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Le sculpteur Christian Michaud et la joaillière Gabrielle Desmarais travaillent ensemble sur une installation.
Le sculpteur Christian Michaud et la joaillière Gabrielle Desmarais travaillent ensemble sur une installation.

Biennale de sculpture de Saint-Jean-Port-Joli: les métissages d'Émélie

Josianne Desloges
Collaboration spéciale
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SAINT-JEAN-PORT-JOLI — La Biennale de sculpture de Saint-Jean-Port-Joli 2021 se place sous l’égide d’Émélie Chamard, une tisserande et pédagogue méconnue. Une belle idée d’avoir choisi cette figure de proue, qui plane sur l’événement comme une marraine bienveillante.

Les sculptures produites par les cinq duos auront donc une dimension textile — soit à cause des matériaux utilisés, soit dans leur assemblage, qui rappellera le tissage ou le petit point.

Pour deux semaines, à compter du 10 juillet, les artistes fabriqueront leur œuvre et la Vigie du Parc des Trois-Bérêts se transformera en grand atelier commun. Le public pourra apprécier le résultat, rencontrer les artistes et participer à différentes activités (notamment des spectacles de Maude Audet et Emilie Clepper) du 22 au 25 juillet.

«Ça va être agréable de parler de métier», lance Michèle Lorrain à la perspective de côtoyer (enfin!) d’autres artistes après des mois de carence. La créatrice touche-à-tout nous a reçu le jour de la Saint-Jean-Baptiste dans son atelier de Sainte-Louise, un peu à l’est de Saint-Jean-Port-Joli, où elle est établie depuis une trentaine d’années.

Grâce aux archives du Musée de la mémoire vivante, elle s’est plongée dans le travail d’Émélie Chamard, «qui a eu un apport aussi important, selon moi, que les frères Bourgault», note-t-elle. Émélie a eu une carrière enviable, tout en élevant une dizaine d’enfants. À partir de 1923, elle ouvre sa propre boutique et participe à de nombreuses expositions. Elle parcourt le Québec de 1928 à 1946 pour enseigner les arts domestiques et les techniques artisanales, avant d’ouvrir un atelier-école chez elle.

Parmi les images de fleurs et les motifs de la tisserande, Michèle Lorrain a sélectionné deux oiseaux bec à bec, qui semblent converser.

Michèle Lorrain a récupéré du bardeau pour créer une oeuvre en hommage à Émélie Chamard,une tisserande et pédagogue méconnue.

Des oiseaux de bardeaux

Elle a reproduit le dessin en beaucoup plus grand, sur un plan en papier qui recouvre presque entièrement le mur de son atelier, et s’applique à le reproduire, au sol, avec des morceaux de bardeaux glanés dans la région. Certains sont vert tendre, comme l’ouvrage d’Émélie, d’autres sont gris foncé et grugés par le temps et les intempéries. «Ça ressemble à de la dentelle tellement c’est devenu délicat et fragile. Et un peu à des plumes», souligne l’artiste. «Je relie beaucoup mon travail au petit point. Je trouve ça intéressant de monter l’ouvrage petit à petit, rangée par rangée.»

Elle est jumelée à Barbara Todd, qui vit entre Troy, dans l’État de New York, et Montréal, et qui lui confiait que «plus elle vieillit, plus les liens avec les autres sont importants pour elle». Celle-ci créera au fil d’une performance un tissage aléatoire, un peu au-dessus du sol, comme une courtepointe tournée vers le ciel.

Les deux œuvres rappelleront d’une certaine manière une maison : au sol, les fondations de fil, et tout près, un mur (ou un toit affaissé, comme tant de granges des alentours) de bardeaux.

Une œuvre extérieure de l’artiste Michèle Lorrain

L’atelier près du poulailler

Assis à l’ombre dans le petit havre de paix de Christian Michaud, qui a remis sur pied une maison ancestrale d’où on a vue sur les champs et où l’atelier côtoie le poulailler, nous faisons connaissance avec son acolyte, la joaillière Gabrielle Desmarais. La chimie semble déjà opérer, alors qu’ils ne se sont rencontrés que la veille.

Une oeuvre de Gabrielle Desmarais

Elle travaille des pièces de métal qui tiennent dans le creux d’une main, il conçoit des objets de bois et des œuvres murales. Tous deux ont bien hâte de déployer leurs lignes épurées et leurs formes minimalistes en plus grand, pour s’inscrire dans le paysage et en modifier la perception par des jeux de miroir. «On va jouer sur le reflet, la réflexion. Donc on a besoin d’un lieu ombragé, avec des arbres, des textures, du mouvement», indique Christian.

Une oeuvre de Christian Michaud

Avec les ruines en argent sterling qui découlent de sa production de bijoux, Gabrielle crée des sculptures. Elle «récupère le temps» en brodant et en ajoutant des pierres. Après la forge, qui engage tout le corps, «je vais broder longtemps, et c’est là que la pièce devient précieuse», explique-t-elle.

Elle retrouve la même minutie et la même répétition patiente et fructueuse dans le travail que fait son collègue avec les gouges. Pour rendre hommage au legs d’Émélie, ils mettront leur savoir-faire artisanal au service d’une réflexion sur le temps qui passe et sur le fleuve, dont le relief rappelle un tissage.

Dans son atelier du Vivoir, Dominique Beaupré St-Pierre amalgame le verre et les végétaux.

Oasis zen au Vivoir

Dans le pimpant dédale des ateliers du Vivoir, à Saint-Jean-Port-Joli, on peut observer les artistes au travail derrière des vitres qui laissent passer la lumière de l’été. Dominique Beaupré St-Pierre y effectue un patient travail d’horticulture et de transformation du verre.

Une œuvre de Dominique Beaupré St-Pierre

«Je suis à la recherche d’un équilibre entre les traces que je laisse sur les plantes et ce qu’elles sont capables de prendre», explique l’artiste, qui pose des pièces sur les végétaux, qui modifient lentement leur croissance pour les supporter ou les intégrer à leurs branches.

Avec Ivon Bellavance, scénographe et artiste textile établi à Sherbrooke, elle créera une œuvre qui reste à définir, mais qui représentera la rencontre de leurs univers.

Une œuvre de l’artiste textile Ivon Bellavance

Ils aimeraient travailler autour de «l’érable de l’amour», entouré de petites buttes, dans le Parc des Trois-Bérets.

Les deux autres duos qu’on pourra découvrir à la Biennale sont formés de Dionoski - Amélie Dion (design textile) et Mylène Michaud (art textile numérique), ainsi que de Paméla Landry (installation sculpturale) et Ryth Kesselring (textile et art sonore).

Pour plus d’information : www.biennaledesculpture.com