Marie-Nicole Lemieux est heureuse de reprendre contact avec le public et de chanter une nouvelle fois au Domaine Forget, à la faveur des Concerts Évasion. La contralto originaire de Dolbeau-Mistassini se produira le 14 juin, en compagnie du pianiste Louis Lortie. 
Marie-Nicole Lemieux est heureuse de reprendre contact avec le public et de chanter une nouvelle fois au Domaine Forget, à la faveur des Concerts Évasion. La contralto originaire de Dolbeau-Mistassini se produira le 14 juin, en compagnie du pianiste Louis Lortie. 

Expérience inédite pour la contralto Marie-Nicole Lemieux

L’histoire d’amour entre Marie-Nicole Lemieux et le Domaine Forget résiste à tout, même à un virus. La contralto y a donné plusieurs concerts, en plus de participer à des enregistrements. Elle qui apprécie le charme du lieu, autant que l’acoustique de la salle de concert, vivra une expérience originale le 14 juin, à 17h. Aux côtés du pianiste Louis Lortie, elle donnera un récital accessible gratuitement par le truchement d’Internet.

Il s’agira du premier de trois événements baptisés Concerts Évasion. En plus des pièces interprétées par les artistes, on diffusera des capsules réalisées par Françoise Davoine, de Radio-Canada. Quant au programme, il reflétera l’esprit du temps, en ce sens qu’au moins une pièce aura été sélectionnée par le public. Il avait jusqu’au 5 juin pour se manifester, via la page Facebook du Domaine Forget.

«J’ai bien hâte de voir ce que le monde va demander. Ça pourrait aller dans le baroque, des mélodies françaises, des airs d’opéra ou encore une composition d’André Gagnon et de Michel Tremblay. On n’ira pas dans le populaire, cependant, puisqu’il y en a partout. En plus, le Domaine Forget est un haut lieu de la musique classique», a énoncé Marie-Nicole Lemieux à la faveur d’une entrevue téléphonique accordée au Progrès.

Parlant de demandes spéciales, la sienne a déjà été réalisée, en raison de la présence de Louis Lortie. Elle rit en évoquant le fait que depuis leur premier échange, il y a 15 ans, ils n’arrivaient jamais à se poser au même endroit, en même temps. «Ça fait longtemps qu’on veut faire de quoi et son rôle ne sera pas celui d’accompagnateur. Nous ferons de la musique ensemble», affirme l’artiste originaire de Dolbeau-Mistassini.

Le pianiste a exprimé un voeu, soit qu’elle interprète des lieder de Brahms. Quant à Marie-Nicole Lemieux, elle s’est fait plaisir en demandant à son camarade de jouer la Ballade no. 1 de Chopin. «J’étais contente qu’il accepte. Dans cette ballade, qui est si bien construite, il y a une espèce de mélancolie, un ton rêveur. Je me souviens du jour où une amie l’a faite pour moi, relate la chanteuse. Ça me touche quand on m’offre une pièce musicale au piano.»

Retrouvailles attendues

Une autre source de bonheur tiendra à ses retrouvailles avec le public, après des mois de confinement.

Même s’il ne sera pas présent dans la salle, elle sait que de nombreux mélomanes seront témoins de ce concert après s’être rendus à l’adresse www.domaineforget.com/concertsevasion.

Pour ceux qui effectueront une contribution volontaire, 20% des sous iront au Centre de prévention du suicide de Charlevoix.

«Ça fait du bien de participer à ce projet. C’est aussi une preuve de confiance de la part du Domaine Forget, souligne la contralto. Il est vrai que ce seront de drôles de conditions, alors que je serai seule avec Louis sur la scène, mais ça ressemblera à ce que je fais lors des répétitions et des enregistrements. L’ambiance sera celle d’un studio, mais un studio chic. Nous porterons de beaux vêtements!»

Elle mentionne que c’est dans cette salle qu’a été enregistré l’album Schumann-Frauenlieben und Leben, avec la complicité du pianiste Daniel Blumenthal. «Ses qualités acoustiques font que c’est agréable de chanter là. Comme au Palais Montcalm de Québec, ça sonne naturellement et puisqu’il y a des panneaux, on peut contrôler l’acoustique comme on veut», précise Marie-Nicole Lemieux.

Le deuxième des Concerts Évasion se déroulera le 12 juillet, à 17h. Il mettra en vedette Rene Izquierdo et Marco Tamayo, membres du Quatuor de guitares du Canada. La série prendra fin le 2 août, toujours à 17h, alors que Yannick Nézet-Séguin (piano) se produira en compagnie de Kerson Leong et Yukari Cousineau (violon), de même que Pierre Tourville (alto) et Stéphane Tétreault (violoncelle).

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UNE PÉRIODE DE DOUTE ET D'ANXIÉTÉ

Il est rare que Marie-Nicole Lemieux s’épanche comme elle l’a fait plus tôt cette semaine, au cours d’une entrevue accordée au Progrès. D’un naturel enjoué, la contralto a toujours des projets stimulants qui se profilent dans son horizon immédiat, autant de bonheurs qui rythment ses entretiens avec les représentants des médias. Cette fois-ci, cependant, il y avait un fond de tristesse dans la conversation et on sait pourquoi. Comme des millions de gens, elle peut témoigner du fait qu’on n’a pas besoin d’attraper la COVID-19 pour en sentir la morsure.

Une fois de plus, ça s’annonçait comme une riche année au plan professionnel. Trois premiers rôles figuraient à son agenda lorsque la pandémie a imposé sa loi, dont un à l’Opéra de Vienne, dans L’Italienne à Alger. Au lieu de chanter du Rossini dans l’un des temples de l’art lyrique, l’interprète s’est confinée à Terrebonne avec les membres de sa famille. Le plaisir de passer du temps parmi les siens est bien réel, mais impossible d’oublier les projets annulés ou reportés, les camarades avec qui on ne va pas chanter, les capacités vocales qui ne sont plus optimales.

« Ces temps-ci, j’écoute de la musique instrumentale, mais je ne veux pas entendre du chant. Il y a une notion de peine associée à ça, en raison du confinement. Ça me rend triste, même si je me sens privilégiée de pouvoir donner un récital au Domaine Forget. Il y a aussi un doute qui s’est installé parce que les chanteurs, on est comme des athlètes, explique Marie-Nicole Lemieux. S’ils ne font pas leur sport, ils décrépissent et nous, si on saute quatre mois, ça paraît. Pour me réchauffer, par exemple, ça me prend 30 minutes. C’est plus long qu’avant. »

Un problème propre aux chanteurs tient au fait que même pour pratiquer, la solitude est mauvaise conseillère. Travailler avec d’autres chanteurs, avec un pianiste accompagnateur, est nettement préférable. Ça procure un regard extérieur sur ce que l’on fait. « Le chanteur est un soliste qui a besoin du lien avec d’autres personnes, énonce la contralto. Or, ce n’est pas ce qui se passe, puisque deux ou trois fois par semaine, je répète avec des pistes de karaoké. Je suis seule. Je m’écoute et ce n’est pas aussi bien que je le voudrais. »

Habitée par le sens du collectif, elle s’ennuie autant des répétitions que des spectacles devant public. Ces séances que personne ne voit lui sont précieuses, en effet. C’est le moment où l’interprétation prend forme, l’occasion de donner libre cours à sa créativité. « Ce qui me manque, c’est de faire de la musique avec des gens, répéter avec un orchestre. Juste d’en parler, ça me donne des frissons, parce que notre métier est tellement nourrissant. C’est dur d’être privée de ça », confie Marie-Nicole Lemieux.

Elle sait que ce sentiment est partagé par ses collègues. Eux aussi ont vu des contrats se dématérialiser, souvent sans compensation aucune. Eux aussi se demandent comment la scène lyrique se tirera de cette mauvaise passe. « Je pense à tous mes camarades. Ce n’est pas facile. On a beaucoup d’anxiété », fait observer la chanteuse. 

Tournant son regard vers l’avenir, vers cette reprise des activités qui se fera à petits pas, forcément, elle invite les maisons d’opéra du Québec à profiter de la présence de nombreux interprètes chez eux, ce qui ne se produit pas fréquemment. « On est tous là, les chanteurs, et on est disponibles. On pourrait monter des opéras concerts dans les prochains mois, notamment à Montréal et à Québec. Ce serait moins compliqué en raison des voyages que nous ne ferons pas », avance la contralto. 

Sur une note plus personnelle, elle espère que le concert Beethoven, que doit donner l’Orchestre symphonique de Montréal, sous la direction du maestro Bernard Labadie, aura bel et bien lieu en septembre. De la grande musique. Un chef estimé. Les conditions idéales pour réussir sa rentrée.