Antonio Banderas a obtenu le prix d'interprétation à Cannes pour son rôle de cinéaste vieillissant, l'alter ego de Pedro Almodóvar.

Douleur et gloire: Un exercice séduisant pour l'inconditionnel ** 1/2

CRITIQUE / Pedro Almodóvar est un cinéaste inestimable. Au récent Festival de Cannes, nombre de journalistes espéraient que «Douleur et gloire» («Dolor y Gloria») puisse corriger une grande injustice : le réalisateur espagnol n’a jamais obtenu la Palme d’or. Au point où on a exagéré l’importance de cette autofiction complaisante et narcissique sur un réalisateur vieillissant, mais qui a tout de même permis à Antonio Banderas de remporter le prix d’interprétation.

On peut avoir deux réactions en voyant ce drame psychologique. Les aficionados vont s’extasier des nombreuses références à l’œuvre du coloré cinéaste ainsi que des multiples renvois autobiographiques — Banderas y est l’alter ego d’Almodóvar.

D’autres, comme moi, qui estiment pourtant le réalisateur de Femmes au bord de la crise de nerfs (1988) et Parle avec elle (2002), vont plutôt trouver que l’intérêt de l’exercice est limité, voire lassant malgré la maîtrise de la mise en scène.

On y retrouve donc Salvador Mollo, réalisateur acclamé, mais qui vit en ermite en raison de douleurs chroniques. La présentation de Sabor à la cinémathèque, dans une copie rematricée, devient un prétexte pour reprendre contact avec Alberto Crespo (Asier Etxeandia) qui y joue le rôle principal.

L’acteur au look de rockeur et lui sont brouillés depuis 32 ans en raison de sa prétendue consommation d’héroïne pendant le tournage. Alberto, qui en fume encore occasionnellement, va initier Salvador. En retour, le cinéaste permettra à celui-ci d’adapter une partie de ses mémoires pour la scène. Un solo qui sera à l’origine d’un dénouement touchant.

À moins d’être un inconditionnel, séduit par la mise en abyme et les clins d’œil qui en découlent, dont l’utilisation du domicile d’Almodóvar comme appartement pour Salvador, le spectateur peinera à s’attacher à ce dernier.

Cet homme perclus de douleurs et de regrets traverse sa vieillesse sans gloire et sans grande considération pour les autres, s’anesthésiant à l’héroïne pour revivre son enfance (et les thèmes chers au cinéaste : la mère, le catholicisme, l’éveil du désir...).

Ce retour en arrière avec Penelope Cruz (Volver, 2006), magnifiquement maternelle en Jacinta, va induire une meilleure compréhension de Salvador et livrer certaines des plus belles scènes de Douleur et gloire.

Almodóvar réussit donc à sauver un peu son récit mélancolique de l’ennui au deux tiers. Bien sûr, le tout est superbe et filmé avec l’élégance qu’on lui connaît. Sauf que l’abus d’autoréférences en vient à nuire à l’adhésion.

Il n’y a rien de mal à contempler le passé. À condition de s’en servir pour avancer.

Sans surprise, l’Espagne a choisi Douleur et gloire comme candidat à l’Oscar du meilleur film international. Après tout, le long métrage a obtenu un succès critique considérable. Et la performance stoïque d’Antonio Banderas s’avère absolument mémorable — il sauve d’ailleurs du naufrage cette œuvre mineure, à mon avis, dans la filmographie de Pedro Almodóvar.

NB La sortie à Québec à été repoussée au 1er novembre.

Au générique

Cote : ** 1/2

Titre : Douleur et gloire

Genre : Drame psychologique

Réalisateur : Pedro Almodóvar

Acteurs : Antonio Banderas, Asier Etxeandia, Penélope Cruz

Classement : 13 ans +

Durée : 1h54

On aime : la performance mémorable de Banderas. Les couleurs vibrantes.

On n’aime pas : le narcissisme de l’exercice. L’abus d’autoréférences. La minceur du scénario.