Brad Pitt, Leonardo DiCaprio, Quentin Tarantino et Margot Robbie à leur arrivée pour la présentation de «Il était une fois à Hollywood» à Cannes, mardi

Du Tarantino à l’état pur à Cannes [PHOTOS]

CANNES — Vingt-cinq ans jour pour jour après la présentation de «Pulp Fiction» au Festival de Cannes, Quentin Tarantino était de retour sur les lieux du crime mardi pour révéler «Il était une fois à Hollywood» (Once Upon a Time in Hollywood). Si le premier lui a permis de décrocher la Palme d’or, il serait surprenant que le deuxième, une véritable déclaration d’amour au cinéma et une ode à l’amitié, obtienne la même reconnaissance même s’il s’agit d’un Tarantino à l’état pur.

Nul doute, c’était le film le plus attendu de la Compétition de cette 72e édition. Il y avait de l’électricité dans l’air pour la montée des marches alors que le réalisateur de Reservoir Dogs traînait dans son sillage Leonardo DiCaprio, Brad Pitt et Margot Robbie. Les photographes ne se pouvaient plus, les badauds s’égosillaient… La folie furieuse.

Ce n’était guère mieux à quelques mètres de distance. Depuis les sept dernières années, je ne me souviens pas d’avoir vu une telle frénésie pour un visionnement de presse. Certains journalistes étaient en rang plus de deux heures avant le début de la projection pour s’assurer d’un accès à la salle. Du délire. Attendez à la conférence de presse de mercredi, ça va faire dur.

Est-ce que ça valait la peine de se mettre dans tous ces états? Il était une fois à Hollywood est le moins flamboyant des longs métrages du réalisateur américain. Son plus tendre aussi. Et il fait revivre une époque où le cinéma était roi (et où la télévision commençait à le déclasser dans la culture populaire).

Reste que son ambitieuse comédie noire, magnifiquement filmée, manque un peu d’air. Il faut au moins lui donner le crédit d’avoir mis en image la fin d’une époque, marquée par les cauchemardesques massacres de la bande à Charles Manson.

Leonardo DiCaprio, le réalisateur Quentin Tarantino, Daniela Pick, les producteurs David Heyman et Shanon McIntosh, l'actrice Margot Robbie, Brad Pitt et le producteur Tom Rothman

Le récit nous ramène donc en 1969, à Hollywood, où Rick Dalton (DiCaprio), un acteur sur le déclin spécialisé dans les rôles de méchant, et Cliff Booth (Pitt), sa doublure cascadeur et «nounou», tentent de remettre leur carrière sur les rails.
Dalton a pour voisine l’actrice Sharon Tate (Robbie) et le réalisateur Roman Polanski, peu présent — j’aimerais bien savoir ce qu’il pense de l’idée de recréer cette période sombre de sa vie…

Ça demeure un beau prétexte pour que Tarantino s’amuse à tourner des extraits de faux longs métrages  : western-spaghetti, drame de guerre, film policier, The Wrecking Crew avec Dean Martin et Sharon Tate, voire les séries télévisées où est maintenant confiné Dalton. La reconstitution est impeccable.

D’ailleurs, sur le plan esthétique, le réalisateur s’est amusé comme un petit fou, utilisant son arsenal habituel de mouvements de caméra savamment étudiés, sa voix hors champ, des images saturées de soleil (en utilisant de la pellicule), une trame sonore d’enfer, des retours en arrière en forme de vignette... Dont celui avec Bruce Lee, un véritable moment d’anthologie. Il y a aussi des acteurs de l’époque qui font de courtes apparitions.

Leonardo DiCaprio, Quentin Tarantino et Daniela Pick

Beaucoup de plaisir, donc, même si la mise en place est longue — certains risquent de décrocher. Il était une fois à Hollywood est beaucoup moins violent que les Tarantino habituels, sauf dans les derniers moments, dont une scène hystérique de film d’horreur absolument tordante (enfin, ça dépend pour qui, mais on est plus dans la parodie qu’autre chose).

En fait, tout le film est un peu décalé, avec un sourire en coin. N’empêche que le thème central du long métrage est l’amitié qui lie l’émotif acteur et le cascadeur viril, les deux faces d’une même médaille. DiCaprio et Pitt sont comme des poissons dans l’eau et livrent de savoureuses performances. Par contre, on voit très peu Margot Robbie. Dommage.
On retrouve, en fait, à peu près tout ce qui fait le charme de Tarantino, jusque dans les tics de mise en scène, notamment la surabondance de références.

Alors, Tarantino sera-t-il du cercle restreint des doubles palmés? J’ai de gros doutes. Mais il serait un candidat logique au Prix de la mise en scène. Réponse samedi.

Quentin Tarantino et sa femme Daniela Pick

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Les films qui évoquent le cinéma ont la cote auprès de Thierry Frémaux et son comité de programmation. Ce qui explique la présence de Frankie en compétition. Ça, et la présence d’Isabelle Huppert. La prodigieuse actrice française en est à sa 26e présence à Cannes. Vous avez bien lu : 26!

Frankie se révèle un drame très mineur à propos d’une célèbre actrice, Huppert dans un rôle-miroir, atteinte d’un cancer terminal. Elle réunit sa famille à Sintra, au Portugal, pour des «vacances» en forme d’adieu.

Et? Pas grand-chose. Le statique et bavard long métrage d’Ira Sachs évoque Woody Allen (radioactif de nos jours), sans le charme et le sens de la répartie. Frankie ne convoie aucune émotion et ne provoque aucune empathie. Une chance qu’il y a Huppert, troublante comme d’habitude.

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Ce n’est certainement pas un hasard si on avait programmé mardi le réjouissant La belle époque. Présentée hors compétition, la pétillante comédie sentimentale de Nicolas Bedos (Monsieur et Madame Adelman) est un croisement entre La nuit américaine de Truffaut (1973) et Ma femme est une actrice d’Yvan Attal (2001).

Comprendre qu’il est question de la grande illusion qu’est le cinéma et que le réalisateur français joue habilement sur le va-et-vient entre la réalité et la fiction (ainsi que la temporalité).

Le long métrage a reçu une joyeuse ovation et les festivaliers sont repartis le sourire aux lèvres rejoindre la vraie vie…

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Le réalisateur Quentin Tarantino et l'actrice australienne Margot Robbie à leur arrivée pour la présentation de «Il était une fois à Hollywood» à Cannes, mardi

LU

Dans le Screen que des gens sont prêts à payer très cher pour côtoyer des célébrités. Ou se faire voir avec elles. Le magazine britannique a magasiné auprès d’agences sur Internet qui offrent des billets au noir pour de prestigieuses soirées sur invitation. Le souper à la villa de Leonardo DiCaprio avec Quentin Tarantino, mercredi, vous fait fantasmer? 18 000$. Trop dispendieux? La soirée sans la bouffe ne coûte que 7500 $… Il était aussi possible d’avoir un billet pour la première mondiale de Rocketman et un accès au party avec Elton John pour la modique somme de 8000 $. Rien n’indique toutefois qu’il ne s’agisse pas d’une arnaque...

VU

Que même les policiers à pied s’engagent dans la rue au feu rouge quand il y a une traverse de piétons. La plupart des intersections sont munies de feux vert et rouge pour les piétons. Mais quand il y a une traverse, les gens ne respectent pas toujours la signalisation. C’est que les conducteurs se font un point d’honneur de laisser traverser le promeneur dès qu’il met le pied sur le bitume. Même ces jours-ci alors que le trafic est infernal en raison des rues fermées pour des raisons de sécurité. Je pense que je ne verrai jamais cette politesse à Québec de mon vivant...

ENTENDU

La vie en rose d’Édith Piaf jouée par un accordéoniste stratégiquement placé à l’intersection des rues Émile Négrin et Félix Faure. La première est piétonne et la seconde, en réparation, sans aucune circulation automobile. On y retrouve plusieurs restaurants, avec terrasse, qui sont évidemment bondées pendant la durée du Festival. Les commerçants font de bonnes affaires, c’est le cas de le dire. On remarque, par contre, que l’affluence a déjà commencé à diminuer maintenant que la première fin de semaine est passée. Avec la fermeture du marché du film jeudi, la ville va reprendre, un tout petit peu, un aspect plus normal.

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On a vu

Il était une fois à Hollywood
Quentin Tarantino
*** 1/2

Frankie
Ira Sachs
**

La belle époque (hors compétition)
Nicolas Bedos
***

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Les frais de ce reportage sont payés en partie par le Festival de Cannes.