Dominique Fortier a coécrit Pour mémoire avec Rafaële Germain. Le livre paraît le 5 novembre chez Alto.

Dominique Fortier: tout ce qui brille

Quand elle prendra place devant les lecteurs pour son Heure du thé pendant Québec en toutes lettres, Dominique Fortier aura probablement mis la main sur une première copie de son prochain livre, Pour mémoire, qui doit paraître le 5 novembre.

L’ouvrage, publié chez Alto, a été coécrit avec Rafaële Germain. Une démarche littéraire née d’un coup de foudre artistique mutuel, qui s’attarde aux choses qui brillent, à ce qu’on veut retenir du temps qui file entre nos doigts. Le Soleil s’est entretenu avec l’auteure et traductrice, gagnante d’un prix du Gouverneur général pour Au péril de la mer, et dont le dernier roman, Les villes de papier, écrit autour de la vie d’Emily Dickinson, continue d’avoir une belle vie littéraire. 

Q Comment abordez-vous les rencontres d’auteurs comme celle prévue dans le cadre de Québec en toutes lettres?

R Je suis super touchée de faire ça. C’est toujours agréable quand on peut voir des lecteurs dans un contexte différent des salons du livre, où il y a toujours beaucoup de bruit, de monde, et où l’on est un peu bousculé. L’entretien sera mené par Dominique Lemieux, il a plusieurs sujets à aborder, mais j’espère qu’on va laisser une place aux spectateurs, parce que c’est toujours intéressant quand les gens ont le temps d’intervenir. 

Q Est-ce qu’ils vous étonnent, vos lecteurs, par ce qu’ils vous disent de vos œuvres?

R Oui, vraiment souvent. C’est assez merveilleux. Dany Laferrière dit souvent qu’un livre a toujours deux auteurs : la personne qui l’écrit et la personne qui le lit. Je crois beaucoup à ça, que chaque personne va avoir avec chaque livre une aventure singulière. Les gens viennent nous raconter des vies de nos livres qu’on ne connaît pas et c’est fabuleux. 

Q Quand vous faites des conférences, est-ce que vous parlez souvent de vos deux chapeaux de traductrice et d’écrivaine?

R Oui, et souvent les gens sont curieux de connaître les liens entre les deux activités. Je ne suis pas persuadée qu’il y en a tant que ça, mais c’est intéressant de voir pourquoi. Les gens sont intéressés par tout ce qui a trait au processus d’édition. Je les comprends parce que moi aussi, avant de travailler dans ce milieu-là, je trouvais ça assez opaque. 

Q Justement, puisqu’on parle du monde de l’édition, vous avez fait une expérience intéressante avec votre dernier livre, Les villes de papier, publié chez Alto au Québec, mais qui sera publié en France chez Grasset, en 2020?

R Oui, j’ai fait quelque chose qui ne se fait pas apparemment! Je l’ai envoyé comme une bouteille à la mer, avec très peu d’espoir de résultats. Je l’ai mis dans une enveloppe brune avec un pseudonyme et je l’ai envoyé [en France] chez deux éditeurs dont je rêvais depuis que je suis toute petite, Grasset et Gallimard. Après deux mois, une éditrice de chez Grasset m’a écrit pour manifester son intérêt à me publier. Ce dont j’avais envie, en fait, c’est que le livre ait l’air de n’avoir été écrit par personne, qu’il se suffise à lui-même. De voir qu’il était capable de parler tout seul, ça m’a fait tellement plaisir. Il y a quelque chose de rassurant dans le fait de voir que c’est possible, pour quelqu’un qui écrit un livre, de le mettre dans une enveloppe brune et de l’envoyer dans une maison d’édition dont il rêve, et de réussir à se faire publier. 

Q Qu’est-ce qu’on peut attendre de votre prochain livre, Pour mémoire, écrit à quatre mains?

R C’est une drôle de bibitte, ce livre-là. C’est un projet qu’on a eu, Rafaële Germain et moi. On ne se connaissait pas du tout, on s’est vraiment rencontrées par nos livres. J’avais beaucoup aimé son essai Un présent infini et j’ai fait une chose que je n’ai jamais faite de ma vie, quand j’ai fini ce livre-là : j’ai écrit à une amie éditrice et je lui ai demandé de me trouver l’adresse de Rafaële Germain pour lui écrire. Le lendemain, elle m’a écrit qu’elle venait de finir Au péril de la mer, et qu’elle avait demandé à son éditrice de trouver mon courriel. C’est une drôle de synchronicité! 

On a décidé de travailler ensemble. À travers nos vies très occupées, on s’est dit qu’on essaierait de trouver dans chaque journée quelque chose qui brille, une chose qui mérite qu’on la garde. Quelque chose qu’on aurait le goût de prendre en photo, quelque chose qu’on aurait le goût de ramasser, de mettre dans nos poches et de ressortir un an plus tard. [...] Ça pouvait être une chose immense comme l’océan ou une chose minuscule, juste parce que nos vies passent vite et si on ne les attrape pas au passage, ces choses-là disparaissent. Ça donne quelque chose qui ressemble à une conversation, mais avec un petit décalage. C’est un exercice qu’on a mené pendant six mois, du premier jour du printemps au premier jour de l’automne. 

Q À travers vos projets d’écriture, on vous sent de plus en plus à l’aise d’utiliser une matière personnelle. C’est le cas?

R Ce n’est pas un processus conscient. J’avais l’impression dans Au péril de la mer et dans Les villes de papier qu’en parlant de moi, je pouvais continuer à parler du sujet principal du livre, mais en l’abordant sous un autre jour, avec un éclairage oblique qui permet d’en voir une autre facette. Pour mémoire est la chose la plus personnelle que j’ai faite jusqu’à maintenant, celle dans laquelle je parle le plus de moi. Il y a une plus grande vulnérabilité qui vient avec ça, avec laquelle je n’aurais pas été à l’aise à mon premier livre. [...] Une fois qu’on a réussi à distinguer à peu près sa voix, il faut juste l’écouter. Et ç’a l’air facile, mais c’est très difficile. C’est un work in progress, l’œuvre d’une vie.

Dominique Fortier participera à L’heure du thé, une série de rencontres d’auteurs durant le festival Québec en toutes lettres. L’activité a lieu à 16h, le mercredi 23 octobre, à la Maison de la littérature. Gratuit sur réservation.