Carol Cassistat, directeur artistique du Théâtre La Fenière

Deux nouveaux lieux pour le théâtre en été

L’offre théâtrale estivale continue de se transformer à Québec. Alors que la Bordée accueillera dès le 6 août la pièce Le Prénom, produire par le théâtre Dream Team, La Fenière vient de s’installer à LaScène Lebourneuf, une toute petite salle où elle présente la création Elektro.

La Fenière format poche dans Lebourgneuf

Carol Cassistat a une longue histoire avec La Fenière, qui présentait jadis plusieurs pièces en été dans son théâtre de L’Ancienne-Lorette. «Le théâtre La Fenière a été mon premier employeur quand je suis sorti de l’école de théâtre. J’ai joué là en 1989, dès le premier été. Les grandes chaleurs, qui a ensuite donné un film, nous avait permis de jouer pendant quatre ans dans la région», raconte celui qui y a ensuite été comédien dans une trentaine de productions en 20 ans, en plus de mettre en scène sept ou huit pièces. 

Après la perte de son lieu de diffusion, La Fenière a coproduit quelques pièces avec le Nouveau théâtre de l’île, à l’île d’Orléans, puis a redéfini sa mission. Carol Cassistat agit maintenant comme directeur artistique. «Je trouvais ça important que ça puisse revivre et avoir une seconde chance. Les déboires financiers sont derrière nous, on repart à zéro avec des productions à petit budget et un mandat renouvelé par rapport au théâtre du rire. Je ne veux pas nécessairement axer sur le théâtre d’été pour la suite des choses», indique-t-il.

Il espère que la pièce Elektro, dont il situe l’humour «entre Sacha Guitry et Ionesco», permettra à la compagnie d’affirmer ses nouvelles bases. On y suit deux histoires d’amour en fin de course. «Pierre [Sylvain Perron] se fait larguer le matin de l’enterrement de sa mère. Ce soir-là, ils devaient aller magasiner des électros. Il se rend au magasin en espérant que sa blonde [Catherine Côté] vienne tout de même au rendez-vous. Il y rencontre l’épouse [Valérie Boutin] d’un vendeur [Nicolas Boulanger] venue quitter son mari. Le largué et la largueuse vont se rencontrer. L’histoire est sur un fond de critique sociale de la société de consommation et ses excès», résume Carol Cassistat.

Cet humour «actuel», qui s’appuie sur une vérité humaine plutôt que sur des enchaînements de blagues et de quiproquos, lui semble être la voix à suivre pour attirer un public aimant la comédie. «On veut sortir du carcan de théâtre d’été, voir plus large, évoluer au rythme de la comédie d’aujourd’hui, affirme-t-il. Je ne veux plus forcer la mécanique de la comédie. Je veux qu’on aille vers quelque chose de plus simple.»

Comme La Fenière l’a toujours fait, le directeur artistique et metteur en scène souhaite mettre en valeur des acteurs de Québec et de la relève, plutôt que des acteurs du petit écran. «On n’est pas dans le vedettariat, mais dans le talent local», formule M. Cassistat.

Il souhaite aussi travailler avec différents auteurs. Elektro est la première pièce du romancier Olivier Challet et de l’auteure jeunesse Anne Bernard Lenoir — qui signe aussi la pièce Le Petit Avare, que le Gros Mécano, autre compagnie dont Carol Cassistat est directeur artistique, présentera aux Gros Becs en janvier.

LaScène Lebourneuf, un petit auditorium de 182 places, permettra de monter des spectacles «format poche», faciles à reprendre en tournée par la suite. «La communauté théâtrale cherche souvent de petites salles intimes et il n’y en a pas tant que ça à Québec, note-t-il. Il y a une belle ouverture de la part de LaScène Lebourgneuf d’accueillir de nouveaux projets.» Selon la réponse du public, il souhaite y présenter d’autres pièces, tant l’été que pendant les autres saisons.

«Il y a de la place. Il y a 25 ans, il y avait une dizaine de théâtres d’été dans la région de Québec. Il y avait une belle dynamique, il y avait de tout. Il y a eu un mouvement vers d’autres types de spectacles, mais je crois qu’il y a encore de la place pour du théâtre en été.»

Jonathan Gagnon, co-metteur en scène de la pièce Le Prénom, devant le théâtre de la Bordée.

Le Dream Team prolonge sa saison à la Bordée

Quelques jours après la dernière représentation de Boeing Boeing au Théâtre Petit Champlain, une autre production du Dream Team commencera à la Bordée. La compagnie d’Emmanuel Bédard et de Nicolas Létourneau produit donc trois pièces cet été, puisqu’elle présente aussi Deux hommes tout nus à Dam-en-Terre, à Alma.

La compagnie alterne les créations et les reprises en les faisant voyager d’une région à l’autre, d’un été à l’autre. «C’est une tentative de commencer la saison plus tôt à la Bordée, en reprenant Le prénom, qu’ils ont montés à Dam-en-Terre l’été dernier», indique Jonathan Gagnon, qui a fait la co-mise en scène de la pièce. La même distribution, qui a déjà 42 représentations derrière la cravate, jouera dans le même décor et selon la même mise en scène.

Les équipements techniques de la Bordée ont toutefois permis d’ajouter des éclairages et de faire appel au concepteur Keven Dubois, note M. Gagnon. «À Dam-en-terre, on a mis des clins d’œil locaux, à des rues ou des commerces du Saguenay, ici on a mis des clins d’œil à Québec», ajoute-t-il. 

Le texte adapté par Maryse Warda contient tout ce qu’il faut, à son avis, pour faire rire et tenir le public en haleine. «On a essayé de trouver des moments de folies. Le théâtre français peut être un peu verbeux, et moi j’aime bien qu’il y ait de l’action. On a dynamisé tout ça, pour ne pas que ça reste seulement dans la discussion. Il y a une bataille de bouffe et une belle chorégraphie qui résume la première partie après l’entracte», explique-t-il.

Heureux d’avoir pu faire de la mise en scène — «J’ai fait la formation en mise en scène au conservatoire, mais les gens pensent plus à moi comme acteur» —, il a fait la mise en place au début des répétitions, puis a passé le témoin à Marie-Josée Bastien pour peaufiner la direction d’acteurs.

Il a aussi joué Berthe, la nounou, dans Boeing Boeing, un «énorme succès» dont les dernières représentations sont presque pleines. Bref, il trouve son bonheur en comédie et il semble que le public le trouve aussi.

«Je ne sais pas pourquoi on lève le nez là-dessus en saison, peut-être à cause de notre passé de théâtre burlesque. C’est pas mal plus difficile de faire rire quelqu’un que le faire pleurer, indique-t-il. On n’est plus dans l’âge d’or du théâtre d’été, mais les pièces qu’on présente marchent bien. On a un petit espoir que le feu repogne.»

Elektro, jusqu’au 24 août à LaScène Lebourgneuf (815, boul. Lebourgneuf) Info : lafeniere.ca 

Le prénom, du 6 au 31 août à la Bordée (315, rue Saint-Joseph Est) Info : bordee.qc.ca