Pour de célèbres écrivains algériens ayant connu les horreurs de la «décennie noire» (1992-2002), la vision de centaines de milliers de manifestants défilant pacifiquement dans les villes algériennes suscite l’admiration.

Des écrivains face à la crise algérienne

PARIS — De tribunes assassines en interviews coup de poing, pleins d’espoirs et d’angoisses, de célèbres écrivains algériens prennent fait et cause pour la rue et la jeunesse algériennes, admiratifs d’une contestation qu’ils n’ont pas vue venir.

Ils sont internationalement connus, habitués des prix littéraires: Kamel Daoud, Yasmina Khadra et Boualem Sansal, écrivains francophones, multiplient les interventions depuis le début de la crise.

Après l’annonce lundi du report de l’élection présidentielle et du renoncement du président Abdelaziz Bouteflika à briguer un cinquième mandat, Boualem Sansal a salué «une nouvelle merveilleuse». 

Pour ajouter immédiatement : «elle change quoi? Le système que les manifestants voulaient voir disparaître est toujours là. Il faut voir ce que l’armée, les services secrets et les grandes clientèles de Bouteflika vont décider : qui va gouverner la transition, élaborer la nouvelle constitution, organiser la conférence nationale, le référendum et les élections?»

Kamel Daoud, lui, s’est enflammé depuis le début pour la contestation, exaltant le côté festif des manifestants protestant contre un cinquième mandat de Bouteflika.

Et a dénoncé, dans une tribune au quotidien Le Monde, «la kadhafisation lente du pays», «l’encanaillement généralisé de l’État» et son palais rempli «de courtisans, de clans, de clowns et de courtiers».

«Un vrai bonheur»

Pour ces écrivains ayant connu les horreurs de la «décennie noire» (1992-2002), la vision de centaines de milliers de manifestants défilant pacifiquement dans les villes algériennes suscite l’admiration.

«Pendant des années, j’ai écrit que l’Algérie avait renoncé. C’est un vrai bonheur aujourd’hui de m’apercevoir que je me trompais», déclarait de son côté Yasmina Khadra au quotidien Le Parisien.

Le «peuple algérien est sorti de sa convalescence [...] je suis resté admiratif devant son courage, sa sérénité», a-t-il dit lundi à France 3.

Pour Yahia Ouaret, architecte de 24 ans récemment installé à Paris et membre fondateur du collectif Algérie debout, «Daoud, Sansal, etc.. ont toujours été contre le régime, ce sont de grands noms, on compte sur eux».