«Dialogue» de Wen Wei Wang a commencé son périple à Vancouver il y a deux ans.

Dialogue: déjouer les codes

CRITIQUE / Au fil de surprenants va-et-vient entre jeux adolescents et tourments identitaires, «Dialogue», du chorégraphe Wen Wei Wang, raconte la complexité des relations humaines et des nœuds de langage. Le discours chorégraphique bigarré est étrangement attractif, même si on a l’impression d’avoir perdu quelques bouts dans la traduction.

Cinq hommes en noir forment un clan disparate. Physionomie, gabarit, nationalité, langue, énergie… tout les distingue. Assis en cercle sur des chaises, comme pour un échange dirigé, ils ont des mouvements de fatigue, de découragement, de tension, que la danse accentue et transforme peu à peu en langage codé puis en longues expansions, en sauts et en arabesques.

Les segments s’enchaînent en révélant l’individualité des interprètes. L’un d’eux, juché sur des talons hauts, révèle des jambes fuselées. Un autre semble suffoquer lorsque son chandail lui masque les yeux et que sa respiration bombe son torse de lutteur. Un autre, tatoué, tout en nerfs et en muscles, danse en slip blanc, les yeux cachés par des lunettes noires. 

Ils prennent parole, le plus souvent avec des gestes, mais parfois aussi avec des mots. Leurs mouvements évoquent le conformisme, la solidarité, l’exclusion, l’isolement. On nage souvent en pleine ambiguïté, sans savoir si notre interprétation de ce qui se passe sur scène s’appuie sur des éléments concrets ou si notre subconscient fait des siennes.

Combats amicaux

Entre des solos, des duos et des mouvements de groupe d’une poésie haletante, les cinq hommes se mettent parfois à jouer. Sur la chanson Love Me Tender, ils se déguisent, deviennent candides, vulnérables et maladroits. On reconnaît ensuite les jeux de coopération et les bravades des colonies de vacances, puis ces exercices de danse ou de théâtre où l’on se passe une masse d’énergie imaginaire comme un ballon. Leurs combats amicaux empruntent aussi à l’imaginaire des jeux en ligne et des avatars. Leurs bouches se chargent alors de la trame sonore, en mimant les bruits d’explosion et de machines.

D’autres mirages laissent entrevoir des pistes de danse, des règlements de compte et des relations plus tourmentées et plus complexes. «I’m not», rugira celui que les autres tentent de consoler et de démasquer. Un instant, les corps s’amalgament et se crispent, l’instant suivant la masse des corps éclate avec un élan et une légèreté surréelle, dans une lumière diaphane, sur des rythmes obsédants. Wen Wei Wang maîtrise l’art des contrastes.

Le spectacle créé à Vancouver il y a deux ans est tout sauf conformiste, confortable et prévisible. Il demande d’être attentif et curieux, prêt à décoder des langues inconnues où les mains, les corps et les mots se mélangent. Les changements de ton nous laissent tantôt perplexe, tantôt subjugué, mais on finit par accepter l’étrange chorégraphie hybride qui nous est présentée.

Le chorégraphe a conservé son plus beau tour de magie pour la finale; un tango déconstruit sur Dance Me de Leonard Cohen, sur un plateau traversé par les rayons d’une boule disco.

Dialogue, diffusé par la Rotonde, sera de nouveau présenté jeudi et vendredi à 20h à la salle Multi de Méduse.