L’exposition «La tête dans le nuage», présentée au Musée de la civilisation, consacre une zone à l’émergence des robots et de l’intelligence artificielle dans notre quotidien.

Exposition «La tête dans le nuage»: la face cachée du virtuel [VIDÉO]

Personne ne s’imagine aujourd’hui vivre sans son téléphone intelligent. Faire l’impasse sur Facebook ou Instagram relève aussi de l’hérésie. Or, cette consommation numérique effrénée possède sa face cachée. La nouvelle exposition du Musée de la Civilisation, «La tête dans le nuage», nous rappelle à quel point nous sommes petits et démunis face à ces nouvelles technologies.

Depuis 2003, l’humanité produit plus de données en deux jours que dans toute son histoire. Ces Everest de données sont stockés dans le fameux infonuagique, une créature intangible dont on ne soupçonne pas toutes les ramifications.

Mercredi, lors de l’inauguration de l’exposition, le président-directeur général du Musée, Stéphan La Roche, a avoué être «profondément troublé» par cette incroyable accumulation d’informations en tous genres. Le train de la révolution numérique est sorti de la gare, et rien ne semble vouloir l’arrêter. D’où l’importance de «déclencher une réflexion collective».

Si sortir son téléphone de sa poche est devenu un geste banal, «comment prendre la mesure de ce qui nous pend, non pas au bout du nez, mais au bout du doigt», demande M. La Roche, souhaitant que cette exposition, «ni technophile ni technophobe», attire particulièrement les jeunes adultes, cette génération qui a grandi avec le virtuel et qui utilise les réseaux sociaux pour s’informer à 95%.

Les robots sont parmi nous

Sous la supervision de la chargée de projet Marie-Christine Bédard et divisée en cinq zones représentant autant de facettes d’un univers insoupçonné, l’exposition captive d’un bout à l’autre. Dès le départ, gros plan sur les câbles à fibre optique qui prolifèrent sur la planète. Un échantillon du câble reliant les Îles-de-la-Madeleine à la Gaspésie, endommagé pendant une tempête l’an dernier, démontre l’importance de ces liens pour transporter les données.

Plus loin, le visiteur découvre que les algorithmes participent à la sélection de ce que nous voyons ou non sur nos fils d’actualité. Des outils qui donnent une fausse impression de la réalité, la fameuse chambre d’écho où chacun finit par se retrouver au sein de groupes qui partagent les mêmes opinions.

Un autre segment invite à «prendre de la hauteur» pour observer les effets de la connexion sur soi-même, sur nos relations aux autres et sur notre vie numérique. N’avez-vous pas l’impression que les réseau sociaux procurent le sentiment d’être près de gens que vous ne connaissez pas vraiment?

Impossible de passer sous silence l’avènement des robots dans nos vies. Ils sont prêts à nous remplacer dans plusieurs tâches. L’automatisation rapide et les avancées de l’intelligence artificielle risquent de transformer en profondeur le quart des emplois actuels. Sommes-nous prêts à travailler avec ces machines, à les croiser dans la rue?

Inquiétant profilage

La dernière zone, baptisée Rien à cacher, est certainement la plus troublante, à l’heure où les caméras de surveillance se multiplient à la grandeur de la planète, particulièrement en Chine. Dans une grande pièce aux quatre murs faits d’écrans géants, le visage du visiteur apparaît en noir et blanc, encadré dans un carré mobile. Avec, dans notre for intérieur, la désagréable impression de se sentir traqué, espionné, soupçonné d’on ne sait trop quoi. Paranoïaques s’abstenir...

Le monde change à une vitesse grand V. «Tout y passe, et ça va vite», est-t-il écrit à l’entrée de l’exposition. La révolution numérique appelle des choix éthiques et légaux incontournables dont chaque citoyen devra se préoccuper. «Que cette exposition vous fasse entrer dans le nuage comme jamais, pour mieux, peut-être, en sortir un peu...», souhaite Stéphan La Roche.

L’exposition La tête dans le nuage est présentée au Musée de la Civilisation jusqu’au 31 janvier 2021.