Le producteur Karl-Emmanuel Picard de District 7 devant l’Impérial, où il organise régulièrement des spectacles.

District 7: 15 ans de spectacles à Québec [VIDÉO]

Comme Obélix dans la potion magique, Karl-Emmanuel Picard est tombé dans la marmite du spectacle quand il était petit. Même avant d’organiser ses premiers événements, alors qu’il était encore ado, le producteur de Québec fréquentait déjà les coulisses auprès de son traiteur de père. À 29 ans, il peut se vanter de pratiquer son métier depuis 15 ans sous la bannière District 7, qu’il pilote fin seul. Précoce, vous dites? Et un brin hyperactif, pouvons-nous ajouter. Retour sur le parcours plutôt singulier d’un passionné.

Fin janvier, District 7 a vécu ce qu’on pourrait qualifier une grosse semaine. Trois spectacles consécutifs du rappeur Loud affichant complet à l’Impérial, une tournée québécoise organisée avec le groupe rock vintage The Sheepdogs et deux concerts du groupe ska-punk The Planet Smashers tenus coup sur coup à L’Anti, bar-spectacle dont Picard est copropriétaire sur Dorchester. «C’est le genre de semaine que j’adore vivre, assure-t-il. Mais je l’ai commencée en me demandant comment j’allais faire. Parce que je suis seul! Personne d’autre que moi ne va dans ces shows-là ni ne gère les agents.»

L’homme derrière District 7 Productions ne peut pas être partout en même temps. Mais disons qu’il pratique son métier depuis assez longtemps pour savoir comment s’y prendre, lui qui a mis sur pied son premier concert à 14 ans, dans une maison des jeunes de Cap-Rouge, où des groupes locaux s’étaient produits devant 25 ou 30 spectateurs. «Je me souviens qu’il fallait enlever nos souliers pour aller voir le spectacle, raconte-t-il. C’était assez particulier!»

Mais bien avant, il évoluait déjà dans le milieu depuis un moment. Suivant son paternel, Jean Picard, engagé pour sustenter les artistes, il a souvenir d’avoir vu The Ramones, Metallica et Soundgarden au Lollapalooza de 1996, alors qu’il était encore loin d’avoir soufflé ses 10 chandelles. «Je me souviens d’avoir été sur les épaules de mon père et d’avoir vu les artistes. Ça avait déjà commencé à me titiller», confie celui qui a encore en tête des tournées aux côtés de Simple Plan et de Bryan Adams, notamment. 

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Le mentor Brazeau

Très tôt, Karl-Emmanuel Picard a pu côtoyer un mentor en la personne du regretté promoteur Michel Brazeau, qui a donné au jeune ambitieux la permission de travailler officiellement avec son père dans les coulisses des spectacles. «J’avais genre 12 ans. Il avait dit : “en autant qu’il fasse bien ça, c’est correct”, relate Picard. C’est quand même marquant parce que les équipes des artistes me trouvaient très jeune et ils me donnaient des cadeaux!»

Mais au-delà de la bouffe, des décibels et des souvenirs de shows, Picard apprenait son métier. Il s’est porté volontaire auprès de Brazeau pour afficher en ville des annonces de concerts — à 25 ¢ le poster, précise-t-il —, a appris des conseils qu’il grappillait en jouant les traiteurs et dans ses discussions avec le vétéran producteur. «J’ai eu envie de faire comme lui. Il était un peu comme mon idole», indique Picard, qui s’est alors retroussé les manches. 

Il raconte les billets imprimés sur des feuilles 8 1/2 x 11 et découpés à la main, les virées en scooter dans les skateparks pour les vendre… Et ce succès à la première salle L’Anti, côte d’Abraham, fermée en 2009 avant de renaître en basse-ville en 2015 : «J’avais rassemblé les groupes les plus hot de l’époque : Still My Queen, Pressure, Each on Set et d’autres. À ce moment-là, personne n’avait pensé à réunir tous ces groupes-là. Moi, je l’ai fait et ç’a été plein! Il y avait eu environ 500 personnes!»

La bannière de Bowie

Picard garde aussi un souvenir mémorable d’un spectacle organisé à L’Échouerie, désormais La Korrigane. Ça se passait en 2004, au lendemain du spectacle de David Bowie au Colisée, où il avait travaillé. «Il y avait une grande affiche devant laquelle il se faisait prendre en photo avec les fans, décrit-il. Moi, j’avais pris l’affiche et j’avais écrit le nom de ma compagnie à l’endos.» Ladite affiche devait alors servir de fond de scène à un spectacle. Le hic, c’est qu’une fois les portes de l’établissement ouvertes, Picard, encore mineur, a dû sortir. Il a bien pu vendre ses billets à l’extérieur, mais il n’a pas pu voir le spectacle ni récupérer sa bannière de Bowie. Si quelqu’un l’a vue, n’hésitez pas à lui faire signe!

Quinze ans plus tard, l’homme derrière District 7 travaille fort : «Tout le temps!» lance celui qui a effectivement constamment le nez dans la boîte de courriels de son téléphone. Il se targue d’organiser quotidiennement des spectacles dans la capitale et dans d’autres villes du Québec (entre Papa Roach, Monster Truck, Marjo, Bring Me the Horizon… ou Caillou et les Petites Tounes, pour n’en nommer que quelques-uns), même si les profits ne sont pas toujours au rendez-vous. 

Impliqué dans son quartier — il a notamment organisé des corvées de nettoyage dans Saint-Roch en échange de billets de spectacles —, Karl-Emmanuel Picard souhaite cultiver la relève et inciter les plus jeunes à délaisser les écrans, peut-être en créant des partenariats qui apporteraient davantage d’instruments de musique dans les écoles. Et celui qui occupe régulièrement L’Anti, l’Impérial, la salle Multi de Méduse ou la Source de la Martinière lorgne maintenant vers de plus grandes salles. À suivre...