Les performeurs d'Entrez nous sommes ouverts appuient sur des boutons en tous genres, branchent des fils et servent eux-mêmes de conducteurs par leurs mouvements.

Entrez nous sommes ouverts: les fils se touchent

CRITIQUE / L'entreprise peut sembler un peu (beaucoup!) folle. Et elle se déploie dans un joyeux capharnaüm et une ribambelle de fils électriques. En ouverture du Mois Multi, le Bureau de l'APA bricole toute une machine avec sa nouvelle création, Entrez nous sommes ouverts. Une machine ingénieuse, mais parfois cacophonique, qui roulera sans doute mieux une fois rodée.
D'entrée de jeu, Simon Drouin a prévenu le public de la première, jeudi, que ses complices et lui allaient, en accumulant les connexions, créer un système qui avait 40 % des chances de planter. «On n'a pas réussi à terminer la générale», a-t-il confié. Mise en scène ou réelle mise en garde? L'histoire ne le dit pas vraiment. Parce qu'ici, tout garde un côté brouillon. Et qu'avec le nombre d'inventions, de branchements et de bidules mis de l'avant ici, les chances qu'un pépin survienne sont décuplées, surtout que le spectacle est tout neuf et qu'il sera sans doute encore appelé à évoluer.
Avec cette nouvelle production, le Bureau de l'APA a donc voulu explorer le concept de connexions : physiques, électriques ou des idées. À mi-chemin entre le théâtre et l'art performance, les six interprètes se chargent d'activer des dispositifs qui créent simultanément un son et une image projetée sur écran géant... Et qui sont appelés à se superposer. Les performeurs appuient sur des boutons en tous genres, branchent des fils et servent eux-mêmes de conducteurs par leurs mouvements, leurs interactions, voire leurs fluides corporels. 
À ce chapitre, l'un des interprètes, Ludovic Fouquet, en donne plus que les autres. Son unique rôle ici est de suer. Littéralement. Tout au long du spectacle, alors que ses confrères s'activent, il reste en retrait en multipliant les stratégies pour transpirer : il fait des exercices, revêt perruque ou manteau de fourrure, se fait chauffer sous les projecteurs ou s'emballe de pellicule plastique ou de papier bulle dans le but de recueillir sa transpiration dans un flacon (accueilli jeudi par quelques exclamations de dégoût dans la salle) qui servira à créer l'ultime connexion. Celle-ci s'est effectuée de manière un peu laborieuse à la première de jeudi. Ils auront au final été plus d'un à suer pour venir à bout de la représentation!
Le «système» d'Entrez nous sommes ouverts se crée devant nos yeux, dans une accumulation de gadgets techniquement complexes, mais qui semblent avoir été bricolés avec trois fois rien. Au coeur de cette machine, l'humain sert d'indispensable moteur. Mais on l'oublie presque, parfois, tant la mécanique prend de la place. On essaie d'avoir des yeux partout pour décortiquer ses codes, la curiosité est piquée, on sourit souvent... Mais on n'est pas nécessairement touché par la proposition, qui parle davantage à la tête qu'aux émotions. 
Entrez nous sommes ouverts est présenté une nouvelle fois vendredi (la représentation sera suivie d'un échange entre les artistes du Bureau de l'APA et le public) et samedi à la salle Multi du complexe Méduse. Festival consacré aux arts multidisciplinaires, le Mois Multi a pris son envol jeudi et se poursuivra jusqu'au 26 février.