La halte routière de Barachois, en Gaspésie

Biennale Barachois In Situ: jouer sur les lagunes

Des bornes-fontaines d’argile crue, une arche de Noé remplie de réfugiés climatiques et une tornade inversée semblant surgir de la plage naîtront aux abords de la halte routière Barachois, qui se poursuit jusqu’au 11 août. Nous avons joint Loriane Thibodeau, Mathieu Gotti et Bernard Hamel pendant qu’ils faisaient leurs bagages pour aller jouer sur les lagunes gaspésiennes.

La poésie des bornes-fontaines

Loriane Thibodeau a commencé à travailler l’argile crue l’été dernier, au Centre d’arts Rozynski, près de Coaticook. Le haut lieu de la poterie, qui a connu son heure de gloire dans les années 60, 70 et 80, renaît de ses cendres pour se dédier à la céramique et à la sculpture.

L’artiste de Québec y a façonné des bornes-fontaines en argile crue, qu’elle a ensuite laissées se désagréger dans un cours d’eau. Elle reprend l’idée à Barachois.

«C’était le projet le plus approprié pour que je m’amuse avec les matériaux sur place, l’argile locale, la paille, le sable», note la céramiste et sculpteure. Utiliser un objet urbain, immédiatement reconnaissable, a l’avantage de briser la glace pour converser avec les visiteurs de la Biennale, tout en permettant de créer un certain effet d’étrangeté. 

«C’est un objet connu qui passe inaperçu dans notre quotidien. Sur une plage, c’est ludique, un peu drôle. Je trouve intéressant de dévier la vision qu’on a de cet objet, qui a une fonction liée à l’état d’urgence, mais qui, en argile, va disparaître dans la nature», explique Loriane Thibodeau.

À l’issue de la résidence in situ, les sculptures disparaîtront dans le golfe du Saint-Laurent et l’argile retournera à la mer. Sitôt que l’argile est cuite, elle existe pour des centaines, voire des milliers d’années. «Travailler l’argile crue est un peu une façon de faire un pied de nez au médium, mais c’est aussi une matière fascinante, très proche de la pâte à modeler de notre enfance», souligne l’artiste. 

Travailler en nature lui permet de laisser une place à l’inattendu et à l’éphémère. «Comme je proviens des métiers d’art, il y a ce souci constant de savoir, avant même de commencer à le créer, quelle sera la finalité d’un objet. Le contexte à Barachois me donne une grande liberté. L’aspect poétique de créer dans l’immensité et d’être en contact avec les matières premières me plaît aussi beaucoup», expose-t-elle.

Loriane Thibodeau

Bord de plage vertical

Le sculpteur Bernard Hamel créera une structure avec des clôtures à neige, qu’il va enrouler puis empiler pour créer une corne de 2 à 3 mètres. «Un peu comme une tornade inversée. Je vais utiliser des joncs, de grandes algues, tout ce que je vais trouver pour créer un gros vortex. Il y aura un monticule et un trou au centre, ça aura l’air de sortir de la plage», explique l’artiste.

Son interprétation verticale du bord de plage s’inspire de l’utilisation de clôtures de bois sur les plages du Maine et de l’Île-du-Prince-Édouard. Mises à plat, elles retiennent le sable et les végétaux pour ne pas que la mer emporte tout, alors que dans les champs de l’île d’Orléans l’hiver, elles empêchent le vent de dénuder le sol de son manteau de neige protecteur. 

«La forme a un lien avec les changements climatiques, les intempéries plus violentes, le niveau de la mer qui augmente», note M. Hamel, qui utilisera les résidus de plastique qu’il trouvera sur les berges, le cas échéant.

L’artiste qui a son atelier à Saint-François, sur l’île d’Orléans, au bord du fleuve, s’inspire déjà de l’eau et de la faune marine dans son travail.

Bernard Hamel

Caricature du futur imaginé

On a déjà vu les animaux de bois sculptés, sertis d’accessoires et de bouées colorées, à La Pocatière dans le cadre d’une résidence à Vrille et à Gatineau. Le sculpteur entend cette fois leur construire une embarcation de fortune en utilisant les plans du Ville-Marie, un ancien bateau de la Garde côtière qui lui rappelle les bateaux utilisés par certaines familles pour voguer sur la Méditerranée. Il sera évidemment reproduit à plus petite échelle. La sculpture finale devrait faire de 5 à 6 pieds de long. 

Comme l’accès électrique sera limité, il entend sculpter et coller principalement à la main, ce qui donnera à l’œuvre un aspect rafistolé.

«J’ai passé mon enfance en bateau, j’ai fait beaucoup de voilier avec ma sœur et mes parents, donc l’univers maritime est toujours un peu présent dans mon travail», indique-t-il. Avec une pensée pour les migrants qui tentent de traverser les eaux déchaînées et une autre pour les changements climatiques qui affectent l’écosystème, il a imaginé une bande de réfugiés climatiques appartenant à diverses espèces animales. «Mes sculptures sont dans un futur imaginé, indique Mathieu Gotti, mais ce sont aussi des caricatures, qui présentent un fait détourné de manière visuelle.»

Le sculpteur sera installé près d’une école de voile et devrait, à terme, mettre son œuvre à l’eau. La première semaine, son garçon de 3 ans et demi sera avec lui, ce qui donnera à l’expérience une saveur toute familiale, comme ses souvenirs d’enfance. «Les résidences sont intéressantes parce qu’on ne sait pas vraiment quel sera le résultat. On peut se permettre de dériver vers l’inconnu.»

Chloé B. Fortin, André Boisvert, Natalie Chicoine, Andrée-Anne Giasson, Pierre-Étienne Locas et Dory’s Tremblay participent également à la Biennale Barachois In Situ, organisée par le centre d’artistes Vaste et Vague, qui fait se rencontrer la danse et les arts visuels. Info: vasteetvague.ca/bislab2018

Mathieu Gotti dans son atelier à Québec

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LES BRUNANTES: COURTS-MÉTRAGES AU CREUX DES BOIS

Les Brunantes est un parcours de cinéma en plein air dans le sentier des Gorges et de la rivière Sainte-Anne, dans le Parc naturel régional de Portneuf. «C’est le deuxième endroit au Québec, après Mégantic, où on peut voir le mieux les étoiles», note Jeanne Couture, coordinatrice de l’évènement.

L’endroit est donc idéal pour y projeter des vidéos en plein air sans avoir à se soucier de la pollution lumineuse. «On place les projections dans le sentier sinueux, sur les roches, des bouts de falaises, des arbres, près de la cascade», indique Jeanne Couture. «Chaque film a un début et une fin, mais ont peut les attraper au milieu. Ce sont des propositions artistiques qui fonctionnent bien avec la déambulation.»

En utilisant des picoprojecteurs, qui tiennent au creux d’une main, des trépieds et de petits haut-parleurs, l’équipe des Brunantes a créé un dispositif ultra léger, qui donne l’impression que des images animées apparaissent comme par magie dans la nuit. Denis Baribault a agi comme grand-maître du mapping, pour que les vidéos épousent la forme sur laquelle ils seront projetés.

«Les Brunantes», l’an dernier

La commissaire Catherine-Ève Gadoury a placé la programmation de cette deuxième édition sous le thème Terrible et merveilleux, inspiré par un séjour à Fogo Island, au nord de Terre-Neuve.

On y verra un montage d’extraits de danses célèbres tirés de musicals hollywoodiens; Énergie, de l’Allemand Thorsten Fleisch, une animation expérimentale qui sera projetée sur le sol; ainsi que Blinkity Blank de Norman McLaren (palme d’or du court-métrage à Cannes en 1955), un feu d’artifice de traits lumineux que les enfants devraient prendre plaisir à essayer d’attraper. 

Forest, de Bette Burgoyne, de Seattle, dévoile lentement des dessins de mondes sous-marins dans un long travelling. Sonámbulo, de Theodore Ushev, fait écho à McLaren et rend hommage aux surréalistes, avec de multiples clins d’œil à Miro, «dans une sarabande onirique et joyeuse», note la commissaire. 

Trame sonore musicale

Les fruits des nuages, du Thèque Katerina Karhánková, met en scène un petit animal à fourrure qui surmonte sa peur de l’inconnu, alors que Soif de Michèle Cournoyer, «une réflexion sur toutes les soifs», sera projeté dans le décor sublime des Gorges, presque dans l’eau. Tous les films sont sans paroles, avec une trame sonore musicale. 

Le projet est réalisé en collaboration avec la Ligue des intervenants portneuvois du spectacle et le Parc naturel régional de Portneuf.

Le samedi 4 août, le vendredi 17 août et le samedi 18 août de 20h15 à 21h30, avec des départs aux 15 minutes à partir du bureau d’accueil du Parc, 421, rue Principale, Saint-Alban. Billet 10 $ Info: facebook.com/lesbrunantes