Maxim Robin a témoigné d’un soi-disant manque d’équilibre chronique pour revisiter de façon humoristique la fois où il a semé la pagaille dans la pièce «Casse-Noisette», qu’il a vue un nombre incalculable de fois avec sa mère, au Grand Théâtre.

Des contes à passer du bon temps [VIDÉO]

CRITIQUE / À Québec, Noël ne serait pas complet sans la tradition des «Contes à passer le temps». Depuis neuf ans, les voûtes de la maison Chevalier, dans le Petit Champlain, deviennent un lieu de divertissement et de recueillement. Sortes d’anachronismes dans une société qui ne cesse de courir après sa queue, ces soirées se veulent «une occasion rare de s’enfarger la course, de s’offrir un répit», comme l’écrit le parrain de l’événement, Fred Pellerin, maître conteur devant l’éternel.

Dans le décor intimiste de la maison historique, avec vieux murs de pierre, horloge grand-père, lumières de Noël au plafond et sapin dans un coin, les six comédiens conteurs font étalage d’un art qui se perd, celui de la tradition orale, celle qui fait pousser des ailes à l’imagination du spectateur, à mille lieues de l’humoriste abonné aux farces grivoises et méchantes.

Vendredi soir, pour la première de la saison, la parole s’est faite drôle, tendre, touchante, triste. Seul au milieu de la place, comme c’est la coutume, devant deux rangées de spectateurs à quelque pieds de lui, chaque comédien s’est transformé en poète urbain, prenant prétexte du temps des Fêtes pour saupoudrer de magie des scènes de la vie quotidienne.

Maxim Robin a témoigné d’un soi-disant manque d’équilibre chronique pour revisiter de façon humoristique la fois où il a semé la pagaille dans la pièce Casse-Noisette, qu’il a vue un nombre incalculable de fois avec sa mère, au Grand Théâtre. Avec, à la clé, la perte de l’innocence, celle de découvrir que la fée Dragée ne vole pas...

Tuque rose sur la tête, jogging en coton ouaté et vieux manteau d’hiver sur le dos, Lorraine Côté a conquis les cœurs dans Les oiseaux mouches en hiver, avec son personnage de femme dépressive de la rue Bourlamaque qui lance des bouteilles, non pas à la mer, mais dans le fleuve, dans l’espoir que quelqu’un vienne soulager son désespoir. Le texte à la fin joyeuse d’Anne-Marie Olivier va droit au cœur. «Noël, c’est le moment de l’année où il y a le plus de soupirs qui montent au ciel.»

Dans Le temps des fraises, d’après un texte de Frédéric Blanchette, Nicola-Frank Vachon se prête aux confidences à l’endroit de son enfant à naître, à l’occasion de «ce dernier Noël que nous passons sans toi». Il ouvre son cœur, incapable de dissimuler sa peur face à l’avenir, dans une société divisée entre «ceux qui en veulent toujours plus et les autres qui essaient de survivre». Et si c’était cet enfant qui viendra éclairer la suite du monde?

Rigolade et émotion

Beaucoup de rigolade dans le conte satirique Salut Bonhomme, de et par Sophie Thibault, qui se transforme en fan finie du célèbre personnage emblématique. Comble du bonheur, le destin mettra sur sa route un amoureux dont les gestes et la tonalité de voix ressemblent à ceux de son idole, même la jambe lancée haut dans les airs, et hop!

Gros moment d’émotion pour Des confettis pour Noël où Mary-Lee Picknell-Tremblay, en infirmière à domicile, raconte les derniers moments d’un «p’tit couple de vieux cutes» de Limoilou. La femme, pâtissière hors-pair, concoctera un mémorable et ultime repas dont l’épilogue a fait verser quelques larmes. Là encore, le texte de Sophie Grenier-Héroux fait mouche.

Heure de tombée oblige, il a été impossible d’assister au dernier segment de la soirée, L’amour au temps des souffleuses II: le Kid contre-attaque, suite de L’amour au temps des souffleuses, présenté l’an dernier. Marc-Antoine Marceau, dans son habit de ski-doo, semblait de bien belle humeur pour rendre les mots de Jean-Michel Girouard.

Comme l’an dernier, la musique s’invite à la soirée pour notre plus grand plaisir. Ici, quelques accords de guitare ou le son discret d’un xylophone; là, une chanson déployée en chœur — Le petit roi de Ferland, L’amitié de Françoise Hardy, L’hymne à l’amour de Piaf. Tout pour faire de cette nouvelle mouture des Contes un (autre) inoubliable moment.

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Les contes à passer le temps sont présentés à la Maison Chevalier les 14-15-21-22-27-28-29 et 30 décembre (à 15h et 20h) et les 19-20 et 23 décembre (20h).