Six photographies agrandies ont été installées à l'extérieur du Musée naval.

«Entre fleuve et rivière»: capturer les brumes basques

En suivant les traces des Basques, qui venaient chasser la baleine sur le Saint-Laurent bien avant la fondation de la Nouvelle-France, les photographes Charles-Frédérick Ouellet et Christophe Goussard ont élaboré un projet photographique commun. Entre fleuve et rivière est l’aboutissement de leur quête fictionnelle sur des territoires chargés d’histoire.

Par le passé, le Québécois et le Français ont travaillé chacun de leur côté sur le fleuve qui traverse leur territoire natal. En s’embarquant sur le Saint-Laurent avec les pêcheurs, Charles-Frédérick Ouellet a rassemblé les images de son livre Le Naufrage. Christophe Goussard a quant à lui consacré un ouvrage à l’estuaire de la Gironde, en Nouvelle-Aquitaine, dont il est originaire.

L’étincelle de leur projet est née pendant une fête, en marge de Paris photo, un rendez-vous de photographie d’art qui se déroule en novembre au Grand-Palais. Ils y ont pensé pendant un an, puis se sont mis au travail pour trouver leurs envies communes et organiser des résidences croisées.

«On a parcouru les territoires ensemble, au Québec, au Labrador, indique Charles-Frédérick Ouellet. Il y a des lieux phares qu’on voulait voir. Ils ont une ambiance, une atmosphère particulière, mais somme toute, il n’y a rien.» La vastitude des paysages contrastait avec l’héritage riche et foisonnant des Basques au Québec. Leur passage a influencé la navigation, bien sûr, mais aussi la langue. On leur devrait les mots «orignal» et «fourchette», notamment. Ils ont aussi laissé des traces archéologiques, dont des fours, sur l’île nommée en leur honneur au large de Trois-Pistoles.

Le Pic, au Québec
L'île aux Basques

Outre des artéfacts, «des thèses, des livres ont été écrits, des gens m’ont raconté des récits sur les Basques, mais il y a peu d’images», a constaté Christophe Goussard. Ses photographies, et celles de son confrère, devaient donc s’appuyer sur une charge fictionnelle, une aura d’histoire invisible.

Leurs images s’entrecroisent dans l’ouvrage publié aux éditions Filigranes et l’exposition présentée en deux volets, chez Vu dans la coopérative Méduse et sur le mur extérieur du Musée naval de Québec. Celles de Charles-Frédérick sont en noir et blanc, celles de Christophe en couleurs, mais elles partagent une esthétique commune, évanescente, voire romantique.

Les photographes Charles-Frédérick Ouellet et Christophe Goussard

«La force des éléments, l’expérience des grandes marées, de la puissance de la mer, prennent un certain temps avant de faire image. Après beaucoup de recherches fouillées, nous sommes es tombés dans une sorte d’épiphanie, en connexion avec le territoire», exprime Charles-Frédérick Ouellet.

Il a surtout travaillé en film, alors que Christophe a conjugué l’argentique et le numérique, pour faire une lecture du paysage portant des traces d’humanité évasives et subjectives. «C’est une porte ouverte au spectateur et au lecteur, qui ne sait jamais vraiment où il se trouve», note le photographe français.

L’Anse-au-Loup au Labrador
Nuage au Pays basque

Dans la publication Entre fleuve et rivière, un troisième regard étoffe cette plongée basque. L’auteure Itxaro Borda a écrit des poèmes autour des images. Ceux-ci sont présentés en français et en basque.

L’exposition, résultat d’une collaboration entre Manif d’art, les Rencontres internationales de la photographie en Gaspésie, le FRAC Aquitaine et la Ville de Bayonne, est présentée au Musée naval de Québec et dans l’espace galerie de VU jusqu’au 11 septembre.