Dans sa démarche documentaire, l’équipe de la pièce «Entre autres» a exploré les thématiques des groupes identitaires, de l’antiféminisme, du climatosceptiscisme et de l’héritage du catholicisme dans nos vies.

«Entre autres»: chocs d’idées

CRITIQUE / On a souvent parlé du «mystère Québec». Les artistes derrière le spectacle documentaire «Entre autres», qui vient clore la saison du Périscope, multiplient le questionnement par quatre en menant autant d’enquêtes sur des questions qui les préoccupent et qui ont polarisé les opinions : les groupes identitaires, l’antiféminisme, le climatosceptiscisme et l’héritage du catholicisme dans nos vies.

Le dessin qui orne l’affiche de la pièce donne le ton : un pugiliste vintage en frappe un autre en pleine poire, mais un bouquet de fleurs a été ajouté dans son gant de boxe. Voilà une image qui résume l’esprit de ce spectacle qui confronte les idées avec beaucoup d’ouverture. Si d’aucuns sont prompts à penser que les gens de théâtre finissent par se ressembler dans leur culture et leur mode de vie, ces féministes, écolos et laïcs qui se disent ouverts à l’autre auront le mérite d’aller à la rencontre de ceux qui ont une opinion divergente afin d’essayer de les comprendre.

L’exercice a pris naissance sur les bancs d’école, au Conservatoire d’art dramatique, sous la supervision d’Alexandre Fecteau, qui œuvre ici à titre de dramaturge et de metteur en scène. Sept comédiens et auteurs ont donc mené l’enquête pour démystifier des sujets bouillants d’actualité.

Bouleversé par l’attentat à la Grande mosquée, à deux pas d’où il a grandi, Étienne D’Anjou est parti sur la trace des groupes identitaires comme Storm Alliance, La meute et Atalante pour voir de quel bois ils se chauffent. Blanche Gionet-Lavigne a contacté un climatosceptique ou une militante zéro déchets pour saisir l’inaction ambiante en matière de changements climatiques. Motivé notamment par le mouvement #MoiAussi, Vincent Legault explore le point de vue d’antiféministes. Finalement, Vincent Massé-Gagné (puis Marianne Bluteau, puisqu’il faut bien chercher la parité…) s’intéresse à l’influence qu’a encore la religion catholique dans notre société.

Le public pris à témoin

Se personnifiant eux-mêmes avec beaucoup d’autodérision ou campant les multiples intervenants qui ont nourri les quatre enquêtes, les membres de la troupe complétée par Laura Amar et Michel Bertrand prêtent habilement vie à toute une galerie de personnages. Il était plutôt rigolo mardi de voir la députée Catherine Dorion, assise aux premières loges, réagir à l’interprétation de son confrère Sol Zanetti par Marianne Bluteau ou à la version d’elle-même campée par Michel Bertrand.

Dans une aire de jeu aux allures d’arène, évoluant sur un canevas blanc servant de surface de projection, les comédiens prennent souvent les spectateurs à témoin : si vous choisissez une place au premier rang, vous serez peut-être invités à intervenir dans le spectacle...

La disposition du public tout autour de la scène centrale s’avère ici révélatrice d’un fait indissociable des enquêtes de nos hôtes. En voyant l’assistance (du moins, celle de la première), on a pu constater qu’elle était à l’image de la population de la capitale : très majoritairement blanche, de culture catholique, plutôt homogène.

Si les enquêtes ne se concluent pas par une prise de position claire, elles offrent du moins un instantané des situations selon les points de vue des auteurs, qui en ressortent avec quelques angoisses réitérées. La rencontre avec ces jeunes adultes et leurs questionnements fait réfléchir et se décline à bien des égards de rafraîchissante manière. Elle gagnerait toutefois peut-être à être resserrée un peu. Trois heures, c’est quand même beaucoup à encaisser.

La pièce Entre autres est présentée au Périscope jusqu’au 11 mai.