Dans «Drôle de père», un homme (Thomas Blanchard) se voit confier la garde de sa gamine de cinq ans (Lina Doillon), qu’il n’avait jamais vue auparavant.

«Drôle de père»: ensemble, c’est tout ***1/2

CRITIQUE / Un jour, Antoine débarque chez Camille. Il n’a jamais vu sa fille Elsa, cinq ans. La mère doit partir et la gardienne est en retard. À contrecœur, elle confie la petite à son père… La paire va lentement s’apprivoiser. Rien de dramatique ni de mélo. Juste la vie qui bat. Personne ne sera surpris d’apprendre que «Drôle de père» est produit par la société des frères Dardenne…

Non seulement on retrouve une parenté dans le deuxième long métrage d’Amélie van Elmbt avec le cinéma social des cinéastes belges, mais le film se déroule à Liège, lieu de tournage de prédilection du duo…

Et le même goût du mystère. Parce qu’au fond, on sait très peu de choses d’Antoine (Thomas Blanchard). Sinon que, cuisinier aspirant à ouvrir son restaurant, il partage avec son père botaniste un amour des plantes. Même chose pour Camille (Judith Chemla), qu’on voit 10 minutes au début puis qui part en voyage d’affaires. En quelques appels, un peu plus tard, le spectateur imagine que la séparation s’est mal passée, sans en connaître les motifs.

Ce qui importe peu. Ce qui compte, c’est cet apprivoisement mutuel entre Elsa (Lina Doillon) et Antoine. La gamine est tout un numéro, une petite fille allumée et débrouillarde qui va mettre à l’épreuve la patience de son père. Distant, l’homme va peu à peu tomber sous le charme de la petite taquine.

Même là, Antoine se refuse à dévoiler les liens qui les unissent et qui se nouent de plus en plus fortement, notamment lors d’un lumineux voyage à la mer (grâce à la très belle photo d’Éric Gautier, qui a beaucoup travaillé avec Desplechin, Renais et Assayas). Par pudeur, mais aussi, un peu, par peur d’affronter la réalité. Évidemment, la question de la filiation est au cœur du récit.

Amélie van Elmbt (La tête la première, 2012) préconise une approche réaliste, qui mise sur la spontanéité et, parfois, l’improvisation, dans les interactions d’Antoine et Elsa. Les ellipses, bien utilisées, viennent dynamiser un récit qui, sinon, pourrait s’enfoncer dans l’ennui.

Il ne faut pas prendre le drôle du titre au premier degré. Ce père n’est pas un clown ni ne tente de le devenir pour conquérir la petite (bien qu’il y ait des moments très rigolos). On assiste à un amour naissant, le plus pur et inconditionnel qui soit. C’est extrêmement touchant.

Notamment parce que Thomas Blanchard (Caprice) et Lina Doillon y sont très naturels et charmants. Elle est plus spontanée, mais lui offre le portrait d’un homme sensible et à fleur de peau qui réalise qu’il est en train de passer à côté de ce qu’il y a de plus beau dans la vie…

Drôle de père a reçu les prix de la critique et du jury Cinévox au Festival du Film de Namur en 2017.

AU GÉNÉRIQUE

• Cote: ***1/2

• Titre: Drôle de père

• Genre: drame social

• Réalisatrice: Amélie van Elmbt

• Acteurs: Thomas Blanchard, Lina Doillon, Judith Chemla

• Classement: général

• Durée: 1h26

• On aime: le naturalisme de la réalisation et de l’interprétation. Le charme du récit

• On n’aime pas: un petit manque de dynamisme