Phase I : Objets Matières de Mélanie Bédard comprendra une demi-douzaine de vidéos d'animation image par image.

Bande vidéo: ode aux folles amitiés

Pour ses 40 ans, la Bande vidéo propose deux expositions plutôt qu'une en cette rentrée automnale. Alors que Mélanie Bédard investit la vitrine des bureaux de la Manif d'art avec ses premières vidéos d'animation, Jocelyne Alloucherie propose une promenade dans de grands jardins où la cime des arbres semble coupée au scalpel.
Cet été, Mélanie Bédard a transformé la salle Multi et le studio d'essai de Méduse en véritable petite manufacture. Elle y invitait des amies à tisser, pétrir, inventer, explorer...
«J'avais envie de renouer avec la matière, d'aller dans mon imaginaire, j'en avais un peu marre de l'ordinateur, explique l'artiste. C'est parti de moments où je suis autour d'une table avec des amies artistes et que ça finit toujours par des espèces de délires où on bricole, on danse. Ça m'a amené beaucoup d'idées.»
Cette Phase I : Objets Matières devrait comprendre une demi-douzaine de vidéos d'animation image par image. Pour l'instant, deux sont complétées : un bouquet installé au mur qui éclate en milliers de parcelles colorées et un tapis foisonnant et sauvage, projeté au sol.
«Pour le bouquet, je voyais le bouquet qui s'étiolait et qui se transformait ensuite», note Mélanie Bédard, qui a fait appel à l'artiste-peintre Nathalie Thibault pour ce volet. Pour le tapis, Fanny Giguère, Julie Théberge et Isabelle Laverdière ont été mises à contribution. La vidéo nous montre d'abord le nouage patient et méthodique de Fannie («qui prenait une photo à chaque brin de fil»), puis les interventions de Mélanie, qui traversent l'espace de jeu. Les noeuds et les fleurs fabriquées par Julie, qui prenait des photos de l'évolution de son travail moins fréquemment, semblent apparaître comme par magie dans la composition. 
«L'animation me permet de mettre l'accent sur le processus», indique l'artiste. Et ici, le processus est une affaire collective, une ode à l'amitié et à la création.
Ariane Plante a composé les deux trames sonores : des sons de verre cassé pour le bouquet et des sons aquatiques pour le tapis.
Au final, l'an prochain, le projet de Mélanie Bédard prendra la forme d'«une installation participative où le spectateur viendra s'asseoir à la même table qu'où nous avons créé» et qui s'appellera L'oiseau qui plane et ne cesse d'agrandir son cercle
Soliloque d'un promeneur
Jocelyne Alloucherie, qui a été la première à exposer dans l'espace d'exposition de La Bande vidéo, inauguré il y a 10 ans, présente Géométrie, une vidéo d'une trentaine de minutes où l'on écoute les paroles et les pensées d'un promeneur solitaire dans des jardins publics.
Image tirée du projet vidéo Géométrie de Jocelyne Alloucherie
Le ton, voire le propos, évoque les films de Marguerite Duras, où réflexions et nature se répondent. «La vidéo permet une temporalité près de la littérature et du théâtre», souligne l'artiste.
La prise d'images a été réalisée sur plusieurs hivers, principalement en France et à Vienne, dans des jardins où l'humain impose des découpes irréelles et maladives et où les joggeurs zigzaguent là où, à une autre époque, on ne voyait que des promeneurs endimanchés.
«Nous avons traité chaque image presque comme des tableaux et la ligne de la bande sonore est comme une architecture infinie, un grand collage», souligne Jocelyne Alloucherie, qui a travaillé avec Ricardo Savard, directeur technique à la Bande vidéo.
Jusqu'au 8 octobre, au 600 et 620, côte d'Abraham, Québec