cherchent à rentrer en contact de façon tangible avec la culture, expose Maude Martin Gagnon, directrice du développement du Musée ambulant. Dans les derniers mois, on a beaucoup accédé à la culture de façon virtuelle, mais avec colis d’art, on voulait continuer de mettre les œuvres dans les mains des gens.»

En s’abonnant pour l’année, les intéressés recevront cinq colis (quatre réels et un virtuel) contenant une œuvre, quelques outils de médiation pour explorer une technique ou un procédé artistique et des codes pour accéder, en ligne, à des capsules présentant les artistes impliqués dans le projet. Un s’occupe de l’intérieur et un autre signe l’emballage du colis.

Le premier colis d’art contiendra une œuvre de Marie-France Tremblay, une artiste de Québec qui fait de la sérigraphie, du tricot et qui travaille les textiles, et sera emballé par une création de Francis Arguin, son conjoint. Les maillages (qui ne seront pas tous aussi «intime» que celui-ci) ont été faits par Jeanne Couture, la directrice artistique du Musée ambulant, qui est aussi une commissaire chevronnée et enthousiaste à l’imagination foisonnante (notamment au Mois multi).

Une partie des œuvres de Marie-France Tremblay en production

1000 œuvres originales

Comme les autres artistes qui suivront et dont les noms seront dévoilés graduellement tout au long de l’année, Marie-France Tremblay s’est fait confier la mission de réaliser 1000 œuvres d’art originales, numérotées et signées. Il s’agit d’une sérigraphie intitulée On finit juste un petit quelque chose et après, on vient se coucher où des enfants, dans une forêt au clair de lune, s’activent à quelque tâche secrète, dont chaque exemplaire sera légèrement différent, à cause des effets de couleurs sur la couche de fond.

La tâche, tout de même, pouvait sembler étourdissante. «J’ai vu ce travail-là comme une murale. Souvent en sérigraphie, je travaille de grands panoramas, indique Marie-France Tremblay. En termes de surface, c’est comme si je montais une grosse expo solo, alors je me suis dit que j’étais capable de le faire.»

Lorsque chaque œuvre aura trouvé un foyer, elle aura un peu l’impression d’avoir fabriqué une grande courtepointe, qui tissera des liens intangibles entre tous les gens qui en recevront un exemplaire à la maison.

Les abonnés à Colis d’art recevront aussi quelques accessoires, dont un cerceau de broderie et un bout de tissu, pour apprendre à faire de la sérigraphie chez eux.

«J’ai commencé à faire de la sérigraphie sur un bout de table, en nettoyant mes petits écrans dans le lavabo, indique Marie-France Tremblay. On est vraiment retourné à ça dans le développement de l’outil. Ça permet, avec pas grand-chose, de comprendre le principe et de créer des œuvres.»

Outre les cachets prévus pour les artistes, qui totalisent 50 000$, le Musée ambulant a engagé toute une équipe pour amasser des fonds, préparer des capsules présentant les artistes ou un lieu de production, mousser les abonnements, récolter du financement, préparer les envois…

«Il y une grosse crise dans le milieu culturel présentement, beaucoup de gens ont été mis à pied ou ne peuvent pas travailler. Le projet nous a permis d’embaucher des travailleurs culturels», souligne Maude Martin Gagnon.

Marie-France Tremblay, qui fait de la sérigraphie, du tricot et qui travaille le textile.

Les colis d’art seront aussi offerts en boîte scolaire, pour permettre aux enseignants de faire vivre une expérience similaire à celle proposée à la maison (ce qui ne sera pas nécessairement le cas pour chaque colis).

Trois œuvres encadrées pourront être exposées en classe pendant un mois et deux rencontres de médiation virtuelle, une à l’ouverture de la boîte et l’autre après l’atelier de création fait par les élèves, permettront de lancer et de poursuivre la discussion.

«On veut que des enseignants d’autres disciplines que les arts ou des généralistes, au primaire, puissent s’intéresser aux boîtes, note Maude Martin Gagnon. Rendre l’art accessible, c’est aussi de montrer que ça peut être intéressant dans toutes sortes de contextes.» Comme les boîtes et les capsules sont bilingues, elles pourraient facilement, par exemple, être utilisées dans un cours d’anglais.

Colis d’art est en campagne de sociofinancement jusqu’au 1er décembre sur La Ruche : laruchequebec.com/fr/projet/colis-dart.
Toute l’info sur le projet ici : www.museeambulant.com