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Banksy voulait apparemment déchiqueter son tableau en entier

Une nouvelle vidéo mise en ligne par Banksy implique que le déchiquetage partiel de son oeuvre «Girl With Balloon» (La fille au ballon) lors d’une vente aux enchères à Londres n’était pas intentionnel, et que le tableau aurait dû être entièrement réduit en lambeaux.

La vidéo montre le célèbre artiste anonyme construisant le mécanisme de déchiquetage dans un cadre fleuri et appuyant sur un bouton dans une boîte noire pour activer la destruction chez Sotheby’s, à Londres, plus tôt ce mois-ci. L’acte a choqué la foule, mais l’adjudicataire, un collectionneur européen, a décidé de quand même l’acheter pour 1,4 million $ US, selon la maison de vente aux enchères.

Sotheby’s n’a pas identifié l’acheteur.

Le déchiquetage partiel en a poussé certains à conclure que l’acte était un coup monté pour augmenter la valeur de la peinture d’une jeune fille tendant la main vers un ballon rouge en forme de coeur. Le déchiquetage arrête tout juste au-dessus de la tête de la fille, laissant le ballon intact. La fin de la nouvelle vidéo assure qu’«en répétitions, cela a fonctionné à chaque fois ...» Un déchiquetage complet du même motif est ensuite présenté.

La vidéo de près de trois minutes s’intitule «Shred the Love, la version du réalisateur». On y voit des mains et un individu vêtu d’un chandail à capuchon (Banksy adore ce type de vêtement) qui construit le mécanisme dans un studio. Les images se déplacent ensuite à l’extérieur de Sotheby’s avant la vente aux enchères. On voit des gens qui sirotent du champagne et grignotent des hors-d’oeuvre, y compris certains qui admirent le tableau.

La vente aux enchères et le déchiquetage partiel sont présentés, puis les employés décrochent et emportent l’oeuvre.

Banksy n’a jamais révélé son identité complète. Il a commencé sa carrière comme graffiteur à Bristol, en Angleterre, et est devenu l’un des artistes les plus connus au monde. Ses images espiègles et souvent satiriques incluent deux policiers s’embrassant, des policiers antiémeute armés aux petits visages souriants jaunes et un chimpanzé qui agite une pancarte qui prévient: «Riez maintenant, mais un jour, je serai aux commandes».

«Girl With Balloon» a été initialement gravée au pochoir sur un mur de l’est de Londres et a été reproduite à l’infini pour devenir l’une des images les plus connues de Banksy.

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30 ans du Musée de la civilisation: le grand musée de l'activité humaine

Le Musée de la civilisation a déjà 30 ans et un nombre impressionnant d’expositions à son actif. Innovant constamment pour trouver des manières de présenter différents aspects de l’expérience humaine, l’institution aura abordé des thèmes aussi variés que les soins de beauté, le cerveau, les diamants ou les grandes villes du monde. Vendredi, l’accès au MCQ sera gratuit et les visiteurs auront accès aux coulisses des expositions (activité aussi reprise samedi). Retour, en quelques moments et expositions marquants, sur les trois décennies du MCQ.

1988: Pas moins de dix expositions sont lancées simultanément pour marquer l’ouverture du Musée de la civilisation, le 19 octobre 1988 : Souffrir pour être belle, Objets de civilisation, Un si grand âge, Gaspésie, une histoire de mer, Noël réinventé, La barque à voile, Mémoires, un portrait des Québécois, Toundra, Taïga et Électrique. L’institution toute neuve est alors sous la houlette de Roland Arpin. Le Soleil y consacre un cahier de 12 pages, dont le titre principal est «Le début d’une histoire d’amour». On y mentionne la collection de 60 000 objets, en mettant de l’avant la mission éducative, l’accessibilité et la polyvalence du nouveau lieu.

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Ateliers ouverts à la Maison Longue

Si les artistes de Québec connaissent généralement la Maison Longue, elle est plutôt inconnue du grand public. On passe devant l’édifice massif, long comme un pâté de maison, sans se douter qu’à l’intérieur, une dizaine d’artistes reconnus y ont leur atelier et y travaillent depuis maintenant 25 ans.

Au fil de la couverture des arts visuels, je suis allée faire des entrevues dans plusieurs des ateliers du 650, De la Salle. Je me souviens du métier à tisser et du matériel minutieusement classé de Marcel Marois, de l’espace rempli de sculptures en tuyaux colorés d’Hélène Rochette et des photographies et maquettes de Danielle April.

Cette fois, je suis assise devant un thé fumant dans l’atelier de la photographe Lucie Lefebvre. Elle a aménagé un espace de yoga sur une mezzanine, chaque objet est à sa place dans la micro-cuisine et par le bandeau de fenêtres, on voit défiler les nuages. On n’entend rien du brouhaha de la ville. Le havre de paix au cœur de Saint-Roch est propice à la création et à la réflexion.

«Avant 1993, les artistes étaient déjà installés dans Saint-Roch. On investissait des bâtiments à caractère industriel, qui nous permettait d’avoir de hauts plafonds, mais il fallait souvent se déplacer», raconte-t-elle. Dix artistes, Danielle April, Paul Béliveau, Lucienne Cornet, Lucie Lefebvre, Claire Lamarre, Nicole Malenfant, Lauréat Marois, Marcel Marois, Diane Landry (partie dans un autre atelier) et Céline Allard (maintenant décédée) décident alors de se regrouper. Ils créent une compagnie, acquièrent l’ancienne fabrique d’ascenseur Otis et engagent l’architecte Martin Mainguy pour la transformer. 

«Ça nous a assurés beaucoup de stabilité. La gestion est toujours demeurée très simple, indique Lucie Lefebvre. On se voisine. Savoir que d’autres artistes travaillent ici, ça crée une présence. C’est soutenant de savoir que d’autres, tout près, vivent la même folie que nous.»

Depuis, Hélène Rochette et France McNeil se sont jointes aux actionnaires-locataires. Pour souligner le quart de siècle de leur lieu de création, les artistes de la Maison Longue ouvriront leurs ateliers au public samedi prochain. «Beaucoup d’artistes de la Maison ont des œuvres d’art public dans la ville. Ce sera une occasion de les rencontrer, et de rappeler la présence des artistes visuels, qui ont contribué à l’essor du quartier», souligne Lucie Lefebvre.

Le 20 octobre, de 13h à 17h, au 650, De la Salle, Québec.

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Voyage chez les Surréalistes à la galerie AMF

Rêvez-vous d’acquérir un Miró, un Ernst ou un Magritte? À moins d’être fabuleusement riche, c’est impossible, vous dites-vous. Le jeune galeriste Alexandre Motulsky-Falardeau prend le pari de prouver le contraire aux collectionneurs de Québec, en présentant un lot d’œuvres sur papier faites par des artistes surréalistes, cubistes et dadaïstes se détaillant entre 500$ et 2000$.

L’exposition qu’il propose depuis jeudi s’intitule Voyage au pays des surréalistes, des cubistes et des dadaïstes. Eaux-fortes, gravures sur bois, lithographies, livres d’art occupent la moitié de la galerie. Dans l’autre, les œuvres de Louis Boudreault et d’André-Philippe Côté et les trois tables d’Yves Klein donnent un aperçu de l’inventaire régulier du galeriste.

Il a choisi de commencer la visite par les objets les plus rares. Il attire notre attention sur un des 100 exemplaires signés du livre Tracer sur l’eau, de Juan Miró. Neuf cent autres exemplaires, non signés ceux-là, ont été tirés d’une seconde réimpression. On y retrouve des reproductions d’aquarelles du célèbre artiste espagnol, à qui le Musée national des beaux-arts du Québec consacrera une exposition l’an prochain, et une photolithographie qui fait la couverture du volume. Une page, encadrée, porte la signature rouge, aux traits funambules, de l’artiste. Le coffret devrait aussi contenir une eau-forte originale en double-page, mais comme cette pièce maîtresse a depuis très longtemps été séparée de l’ensemble, le galeriste ne verrait pas d’inconvénient à laisser partir les autres œuvres à la pièce. Deux œuvres du plasticien hongrois Victor Vasarely, «plus près du design, mais il est de la même époque que les Surréalistes», souligne le galeriste, sont placées au-dessus du livre.

Dans les deux fenêtres trôneront deux immenses lithographies de Jean-Paul Riopelle, datant de 1972: Suite guerrière et Suite à l’année verte. «Elles sont emblématiques d’une période qui a fait sa renommée, alors qu’il était à Paris. Elles sont plus universelles que les œuvres qui ont suivi, et qui mettent en valeur les symboles de la nature québécoise», soutient Motulsky-Falardeau, qui s’est plongé dans des recherches fastidieuses pour recueillir des informations sur ces gravures européennes.

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Fondation du MNBAQ: départ de la pdg Annie Talbot

La présidente-directrice générale de la Fondation du Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ), Annie Talbot, a terminé jeudi son mandat à la tête de cette organisation.

Au cours des huit dernières années, Mme Talbot a notamment piloté la Grande campagne de financement du pavillon Pierre Lassonde, qui a permis d’atteindre l’objectif ambitieux de 33 millions $. 

Le président du C.A. de la Fondation du MNBAQ, Jean St-Gelais, a souligné la vision dont a fait preuve Mme Talbot au cours de son mandat : «Elle aura permis d’établir une fondation forte, pouvant soutenir le Musée avec la réalisation de projets exceptionnels. La tenue du premier grand GALA MNBAQ le 5 mai dernier en fait partie». 

Annie Talbot, qui aura soutenu et développé plusieurs projets philanthropiques au sein de la Fondation, quitte «afin de relever de nouveaux défis», a simplement indiqué le Musée.

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L’autodestruction d’une oeuvre de Banksy: quel impact sur le marché de l’art?

PARIS - Au-delà du «coup de pub» en forme d’acte de «rébellion» contre les ventes d’art, l’autodestruction spectaculaire d’une oeuvre de Banksy, juste après avoir été acquise pour plus d’un million d’euros (1,8 million $CAN) chez Sotheby’s, pourrait avoir des répercussions sur le marché de l’art.

Ce n’est pas la première manifestation de révolte d’artistes depuis le mouvement Dada, à l’image de ce que pouvait faire l’artiste britannique Gustav Metzger, inventeur dans les années 60 de «l’art autodestructif».

LIRE AUSSI: Un Banksy s'auto-détruit en pleine enchère

D’autres se livrent à des provocations: ainsi, Fred Forest a vendu une oeuvre d’art virtuelle que personne ne pouvait voir. Le street artiste Blu a détruit rageusement ses oeuvres à Bologne. Maurizio Cattalan a fait se déguiser son galeriste parisien Emmanuel Perrotin en lapin rose, etc.

Ce n’est pas non plus la première action rebelle de Banksy. Il avait notamment fait vendre à Central Park des originaux signés, sans aucune communication, à des prix très bas. Il avait affiché au mur de la salle de la Joconde au Louvre une reproduction agrémentée d’un smiley.

Mais ce nouveau «happening» survenu vendredi à Londres crée néanmoins un précédent et pourrait rendre «trendy» des oeuvres déchiquetées, soulignent des experts.

Pour Thierry Ehrmann, président de Artprice, spécialisé dans les cotations du marché de l’art, «le prix actuel» de «Girl with Balloon», la toile du «street artist» de Bristol qui s’est autodétruite, devrait «se situer au-delà de deux millions d’euros».

«Il s’agit d’une performance empruntée au ready-made de Marcel Duchamp. La grille de lecture est que son art vient de la rue où l’éphémère est le parent naturel du Street Art. Banksy rappelle que, même dans une vente de prestige, tout son art est éphémère», affirme M. Ehrmann à l’AFP.

«Être vigilants»

Banksy, qui a contribué à introduire cet art de rue sur le marché de l’art, «peut bien détruire son oeuvre et croire nuire aux capitalistes qui l’acquièrent: il se méprend. Les résidus de cette destruction s’auréoleront d’un prestige nouveau et d’une valeur financière de surcroît», relève Mikaël Faujour de la revue Artension.

«Tout ceci», dit-il, «illustre la profonde illusion où se fourvoient ceux qui conçoivent l’art comme un outil de changement de la société».

Un phénomène irrévérencieux qui ne va pas amener dans son sillon la chute du marché de l’art, mais qui y instaure une incertitude durable, estiment plusieurs experts.

Désormais, tout commissaire qui abattra le marteau pour une oeuvre de Banksy «se demandera s’il va se passer quelque chose», constate pour sa part Arnaud Oliveux, expert en charge d’une vente le 24 octobre chez Artcurial à Paris où doivent être cédés trois sérigraphies et un objet (un rat en résine qui tient un pinceau) signés Banksy.

«Nous allons être vigilants», annonce à l’AFP avec humour cet expert de l’art urbain, qui n’a pas très envie de se faire à son tour «bankser», comme l’avait résumé la semaine dernière un responsable de Sotheby’s.

«L’artiste ne voulait pas que l’oeuvre soit détruite entièrement. Elle devient autre chose, aussi du fait du ‘‘buzz’’ sur les réseaux sociaux. La maison de ventes (Sotheby’s) est devenue actrice de la performance, et l’oeuvre est devenue iconique», relève Arnaud Oliveux.

La maison d’enchères avait assuré avoir été pris de court, et l’acquéreur resté anonyme se serait dit «surpris», selon elle.

Les connaisseurs sont tous d’accord pour reconnaître que cette autodestruction était «un coup bien monté». Même si de nombreuses zones d’ombres persistent.

Pour l’expert du Monde Harry Bellet, «il y avait sûrement quelques-uns de la bande à Banksy dans la salle». Banksy pourrait avoir été le vendeur et l’acheteur, ou avoir confié l’oeuvre à un de ses amis pour la vendre, spéculent d’autres spécialistes.

La broyeuse que Banksy a prétendu dans une vidéo avoir caché dans le cadre du tableau et qui l’a déchiré, aurait dû aussi être découverte, car de telles oeuvres sont soumises à des inspections poussées pour s’assurer qu’elles ne sont pas abîmées, relèvent certains.

Et quid de la batterie? Un complice de Banksy est-il venu la recharger quelques jours avant la vente?  Outre les prix, le dernier «coup» de Banksy, digne d’un stratagème d’Arsène Lupin, continue de faire grimper la perplexité.

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Insolite

Des prescriptions du médecin pour le musée acceptées au MBAM

MONTRÉAL - Un médecin qui vous donne une prescription pour le... musée? Ce sera désormais possible au Québec, et les ordonnances seront acceptées au Musée des beaux arts de Montréal (MBAM).

L’initiative de l’institution muséale et de l’organisation Médecins francophones du Canada (MFdC) serait la première en son genre dans le monde, selon le MBAM.

À compter du 1er novembre, les médecins membres de l’organisation pourront prescrire à leurs patients des visites au musée, qui seront alors gratuites.

L’idée est de permettre aux patients et à leurs proches (famille et aidants) de profiter des bienfaits de l’art sur la santé.

Les visites muséales pourront être prescrites aux personnes souffrant de maladies physiques comme mentales.

Elles permettront de contribuer au mieux-être et au rétablissement de ces personnes en leur offrant un accès gratuit à un lieu sécuritaire et bienveillant, une expérience enrichissante et relaxante, un moment de répit, ou encore l’occasion de resserrer les liens avec leurs proches, est-il expliqué dans leur communiqué conjoint, diffusé jeudi.

Dans une première phase du projet, les médecins participants pourront prescrire jusqu’à 50 ordonnances pour une visite des différentes expositions du MBAM, chacune étant valable pour deux adultes et deux enfants.

Expositions

L'exposition Marcel Barbeau: chorégraphies de contrastes

Les œuvres de Marcel Barbeau donnent souvent l’impression de danser, de vibrer, de se fractionner, d’éclater. Attiré par toutes les polarités formelles, éternel explorateur des formes, des motifs, des lignes et des couleurs, l’artiste a un corpus tout indiqué pour être le premier Québécois à qui le Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ) consacre une exposition solo dans le pavillon Pierre Lassonde.

On peut notamment se laisser avaler par d’immenses formats issus de performances picturales, des œuvres peu présentées et difficiles à entreposer à cause de leurs dimensions colossales. La scénographie donne au visiteur l’impression de nager, de glisser, de se laisser couler d’une pièce à l’autre. La scénographe Marie-Renée Bourget-Harvey a joué avec les murs noirs et les murs blancs, avec les angles droits et les courbes inattendues, en établissant une belle synergie avec le travail de Barbeau, qui naviguait lui aussi entre les contrastes avec un redoutable sens de l’équilibre.

«On l’a beaucoup critiqué pour avoir fait des sauts extrêmes d’un style à l’autre, mais aujourd’hui, on voit bien que c’est ce qui fait sa force», expose la commissaire Ève-Lyne Beaudry, conservatrice de l’art contemporain au MNBAQ.

L'exposition Marcel Barbeau: en mouvement

Arts

Un prix pour le musée Chaplin

Deux ans à peine après avoir vu le jour, le site muséal consacré à Charlie Chaplin en Suisse vient de décrocher la récompense du Meilleur musée d’Europe 2018, décerné par l’Académie européenne des musées.

Le musée, que Le Soleil a visité tout juste avant son ouverture, est le pari fou d’Yves Durand. Avec l’assentiment des héritiers du génie de la comédie, et avec l’architecte suisse Philippe Meylan, le Québécois a transformé le Manoir de Ban, la dernière résidence de Charlot à Corsier-sur-Vevey, non loin de Lausanne, agrémenté d’artefacts et de statues de cire (gracieuseté du musée Grévin).

Le jury a reconnu que «le musée va bien au-delà de la narration traditionnelle et met tous les aspects de la vie de Chaplin dans la perspective d’un contexte historique général. Les objets exposés sont de qualité exceptionnelle, tant sur le plan technique que sur le plan de l’intérêt des visiteurs».

La récompense vient souligner les 16 ans d’efforts d’Yves Durand — pour convaincre partenaires, autorités et voisins — et «plus de 60 millions $ d’investissement». Plus de 300000 visiteurs franchissent ses portes annuellement.