Désirée a pris son temps avec son album «Madeleine». Elle voulait que l’opus soit à la hauteur de ses attentes.

Désirée rend hommage à son arrière-grand-mère avec «Madeleine»

Elle s’appelait Madeleine. D’une générosité inspirante, c’est pratiquement elle qui a élevé son arrière-petite-fille. Et son esprit habite l’album qui porte son nom. Au terme de deux années de deuil et de travail créatif minutieux, Désirée lui dédicace «Madeleine», son premier opus, qu’elle égratigne du même timbre rauque qui a fait chavirer les cœurs à «La Voix» en 2017.

Entre la Désirée de Madeleine et la Désirée en personne, le contraste est frappant. La lumineuse blonde de 23 ans qui se présente dans un café d’Ottawa montre bien sa joie de retrouver l’une des régions où elle a grandi – l’Abitibi, Montréal et sa couronne nord complètent la liste ; elle plaisante sans filtre et ne se fait pas prier pour dériver vers des sujets hors champ.

« Il y a souvent des gens qui me demandent: “Ben voyons, ça va ?”, raconte-t-elle en riant. Je n’ai pas besoin d’exprimer mon bonheur par la musique, je le fais dans ma vie. Je n’ai jamais pensé à faire de la musique joyeuse. Je ne pense pas que ça m’inspirerait, et je ne pense pas que j’aimerais ça ! »

Son arrière-grand-mère est comme une mère pour Désirée. Pendant 15 années, Madeleine a accueilli la petite, jusqu’à ce qu’elle vole de ses propres ailes. « Juste avant La Voix, elle est tombée malade », s’est souvenue, paisible, la chanteuse. Déjà, l’album s’écrivait, dans le deuil anticipé.

Il y a un an et demi, Madeleine est partie. « C’était une belle personne. Elle était assez âgée à la fin, mais elle est toujours restée lucide. Sa perte d’autonomie était plus physique que mentale, ajoute la jeune femme. J’ai aussi vu cet aspect-là, d’une dame qui n’est plus autonome, mais qui le sait. »

L’opus était censé paraître début 2018. L’artiste a préféré prendre son temps, question que la marchandise livrée soit à la hauteur de ses attentes.

Introspectif jusqu’au fond des tripes, mélancolique et imagé sans être révélateur, l’album reflète « toute l’histoire de ces deux années-là », de cette tranche de vie qu’elle a uniquement consacrée à la création. Avec son jeu de piano et sa fine plume, elle y ouvre son cœur lacéré par, entre autres, un début de relation houleux et la tristesse de voir vieillir d’autres membres de sa famille.

« Ça parle de moi, de comment je me suis sentie. C’est quand même égoïste comme album ! pouffe Désirée. (Pendant le processus), j’ai eu beaucoup de remises en question. C’est tellement personnel. Je me demandais si j’allais être capable de vivre avec le fait que les gens entendent tout ça. »

Mais le monde entier peut ouvrir son journal intime depuis le 19 avril. Son verdict ?

Elle s’esclaffe. « Je ne suis pas morte ! »

« C’était peut-être trop grand »

Avant de faire La Voix, Désirée pianotait depuis ses 12 ans, sans jamais avoir osé rêver faire carrière en musique. Elle n’avait jamais même composé. Voilà cinq ans qu’elle accumulait de plus en plus de contrats comme intervenante auprès d’adultes autistes.

« Je ne pensais même pas passer à la télé. Ce sont des amis qui m’ont mise au défi d’aller aux auditions, détaille-t-elle. Devenir artiste professionnelle, c’était peut-être trop grand ; je ne voyais pas ça comme si c’était possible. J’aurais fait des projets pour moi-même, mais je n’aurais jamais pensé possible que les gens aiment autant ça. »

Au moment où, à son audition à l’aveugle, les chaises des quatre juges ont pivoté, un déclic s’est produit. Son intuition s’est confirmée au fil de ses triomphes qui l’ont menée jusqu’aux demi-finales de l’émission qui bat des records de cotes d’écoute. « Je me suis dit: “Cool, peut-être que je pourrais essayer et que ça pourrait marcher.” »

Dans les prochains mois, Désirée participera à un atelier d’écriture en France chapeauté par Francis Cabrel, puis fignolera les détails d’une tournée automnale.

À l’avenir, « j’aimerais encore faire des spectacles, tourner mes albums, et rester fidèle à moi-même. Je veux vraiment garder cet équilibre-là et prendre mon temps. Je veux encore triper dans dix ans. »