L'auteur, metteur en scène et comédien Denis Bouchard aborde les thèmes de la mort et de la religion dans la comédie dramatique «Le dernier sacrement».

Denis Bouchard : Si Dieu existe...

Denis Bouchard travaillait sur son spectacle «Le dernier sacrement», qui aborde les thèmes de la mort et des religions, quand le débat sur laïcité a une nouvelle fois fait des vagues. Pour l’auteur, metteur en scène et comédien, ç’a été «la cerise sur le sundae».

«La réalité a rejoint la fiction, d’une certaine façon, évoque-t-il. Moi, il y a beaucoup de choses que j’avais à dire là-dessus depuis longtemps.»

Le questionnement qui a mené Denis Bouchard à écrire Le dernier sacrement est né d’une phrase qu’il a lue et qui disait en somme que les gens qui ont la foi meurent plus en paix que les non croyants. «Je me suis dit que c’était mal parti pour moi», rigole celui qui a lancé des recherches, en visitant notamment des unités de soins palliatifs.

«Des gens m’ont dit que c’est souvent là que sont les crises de foi, explique-t-il. J’avais peur d’aller là, je me disais que c’était des mouroirs. Ce que j’ai vu là m’a jeté à terre : la dignité, le respect de la vie. C’est la fin de la vie, mais on célèbre quand même la vie. Et les gens qui travaillent là, ce sont des anges.»

L’auteur et metteur en scène a aussi été étonné de trouver beaucoup d’humour chez des gens en fin de vie. Comme cette femme qui a refusé les chocolats qui lui étaient offerts en plaidant avoir peur de ne pas entrer dans son urne. «Une autre femme m’a dit : “ça doit être le fun de l’autre côté, jamais personne ne revient...» cite-t-il également.

Naturellement, c’est donc dans une unité de soins palliatifs qu’il a choisi de camper sa comédie dramatique, dans laquelle il se glisse dans la peau d’un homme atteint d’un cancer en phase terminale. Non croyant, mais cultivant le doute, il aura l’occasion d’échanger sur la question avec une infirmière croyante et la fille de celle-ci, qui pratique sa religion.

«Il pose la question : “prouvez-moi que Dieu existe”. Et elle lui répond : “prouvez-moi qu’il n’existe pas”. Il dit tout le temps qu’il ne croit pas. Mais il pense : “tout d’un coup que j’ai tort? J’aimerais mieux ne pas prendre de chance”», résume Denis Bouchard.

«C’est une pièce sur la tolérance, ajoute-t-il. Ce sont des êtres qui ne sont pas d’accord, mais qui ne se traitent pas de tous les noms. J’avais le goût de parler de ça avec respect.»

La pièce Le dernier sacrement a été créée dans des circonstances particulières : Denis Bouchard a littéralement convié le public à l’hôpital. Au printemps 2018, il s’était installé au Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM), dans trois chambres servant habituellement aux étudiants en médecine. L’aventure a fait mouche, si bien qu’elle a été reprise en salle et fait l’objet d’une tournée qui l’amènera aux quatre coins du Québec d’ici à l’an prochain.

Un climat de comédie
Au CHUM, le spectacle était précédé d’une «expérience immersive» lors de laquelle les spectateurs étaient invités à déambuler d’une pièce à l’autre à la rencontre de figurants-patients.

«Dans les théâtres, on installe nos deux lits dans le hall… Et moi, je vends des urnes!» lance Bouchard, soucieux d’installer d’entrée de jeu un climat de comédie.

La réflexion qui a mené à ces rires n’en a pas été moins sérieuse pour celui qui dit prendre davantage pour cible les institutions religieuses que la foi en tant que telle. Il cite les dogmes et les rites «d’une absurdité sans nom» dont il a été témoin au fil de ses voyages. Il pointe aussi les avantages qui sont toujours accordés aux institutions religieuses.

«N’importe qui devrait se créer une religion et ne plus payer de taxes foncières parce que la cuisine est un lieu de culte, image-t-il. J’avais envie de parler de ça, d’aborder les religions sous cet angle-là. Nonobstant le prophète ou le Dieu, que je ne remets pas en question. Ce que je remets en question, ce sont les institutions qui ont été créées à partir de ça et qui se sont donné des codes : lui est un pape infaillible, là il faut prier cinq fois par jour, là il y a 33 000 dieux...»

Si Denis Bouchard a souvent mené plusieurs projets de front — entre son travail d’acteur et celui de metteur en scène —, il se réjouit désormais de se consacrer seulement à ce «bébé», qui continue de faire son chemin. Selon lui, la pièce pourrait être traduite en anglais et un projet d’adaptation cinématographique pourrait être dans l’air.

«Tout était en place pour que je m’investisse là-dedans et que pour l’une des premières fois de ma vie, je ne fasse qu’une chose. Avant, je partais en Pologne le vendredi pour travailler avec Garou et je revenais le dimanche pour tourner Annie et ses hommes, c’en était ridicule. Là, je ne fais que ça. C’est mon bébé, je le produis, je fais tout. Après ça, on verra bien!»

Outre une représentation à la salle Albert-Rousseau le 27 octobre, la tournée de la pièce «Le dernier sacrement» fera notamment escale à Rivière-du-Loup (24 octobre), à Rimouski (25 octobre), à Sept-Îles (29 octobre), à Baie-Comeau (30 octobre) et à Thetford Mines (9 novembre).