Diane Tell s’est récemment installée en Suisse, lieu d’inspiration d’un prochain album à paraître à l’automne. Photo Courtoisie Diane Tell

Diane Tell: inspiration au sommet

À 14 ans, Diane Tell comptait utiliser l’argent gagné à donner des cours de guitare pour s’acheter un billet d’avion pour la Suisse afin d’assister au Festival de jazz de Montreux. L’adolescente n’a jamais pu mettre son plan à exécution, sa mère s’y opposant catégoriquement en raison de son jeune âge. Une quarantaine d’années plus tard, la chanteuse a concrétisé ce «rêve déçu qui m’est toujours resté» en s’installant dans les Alpes valaisannes, terre d’inspiration de son nouvel album.

«Je suis faite pour cette vie-là», souligne-t-elle depuis sa résidence d’Ayent, petite communauté de 4000 âmes où l’hiver venait de laisser une bonne quantité de neige lors de l’entrevue téléphonique avec Le Soleil. «On se croirait presque au Québec...» lance-t-elle au bout du fil.

Après 28 ans passés sur le bord de l’Atlantique, à Biarritz, haut lieu de villégiature estivale pris d’assaut un peu trop à son goût par les vacanciers, Diane Tell a trouvé de quoi nourrir son imagination en Suisse, où elle a emménagé en 2016. Son prochain album à paraître en septembre, On n’jette pas un amour comme ça, a été «entièrement conçu à la montagne». Le public de Québec pourra en avoir un aperçu en primeur lors de son passage au Petit Champlain, les 13 et 14 avril, à l’occasion d’un spectacle acoustique, où elle sera accompagnée de son grand complice et ami Serge Fortin, originaire comme elle de Val-d’Or, en Abitibi.

Cette nouvelle offrande musicale, réalisée par Fred Fortin, est davantage collée à sa nature profonde, confie-t-elle. «Ce sont des chansons plus proches de moi, de ce que je suis. Fred a insufflé un son latin à certaines, comme c’était le cas pour Gilberto.» Même s’il a été enregistré à Montréal, l’album puise son inspiration à même la quiétude dans laquelle baignent les deux collaborateurs, «moi sur mon balcon en Suisse, Fred sur son balcon au Lac (Saint-Jean)».

Diane Tell s’est récemment installée en Suisse, lieu d’inspiration d’un prochain album à paraître à l’automne.

Loin de la frénésie urbaine

À l’orée de la soixantaine, l’auteure de l’inoubliable Si j’étais un homme (1980) aspire plus que jamais à une vie paisible, loin du tumulte urbain. La position géographique de sa nouvelle résidence, «au cœur de l’Europe», lui facilite l’accès aux grandes villes qu’elle apprécie toujours — Londres, par exemple, où elle était la veille de l’entrevue —, mais rien ne bat à son avis la vie montagnarde, surtout pour quelqu’un d’«assez solitaire» comme elle.

«La société laisse croire qu’il n’existe qu’une seule vie pour les artistes et c’est à la ville. Quand je vivais au Québec, les artistes étaient souvent invités par leur entourage à vivre à Montréal. Mais ça devient parfois infernal. Tous les auteurs et peintres que j’aime sont partis s’installer en région, dans un univers très sauvage», glisse-t-elle, ajoutant que le grand air demeure un moteur unique de création. «Si j’habite la montagne, ce n’est pas pour prendre ma retraite ou composer des chansonnettes pour les oiseaux...»

Diane Tell travaille d’ailleurs à la mise sur pied d’une fondation baptisée FANA (Fondation pour l’art, la nature et l’architecture) qui vise à faire se rencontrer des artistes de diverses disciplines, en les incitant à quitter les grandes agglomérations pour un ressourcement en des lieux plus apaisants. «Ça avance petit à petit. Je crois en la décentralisation et à la nature comme source d’inspiration. L’architecture, c’est un lien entre la nature et l’art. L’idée serait de créer des résidences pour permettre que les artistes nouent des liens.»

Adepte de photographie, l’artiste a quelque peu délaissé cet art dans les dernières années pour se consacrer au tournage de vidéos. Farouche protectrice de son indépendance, c’est elle qu’on retrouve derrière la caméra pour quelques-uns des clips de son dernier album. «Je le fais avec mon style, à ma manière. Depuis 10 ans, j’ai certainement dû en faire environ 200. Mon premier c’était pour J’arrive, J’arrive pas, en 1986.»

Photo Courtoisie Diane Tell

Malgré son attachement à son nouveau coin de pays, Diane Tell vient régulièrement faire son tour au Québec, pour son plus grand plaisir. En février, par exemple, elle était de passage au Centre Vidéotron pour le spectacle de Jean-Pierre Ferland, Toutes les femmes de ma vie. «Je travaille encore beaucoup au Québec. Depuis 2010, j’y ai enregistré tous mes albums.»