Les œuvres <em>Albedo</em>, <em>Cathleen and Colleen</em>, <em>Le papier peint</em> et <em>Bravo</em>
Les œuvres <em>Albedo</em>, <em>Cathleen and Colleen</em>, <em>Le papier peint</em> et <em>Bravo</em>

Amélie Laurence Fortin : le lyrisme énergétique du Cercle d'Arcadie

Artiste bouillonnante et directrice artistique inspirée de Regart, Amélie Laurence Fortin a passé temporairement le flambeau du fort lévisien pour se consacrer tout entière à sa pratique artistique. Entre des résidences en Allemagne et en Belgique, où elle mijote un projet pour le Mois multi, elle a déposé une collection d’ovnis à la Galerie des arts visuels.

L’exposition Le cercle d’Arcadie (qui évoque à la fois une plaine volcanique de Mars, un mythe grec sur le bonheur total et l’opéra baroque) est beaucoup plus colorée que ce à quoi l’artiste nous a habitués. «Je suis habitée par les couleurs de la planète Mars, les oranges, les couleurs chaudes, les éclats. Comme le sable de l’île du Prince-Édouard», note-t-elle.

Son exposition au sein de son alma mater concorde avec le début d’un nouveau cycle de création autour de l’énergie et de la thermodynamique.

«C’était une belle invitation, étant donné que j’ai fait toutes mes études ici. La Galerie des arts visuels est un espace que j’ai beaucoup fréquenté. Je me suis toujours questionnée sur le plafond!» dit-elle en désignant le ciel artificiel un peu trop bas, chargé de conduits d’aération et de tuyaux. Plutôt que de nier sa lourdeur, d’inciter le visiteur à regarder ailleurs et de retrancher le plafond de ses photographies de l’exposition, Amélie Laurence Fortin a conçu des œuvres qui le mettent en évidence.

Une de ses principales sources d’inspiration fut le système de ventilation. «Depuis le printemps dernier, j’ai pas mal réfléchi à notre rapport humain avec l’énergie. Je lisais sur la thermodynamique, sur les principes de physique, sur comment on n’utilise pas toute l’énergie des espaces», indique l’artiste.

<em>Albedo </em>et <em>Bravo</em> (détail)

Elle avait le projet (trop) ambitieux de placer un grand ventilateur dans la cimaise qui cache les grandes fenêtres qui donnent sur la rue pour que la lumière du soleil soit découpée par le passage d’immenses hélices. L’entreprise s’avérant difficilement réalisable, son plan B fut de créer une machine autoportante, sur roulettes, et de trouver une manière d’y faire entrer un soleil.

Éloge de la lenteur

La rotation de l’œuvre d’art industrielle est très lente, presque hypnotique. «Je suis quelqu’un qui va très vite, alors il y a une espèce de satisfaction de réussir à créer cette lenteur», souligne-t-elle.

Restait le problème de la cimaise, un élément d’architecture qui, par convention, passe facilement inaperçu dans l’espace d’exposition. Elle l’a couvert d’une immense tapisserie qui entremêle fleurs, volcans martiens, tuyaux, espace cosmique et formes géométriques enroulées et quadrillées qui évoquent la quatrième dimension. Une esthétique ornementée, baroque et éclatée qui n’est pas sans rappeler certains motifs de couvre-lits de l’espace dans les années 80. «Je ne suis pas sortie de ma réflexion sur le cosmos, la science-fiction et le futur, mais je l’interprète différemment», remarque l’artiste.

<em>Le papier peint</em>

La visite de ses objets planètes se fait au son de la voix mystique de la chanteuse d’opéra France Bellemare, qui a enregistré des mélodies inventées et des fragments d’airs connus. Elle chante seulement les sons, sans former les mots, ce qui crée une ode envoûtante à la sublime solitude, qui se mélange étrangement bien au son grondant de la ventilation. Le son provient d’un haut-parleur camouflé dans une porte blanche.

<em>Cloud Nine</em>

Sous une bouche d’aération, un lustre de chevelures artificielles, brillantes et lustrées, descend en cascade. L’œuvre a été nommée Cathleen and Colleen, en hommage à la célèbre photographie de jumelles de Diane Arbus.

<em>Bravo</em> (détail) et<em> Cathleen and Colleen</em>

La dernière pièce est la plus massive, celle qui incite le visiteur à bifurquer vers la gauche lorsqu’il entre dans la Galerie des arts visuels. Le prisme rubicond fait 8 pieds de haut sur 8 pieds de large. Un triangle lui fait une bouche à la Pac-Man, par laquelle on peut voir l’intérieur. Il s’agit en fait de la forme du drapeau qui veut dire «B» en navigation et qui indique qu’un cargo approche, indique Amélie Laurence Fortin. Le mastodonte a été baptisé Bravo et permet d’imaginer sans peine la lenteur terrifiante d’un bloc flottant suivant une trajectoire inéluctable.

La semaine d’Amélie Laurence Fortin à Québec a aussi été l’occasion d’inaugurer une inscription datant d’une occupation de la Chambre blanche en 2005, pendant la Manif d’art. L’inscription «Welcome Out», qu’elle avait tracée en lettres cursives au-dessus de la porte verte du centre d’artiste, a été remplacée par un panneau d’aluminium brossé. Un reflet pérenne et plus raffiné qui témoigne d’une époque plus punk dans sa production.

Le graffiti <em>Welcome Out</em> d’Amélie Laurence Fortin à La Chambre blanche a été transformé en œuvre pérenne.

L’exposition est présentée jusqu’au 4 avril au 295, boulevard Charest Est, Québec.