L'acteur Jason Segel, qui est aussi scénariste, a racheté les droits du documentaire et s'est lancé dans une adaptation télévisée de <em>Envois d'ailleurs</em>. 

Envois d'ailleurs, le conte fou inspiré d'une histoire vraie

NEW YORK — Un jeu de piste géant pour adultes, conçu par une société secrète qui veut éveiller les consciences, c'est le point de départ de la nouvelle série événement d'AMC Envois d'ailleurs, inspirée d'une histoire vraie.

Petit poucet devenu poids lourd avec la trilogie Mad Men, Breaking Bad et The Walking Dead, la chaîne câblée AMC veut continuer à peser dans le paysage audiovisuel américain qui s'est considérablement enrichi depuis un an.

En perpétuelle recherche de contenus mais aussi de différenciation, la télévision américaine n'hésite plus à s'attaquer aux projets les plus improbables, qui nécessitent plusieurs épisodes pour donner le ton.

«Tout le paysage [audiovisuel] a changé», résume Mark Friedman, superviseur (showrunner) de Envois d'ailleurs, qui compte pour l'instant 10 épisodes, dont le premier sera diffusé aux États-Unis dimanche (la série n'a pas encore de diffuseur en France). «Vous n'auriez pas pu faire une série comme ça il y a dix ans.»

Aussi fantasmatique et conceptuel que paraisse le scénario, il est pourtant tiré d'une histoire vraie.

Entre 2008 et 2011, à San Francisco, plusieurs milliers de personnes ont participé à une «expérience», telle que la décrit son inventeur, l'artiste Jeff Hull, durant laquelle ils ont interagi avec une fausse société secrète, le Jejune Institute.

Si l'univers et sa terminologie pouvaient laisser penser à une secte, il s'agissait en réalité d'un jeu, très élaboré, jalonné d'épreuves et de défis, qui a fait l'objet d'un documentaire, The Institute (2013).

«Créer de l'espoir»

Connu pour son rôle récurrent dans la série How I Met Your Mother et des comédies potaches, l'acteur Jason Segel, qui est aussi scénariste, a racheté les droits du documentaire et s'est lancé dans une adaptation télévisée.

«C'était comme marcher sur un fil», explique Mark Friedman. «Ça pouvait tourner à la catastrophe totale ou devenir quelque chose de grand.»

Jason Segel a mélangé le monde de Jeff Hull avec celui des grands maîtres de l'imaginaire foutraque, notamment Charlie Kaufman, scénariste de Dans la peau de John Malkovich, Michel Gondry (Eternal Sunshine of the Spotless Mind) et Jean-Pierre Jeunet (Le Fabuleux destin d'Amélie Poulain).

Le défi est considérable car ces auteurs sont des poètes modernes, qui travaillent sur l'insaisissable, l'indicible. La critique a été mitigée envers Envois d'ailleurs, même si elle a globalement rendu hommage à cette tentative de repousser les limites du genre.

«Je pense que nous sommes fidèles à l'esprit du jeu originel et du documentaire», considère Mark Friedman, qui a reçu la bénédiction de Jeff Hull. «Mais vous pouvez aussi regarder ça sans l'historique, comme une bonne série.»

Au coeur du récit, quatre personnages que rien ne prédisposait à se rencontrer mais qui vont vivre cette aventure décalée dans un Philadelphie sublimé, en lieu et place de San Francisco.

«Le fait qu'on ait ces quatre personnes avec des histoires et des points de vue très différents est super important pour l'histoire», fait valoir Eve Lindley, qui joue Simone, membre du quatuor. «Ça joue énormément pour la rendre si humaine et si proche.»

La façon d'aborder Simone, jeune femme trans, est «assez révolutionnaire», estime Eve Lindley, elle-même transgenre et révélation de la série.

L'aspect transgenre de son personnage n'est évoqué qu'en toile de fond et ne la résume pas. «Elle est humaine. C'est juste une fille», explique Eve Lindley. «C'est quelque chose qui m'a vraiment emballée dans ce rôle.»

Aux côtés d'Eve Lindley apparaissent Jason Segel, la comédienne oscarisée Sally Field, ainsi que l'acteur et rappeur André Benjamin (André 3000 à la scène).

«On vit une époque de tensions. Nous sommes divisés en tribus, en camps», souligne Mark Friedman, qui voulait «créer de l'espoir, en montrant des gens différents réussir quelque chose ensemble.»

«Même si ça a l'air extraordinaire», dit Eve Lindley, «au final, c'est une histoire ordinaire de gens ordinaires qui entrent en relation les uns avec les autres.»