Marc Messier, Marcel Gauthier et Michel Côté au Musée de la civilisation

«Broue. L'homme des tavernes»: du houblon et des hommes au musée [VIDÉO]

Nous sommes dans les loges, le soir de la 3322e et dernière représentation de la pièce «Broue», à Sherbrooke. Pendant que Marc Messier, Michel Côté et Marcel Gauthier se préparent à aller sur scène, on entend leurs pensées et leurs souvenirs de cette aventure théâtrale qui a duré 38 ans.

La scène est tirée de l’exposition Broue. L’homme des tavernes, inaugurée mardi soir au Musée de la civilisation. En confiant le décor, les costumes, les accessoires, les prix et les archives de pièce de théâtre la plus jouée du répertoire québécois au MCQ, les créateurs de Broue ont donné l’occasion à l’institution de présenter le phénomène sous tous ses angles, sociologiques, historiques et artistiques.

Les tavernes, dans les années 70, étaient des lieux de rassemblement pour les hommes, souvent issus de la classe ouvrière, qui ont besoin de se rassembler, de décompresser et de fuir le quotidien, a rappelé Stéphan La Roche, le directeur général du Musée de la civilisation.

L'entrée de l'exposition

L’équipe chapeautée par Anik Dorion-Coupal et Catherine Gaumond a construit un parcours qui s’inspire directement de l’univers du spectacle. Le visiteur entre d’abord dans une taverne qui permet de se remettre dans le contexte historique, avec des poutres de bois, des tables, un bar et des miroirs, où apparaissent des citations, et des photographies recensant les anciennes tavernes de Québec. Sur des télévisions à oreilles de lapin sont diffusées de fameuses séquences des matchs opposant les Canadiens et les Nordiques.

On passe ensuite par un corridor pour accéder à l’entrée des artistes et à la fameuse loge décrite plus haut. Le décor, l’image vidéo des comédiens qui apparaissent dans les miroirs et le montage sonore sont des plus réussis.

La loge

La zone suivante nous présente les prix reçus, dont un record Guinness, et une ligne du temps bondissante, où on apprend entre autres faits notables que beaucoup de vraie bière, mais surtout à 0%, s’est bue sur les planches pendant 40 ans. On prend la mesure du phénomène théâtral, tout en pouvant observer l’envers du vrai décor de la production.

La ligne du temps et les affiches de Broue

On arrive ensuite devant la scène, où l’on peut regarder des extraits de la pièce sur un écran de tulle qui n’obstrue pas le mythique pub couvert de broue, assis dans des sièges rouges typiques des vieux théâtres.

C’est dans ce décor que les comédiens et les auteurs de la pièce sont revenus sur leur aventure. Francine Ruel, seule femme de l’équipe, est revenue sur cette commande de texte particulière et pressante sur un lieu où elle n’avait jamais eu le droit d’entrer. «Un bel accident de parcours» dû à l’insistance de Michel Côté. «Une des choses dont je suis le plus fière, c’est ce personnage, joué par Michel, qui pleure à la fin dans son verre de bière. Je savais très bien que ni Louis Saïa, ni Jean-Pierre Plante, ni [Claude] Meunier n’auraient mis un homme qui pleure à la taverne», a confié l’auteure.

Les sièges rouge devant la scène

L’idée de Broue est venue des acteurs, qui souhaitaient inaugurer leur Théâtre des voyagements avec cette pièce. Ils ont demandé à plusieurs auteurs d’écrire des textes en deux semaines, ce qui a donné un collage sur le thème de la taverne. «On a écrit ça pour dépanner, a rigolé Claude Meunier. À l’époque, j’ai offert à Jacques Grisé et Serge Thériault, de Paul et Paul, d’écrire des textes et ils m’ont dit «Bah, ça va jouer deux mois dans un théâtre, ça ne vaut pas la peine»»

Après avoir fait rire des millions de personnes (la pièce a eu une version en anglais et une version flamande), le trio de comédiens de Broue s’est ému que leurs artéfacts passent à la postérité. «On est chanceux, on vit ça là, pendant qu’on est encore vivants», a souligné Marc Messier. «Ça a duré 40 ans, mais ça a passé vite. Comme si on avait mis le pied dans une énorme spirale qui nous avait aspirés», a renchérit Michel Côté.

Marc Messier , Marcel Gauthier et Michel Côté

Dans une deuxième salle où les bouteilles brunes miroitent au-dessus de quelques tables de taverne, 66 photographies documentaires d’Alain Chagnon montrent les taverniers et clients des véritables tavernes qui ont inspiré Broue.

L’exposition Broue. L’homme des tavernes est présentée au Musée de la civilisation jusqu’au 3 janvier 2021.