Aidée de son copain Orel, la petite métisse Dilili enquête sur l’enlèvement de jeunes filles dans «Dilili à Paris», le nouveau film d’animation de Michel Ocelot.

«Dilili à Paris», la fable féministe de Michel Ocelot

Depuis son premier film d’animation, «Kirikou et la sorcière», il y a 20 ans, Michel Ocelot n’a eu de cesse de bâtir une œuvre empreinte d’humanisme. Le dernier en lice, «Dilili à Paris», ne fait pas exception. Le vétéran réalisateur français prend cette fois prétexte de l’effervescence du Paris de la Belle Époque pour livrer une fable qui dénonce les violences faites aux femmes.

De film à costumes plutôt «superficiel», comme il pensait faire au départ, cette nouvelle offrande s’est transformée en un réquisitoire féministe déguisé en «conte de fée», mais «pas toujours féérique», explique-t-il en entrevue téléphonique au Soleil, depuis Montréal, où il est venu faire la promotion de ce septième long métrage d’animation, sorti en France en octobre.

À travers le récit de la petite métisse Dilili, qui mène l’enquête sur l’enlèvement de jeunes filles par de mystérieux individus, les «Mâles-Maîtres», dans le Paris de 1900, Michel Ocelot dénonce le triste sort réservé aux femmes dans plusieurs pays. Toute ressemblance avec le groupe Boko Haram, responsable du kidnapping de centaine d’adolescentes au Nigeria, est pure coïncidence, le réalisateur ayant commencé à travailler sur son film avant que l’actualité le rattrape.

«C’est terrible, c’est une abomination de voir ce que font les hommes aux femmes. Ça fait plus de morts que les guerres. S’il y a un message au film, c’est de dire que c’est mal, qu’il faut lutter contre, ne pas faire comme si on ne savait pas», s’insurge le cinéaste de 75 ans.

Heureusement, l’«antidote» à ce mal, poursuit-il, se trouve dans les sociétés libres et égalitaires, «où tout un chacun peut lire, dire et faire à peu près ce qu’il veut. C’est très différent de ces civilisations où une moitié piétine l’autre.»

Un marionnettiste

La petite Dilili, aidée de son copain Orel, livreur en triporteur, se promènera d’un bout à l’autre d’un Paris d’une autre époque mettant en évidence ses attraits les plus célèbres (Montmartre, Opéra Garnier, tour Eiffel…).

À 75 ans, le réalisateur de «Kirikou et la sorcière», Michel Ocelot, revient avec un film d’animation campé dans le Paris de la Belle Époque.

Dans son désir de rendre les décors sous leur jour le plus réaliste, le réalisateur a pris soin d’incruster dans l’animation des photos retouchées de son cru, prises spécialement pour le film. Les deux livres pour enfants publiés pour la sortie du film permettent d’en saisir les nuances.

L’enfant croisera aussi sur sa route une galerie de personnages célèbres — de Picasso à Pasteur, en passant par Monet, Rodin et Sarah Bernhardt. «Il y a des gens qui disent que ça fait pédagogique, mais je n’ai pas pensé à faire maître d’école. Tous ces personnages font du bien. Ils sont mes copains. Je reste un marionnettiste qui veut apporter de jolie choses.»

Joli, beau, bien, autant de mots qui reviennent souvent dans la conversation et qui démontrent l’humanisme qui habite Michel Ocelot. Il n’est donc pas étonnant de voir la petite Dilili s’exprimer avec politesse, forte d’une diction à donner des complexes à un membre de l’Académie française. «Apprendre à bien prononcer, à penser bien, c’est joli. Le beau langage et la politesse, c’est aussi un des plaisirs de la vie.»

Celui que l’on surnomme «le pape de l’animation française» avoue ne pas voir beaucoup le travail de ses collègues. «Mes films prennent environ six ans à se faire. Ça dure longtemps et je pense qu’à ça, je ne fais que ça. Il est clair que l’animation est à la mode. On en fait beaucoup en France depuis Kirikou. Mais encore faut-il que le public soit au rendez-vous. Toute la planète est dressée à consommer du cinéma américain. Il faut savoir attirer les gens vers autre chose.»

Paris malmenée

Globe-trotter, Michel Ocelot a habité et visité plusieurs pays, mais un film sur Paris a fini par s’imposer dans sa filmographie. «J’y demeure, j’y suis bien, je connais ses défauts et ses qualités. Il était un peu normal que je finisse par en faire un film.»

Or, les images d’émeutes à Paris qui font le tour du monde depuis quelques semaines, dans la foulée du mouvement de révolte des gilets jaunes, lui sont difficiles à regarder. Il ne cache pas sa peine de voir l’image de sa ville malmenée. «La violence de ces gens m’effraie. Ils font du mal à leur pays. C’est vraiment mal.»

Dilili à Paris prend l’affiche le 21 décembre.