Clémence la «retraitée» chez Louis Garneau

Ne prononcez pas le mot retraite devant Clémence Desrochers. À 83 ans, l'artiste multidisciplinaire a peut-être quitté la scène, loin d'elle l'idée de se tourner les pouces. Avec son humour pince-sans-rire qui fait son charme, elle a bien l'intention de voyager et «vivre jusqu'à la mort...»
«La retraite, c'est un mot que je déteste. Je préfère plutôt dire que j'ai arrêté de faire de la scène, mais la vie continue», dit-elle au Soleil, à l'occasion du vernissage d'oeuvres de Louis Garneau tenu jeudi matin à l'atelier boutique de l'homme d'affaires, à Saint-Augustin-de-Desmaures. Le portrait de l'artiste sherbrookoise y est en évidence en compagnie de huit autres personnalités québécoises et d'une dernière, celle-ci résidente d'un certain palais de Buckingham...
En plus de s'occuper de son lopin de terre en Estrie, Mme Desrochers dit passer «beaucoup» de temps à peindre. «En ce moment, je suis partie sur les oiseaux.» Elle aimerait à nouveau faire une place à des chats dans sa maison, ce qu'elle ne se permettait plus en raison de ses trop longues absences de la maison.
Contrairement à Louis Garneau, dont elle a fait la connaissance il y a quelques années lors d'un séjour en Floride, la plus jeune des octogénaires québécoises ne roule plus sur deux roues. «Le genou m'a barré. Je compte sur Louis pour m'inventer une bicyclette où il y aurait juste un genou qui pédalerait moins que l'autre. Avec un p'tit moteur aussi. La bicyclette de l'âge d'or. Il ferait de l'argent avec ça parce qu'au Québec, il y a plus de vieux que de jeunes.»
La vente de ses «produits dérivés» - cd, vinyles et livres - prend aussi de son temps. Il y a deux semaines, au terme de son spectacle d'adieu, à Gatineau, elle avait lancé un appel pour que ses fans lui en achètent. «J'ai besoin de faire de la place dans mon garage pour rentrer mes deux chars...», lance-t-elle, avec l'humour pince-sans-rire qu'on lui connaît.
Louis Garneau a qualifié Clémence Desrochers de «plus grande femme artiste au Québec».
L'épaule royale
C'est avec enthousiasme que Clémence Desrochers a accepté la demande de Louis Garneau de prêter son visage pour l'un des dix tableaux que l'homme d'affaires, artiste et ancien cycliste olympique a peints dans le cadre de son projet Art Factory.
Outre celle qu'il considère comme «la plus grande femme artiste au Québec», le bachelier en arts visuels a immortalisé les Alain Lemaire (Cascades), Pierre Karl Péladeau et Pierre Dion (Québecor), Placide Poulin (MAAX), Pierre Lassonde (Franco-Nevada), Christiane et Jean-Yves Germain (Groupe Germain) Yvon Charest (Industrielle Alliance) et John Porter (ex-directeur général du Musée national des beaux-arts du Québec).
Le dixième et dernier tableau est un clin d'oeil à un certain crime de «lèse-majesté» commis en 2002. Pour les besoins d'une photo, Louis Garneau avait malencontreusement mis la main sur l'épaule de la reine Elizabeth, geste impensable dans le protocole royal et qui a fait le tour des journaux de la planète...
M. Garneau dit avoir choisi ces personnalités pour l'admiration qu'il leur porte, mais aussi en raison de leur passion, de leur sens entrepreneurial et de leur volonté de «redonner au suivant».
Le fruit de la vente des tableaux aidera des cyclistes québécois prometteurs à prendre part aux plus grandes compétitions internationales. Une bourse sera également remise au meilleur étudiant en arts visuels de l'Université Laval.
Pour sa part, Clémence Desrochers compte verser l'argent à l'organisme Les impatients, dédié aux personnes atteintes de troubles mentaux. «Des gens qui ont des maladies mentales et qui, comme toi et moi, s'en sortent en faisant des tableaux», de lancer la nouvelle «retraitée» qui n'en manque jamais une...