John Goodman (Mulligan) et Ashton Sanders (Gabriel) se partagent la vedette dans le suspense de science-fiction État captif.

État captif: d’une redoutable efficacité *** 1/2

CRITIQUE / Il arrive parfois qu’un film, sorti de nulle part, nous permette d’espérer qu’il existe encore un cinéma américain grand public en dehors des carcans hollywoodiens. C’est le cas avec État captif (Captive State). Le très efficace suspense de science-fiction de Rupert Wyatt réussit à nous captiver du début à la fin, avec des métaphores simples, pour ne pas dire simplistes, néanmoins révélatrices des tares du passé que nous sommes toujours prêts à répéter.

On écrit science-fiction parce que le récit se déroule dans un futur rapproché, alors que des extraterrestres ont envahi la Terre pour piller les ressources humaines. Rien de bien neuf. Sauf qu’il s’agit d’un prétexte — on ne les voit d’ailleurs pratiquement pas de tout le long métrage — pour exploiter le thème des dérives totalitaires et de l’exploitation des populations. Et de la résistance à celles-ci.

L’action prend place à Chicago, ville occupée par l’envahisseur en son centre, comme partout dans le monde. Plusieurs ont choisi de collaborer avec l’ennemi pour éviter «l’annihilation» alors qu’une minorité a choisi la dissidence. Leur but avoué : une action qui va mettre le feu aux poudres en prouvant que l’humanité peut encore vaincre.

On peut facilement tracer un parallèle avec qui s’est déroulé en France, et dans d’autres pays, pendant la Seconde Guerre mondiale. D’autant que le pouvoir exerce le même genre de répression basée sur la délation, la propagande, la coercition et les déportations… Le contrôle s’exerce par un système de surveillance électronique à la Big Brother (tout de même plus sophistiqué que dans 1984).

Gabriel Drummond (Ashton Sanders) a perdu ses parents dans les premiers jours du conflit. William Mulligan (John Goodman), coéquipier de son père flic, devenu commandant, garde un œil sur lui depuis. Tout en espérant le convaincre de collaborer.

L’ado s’y refuse, d’autant que son frère Raphaël (Jonathan Majors), que tout le monde croyait mort, prépare une action avec son groupe de rebelles. Un attentat terroriste, en fait. Ce qui n’est pas dénué d’ambiguïté : est-ce que la fin justifie les moyens?

Rupert Wyatt, qui a coécrit le scénario avec Erica Beeney, joue habilement de ses effets (dont une caméra portée qui colle aux personnages) pour maintenir un suspense de tous les instants, alternant entre ceux qui veulent agir et ceux qui veulent les empêcher.

Le réalisateur de La montée de la Planète des singes (2011) mise sur une montée dramatique bien contrôlée, même si la structure est, parfois, bancale. Rien de majeur, toutefois. Il compte aussi sur une redoutable trame sonore anxiogène de Rob Simonsen (Foxcatcher, Demain tout commence…) et un montage nerveux.

Il faut aussi souligner la performance sans faute du jeune Ashton Sanders, interprète de Teen Chiron dans l’oscarisé Moonlight, et celle, nuancée, de John Goodman — on a beaucoup de difficulté à ne pas le haïr. Il laisse pourtant deviner, sous sa carapace de flic impitoyable, une certaine humanité…

État captif n’a rien d’extraordinaire. Mais son efficacité, sa simplicité lo-fi et son atmosphère un peu glauque à la District 9 (2009) de Neil Blomkamp s’avèrent un antidote à la démesure des superproductions.

Le spectateur peut aussi tracer des parallèles avec l’état du monde actuel...

Au générique

Cote : *** 1/2

Titre : État captif

Genre : Science-fiction

Réalisateur : Rupert Wyatt

Acteurs : John Goodman, Ashton Sanders, Jonathan Majors

Classement : 13 ans +

Durée : 1h49

On aime : l’efficacité du suspense et de la trame sonore. La montée dramatique. Les métaphores historiques.

On n’aime pas : la structure parfois bancale.