Le Quatuor Bozzini aime créer des liens entre les musiciens, les pays et les différents styles musicaux.

Exploration nippone avec le Quatuor Bozzini

Le Quatuor Bozzini a invité deux musiciens japonais pour «Salon Tokyo», un spectacle dédié à la musique des compositeurs contemporains du pays du soleil levant. Les mélomanes pourront entendre différents mariages de shô, un instrument à vent traditionnel d’origine asiatique, piano et instruments à cordes, dans une proposition qui s’annonce tout en finesse.

S’il faisait du théâtre, le Quatuor Bozzini donnerait dans le théâtre de création, avec une tangente expérimentale, tout en se permettant quelques emprunts au répertoire des 100 dernières années. Leur projet Women Box amalgamait musique, chant, théâtre et boxe (!), Une idée sinon vraie intégrait la danse, Musique de chambre (noire) entremêlait arts visuels et musique. On a d’ailleurs pu voir une étape préliminaire de ce spectacle, l’installation Études vidéographiques pour instruments à cordes de Nathalie Bujold, à l’Œil de poisson l’an dernier.

«Nous voulons comprendre le langage des gens qui écrivent de la musique aujourd’hui, donc nous faisons beaucoup de créations. On aime créer des liens entre les musiciens, les pays et les différents styles musicaux», résume Stéphanie Bozzini.

L’altiste joue aux côtés des violonistes Clemens Merkel et Alissa Cheung et de la violoncelliste Isabelle Bozzini. La pianiste Satoko Inoue, spécialisée dans la musique contemporaine japonaise, et le joueur de shô Ko Ishikawa se joignent au quatuor montréalais pour Salon Tokyo. Ils seront particulièrement mis en valeur dans le programme présenté à Québec, dans le cadre de la programmation d’E27 musiques nouvelles.

Au programme
Au menu, la pièce Ground de Yuka Shibuya, pour quatuor à cordes et shô. «Le shô produit un son très délicat, qui ressemble à l’harmonica, et qui a été mis en valeur par la compositrice, qui utilise beaucoup d’harmoniques aiguës», note Stéphanie Bozzini.

Un quatuor à cordes de Toshiya Watanabe permettra d’apprécier l’agilité des manieurs d’archets. «C’est d’inspiration avant-garde européenne, très classique, avec beaucoup d’effets qu’on appelle en anglais extended techniques, qui permettent de tirer des sons inusités des instruments, plus stridents par exemple, ou en utilisant le chevalet», explique l’altiste, spécifiant que cette composition est elle aussi empreinte de délicatesse et construite à partir de microtonalités. Un autre quatuor à cordes, cette fois de Takeo Hoshiya, est presque un solo pour premier violon, alors que les trois autres instruments agissent «un peu comme des ombres», note-t-elle.

Le quatuor à cordes laissera l’avant-scène aux musiciens japonais pour deux duos pour shô et piano signés par Takashi Fujii et Daryl Jamieson, qui s’est laissé guider par l’image d’un cours d’eau où flottent des bouts de bois pour explorer différentes sonorités aux accents bucoliques.

Le programme comprend aussi une pièce pour piano de Jo Kondo, auquel le quatuor Bozzini a consacré un disque il y a une dizaine d’années. «Nous l’avions rencontré à ce moment-là et nous avons eu le désir de rencontrer des compositeurs qui ont travaillé avec lui, pour connaître un peu la suite de sa musique», raconte la musicienne. Avec ses collègues, elle s’est rendue au Japon en 2014 pour mener à bien cette exploration. Ils y ont retrouvé leur compatriote Daryl Jamieson.

«C’est étrange comme tout est relié. Daryl avait participé à une de nos Composer’s Kitchen, notre résidence professionnelle pour les jeunes compositeurs, et nous lui avions suggéré d’aller apprendre auprès de Jo Kondo. Maintenant, il est établi au Japon», indique Mme Bozzini.

L’édition 2019 du Composer’s Kitchen du Quatuor Bzzini se déroulait cette semaine. L’ensemble à cordes a fait une spécialité de cet accompagnement consciencieux de la jeune génération de compositeurs. Les musiciens chevronnés jouent leurs créations en direct, avec eux, et les aident à développer leur voix singulière. «C’est intéressant pour les compositeurs de pouvoir entendre les sons des instruments en temps réel, plutôt que d’être seuls devant une feuille», souligne l’altiste.

Le Quatuor Bozzini sera d’ailleurs au Domaine Forget en juin pour un concert regroupant des œuvres de Laurie Radford, de Javier Torres Maldonado et de Steve Reich, le 15 juin, et pour faire entendre les œuvres des étudiants compositeurs, le 23 juin à 20h.

VOUS VOULEZ Y ALLER?

Quoi: Salon Tokyo

Qui: le Quatuor Bozzini, Satoko Inoue (piano) et Ko Ishikawa (shô)

Quand: mercredi 2 mai, 20h

Où: Cathédrale Holy Trinity

Entrée: contribution volontaire