Richard Z Sirois tient une photo de lui vers l’âge de 4 ans prise par son grand-père Victor dans son studio demeuré intact depuis 1955. Il pose à côté de l’ancien appareil-photo de Victor Sirois.
Richard Z Sirois tient une photo de lui vers l’âge de 4 ans prise par son grand-père Victor dans son studio demeuré intact depuis 1955. Il pose à côté de l’ancien appareil-photo de Victor Sirois.

Exposition de photos de Victor et d’Yvonne Sirois: un siècle d’histoire à travers 136 000 négatifs

MATANE — En ayant immortalisé sur pellicule des événements, des paysages, des bâtiments ou tout simplement des gens dans leur vie de tous les jours, les photographes matanais Victor Sirois (1901-1977) et sa fille Yvonne (1930-2018) sont des témoins importants de l’histoire du XXe siècle. Une exposition de 100 photographies tirées du fonds d’archives Studio Victor Sirois, inaugurée lundi, rend hommage à ces créateurs et à leur imposant legs patrimonial. Les œuvres sont exposées dans six endroits différents de Matane.

L’exposition est présentée par la Ville de Matane, en collaboration avec la Société d’histoire et de généalogie de l’endroit. Les premières photos de Victor Sirois remontent à 1918. S’il a surtout photographié la Matanie, il a aussi fait des clichés en Estrie et aux États-Unis. Il a collaboré pour les hebdomadaires régionaux, mais aussi pour Le Soleil et The Globe & Mail. Le Studio Victor Sirois a eu pignon sur rue au centre-ville de Matane de 1931 à 1995.

Sa maison, qui abrite le magasin, le studio, les trois laboratoires et l’imprimerie qui sont demeurés comme ils étaient en 1955, est maintenant la propriété des petits-enfants de Victor. Parmi eux, nommons l’humoriste et animateur radiophonique Richard Z Sirois et le physicien Yves Sirois, qui a dirigé l’équipe à l’origine de la découverte du boson de Higgs. D’ailleurs, Richard Z souhaite éventuellement ouvrir ce lieu «complètement vintage» au public.

Stupéfaction

«Moi, enfant, quand je voyais mon grand-père travailler dans son labo, à la maison, il développait les films des autres et il recevait des gens qui avaient pris des photos, raconte Richard Z Sirois. Je savais que mon grand-père prenait beaucoup, beaucoup de photos de mariages et de portraits à sa maison, au troisième étage. Mais, je découvre, cette semaine, le côté artistique de ce qu’il a fait, le côté créativité. Je suis même stupéfait de voir son travail. Je trouve ça extraordinaire, la façon dont c’est mis en valeur.»

Ce projet d’exposition était dans l’air depuis le décès de la fille de Victor, Yvonne, en 2018 à l’âge de 88 ans. Le souhait de celle qui fut l’une des premières femmes photographes dans l’Est-du-Québec était que ce patrimoine photographique soit mis en valeur et que la collection n’aille nulle part ailleurs qu’à Matane. «Ce n’était pas évident de négocier avec ma tante Yvonne, raconte Richard Z Sirois. Je demandais à ma tante ce qu’on devait faire des négatifs.» Après lui avoir souvent répondu que personne ne toucherait à ce matériel, elle a fini, un jour, par dire: “Personne, sauf Romain Pelletier.” «Donc, j’ai appris que ma tante Yvonne faisait confiance à une seule personne sur la Terre et cette personne-là, c’était Romain Pelletier!»

Ancien rédacteur en chef de La Voix gaspésienne à Matane et ancien collaborateur au quotidien Le Soleil, Romain Pelletier a accepté le travail de moine que représentait la recherche préparatoire à l’exposition. «Romain disait qu’il viendrait faire un tour, relate Richard Z. Mais, ce n’était pas 15 minutes. C’était 10 à 15 heures! Romain, c’est un archéologue. Je n’ai aucune idée, en si peu de temps, comment il a fait pour sortir ces photos-là. Il a fait un travail vraiment incroyable!»

Une partie de l’exposition tirée du fonds d’archives Studio Victor Sirois présentée à la Société d’histoire et de généalogie de Matane.

«Comparable à Facebook»

Pour l’exposition, Romain Pelletier a sélectionné 100 photos puisées à travers 136 508 négatifs. Il a dû lire les 50 registres totalisant 2600 pages et 60 000 entrées. Il a aussi dû défricher les 170 pages manuscrites, dont «l’écriture était absolument incompréhensible». Le fonds d’archives contient également 48 000 photos de différents formats. «Le fonds Sirois, je dirais que c’est comparable au réseau social Facebook parce qu’il y a de tout [...]», compare l’ancien journaliste-photographe, qui a réalisé le travail en deux mois, en pleine pandémie.

Les lieux à Matane où il est possible d’admirer les œuvres sont la promenade des Capitaines, le parc des Îles, les trottoirs du centre-ville, la Résidence des Bâtisseurs, le Foyer d’accueil et la Société d’histoire et de généalogie de Matane.