Visiblement à l’aise pour questionner le public et rebondir sur les réponses, Mehdi Bousaidan donne davantage l’impression de dialoguer avec les spectateurs que de livrer un monologue.

«Demain» de Mehdi Bousaidan: multi monologue interactif

CRITIQUE / Au centre d’un environnement composé d’écrans, Mehdi Bousaidan présente un spectacle interactif où il bondit habilement d’une idée et d’un accent à l’autre. Un dynamique antidote à l’apathie et à l’indifférence ambiantes, qui montre qu’on peut rire de tout, tout en ayant du contenu.

Pour son premier solo, l’humoriste a inscrit son spectacle dans un cadre qui lui permet de jouer avec les codes de la télévision. La voix de Siri nous avertit dès le départ que nous allons assister à un spectacle interactif, où il faudra faire des choix par applaudissements. On entend les voix d’un couple qui évalue ce qu’il regardera sur «Medflix». Ils arrêtent leur choix sur le spectacle solo de Medhi Bousaidan, qui commencera son numéro en espagnol, puis sous-titré en arabe, puis, enfin, en français. Il multipliera d’ailleurs les voix et les accents, un véritable talent qui est souvent au cœur de ses numéros et qui lui permet de faire vivre un large éventail de personnages.

À plusieurs moments-clés, le public aura à voter pour influencer la suite des histoires (ou pour laisser ou non l’humoriste boire de l’eau) et le couple hors champ accrochera la manette de sa télé,  ce qui permettra notamment de revoir le spectacle en accéléré juste avant que Mehdi nous en explique le titre, à la toute fin. Il a carrément trouvé le moyen de faire du montage sur scène, tout en faisant un clin d’œil au fait que l’humour se consomme de plus en plus dans son propre salon — bien que mardi soir, la salle Albert-Rousseau était bien remplie.

Kaléidoscope

Visiblement à l’aise pour questionner le public et rebondir sur les réponses qui lui sont données, Mehdi Bousaidan donne davantage l’impression de dialoguer avec les spectateurs que de livrer un monologue. Qu’il parle des chaînes de restaurants (qui sont allées beaucoup trop loin dans les jeux de mots avec les œufs), des sports olympiques inventés pour rire par les Norvégiens, ou encore qu’il attribue chaque sonnerie de réveil de son iPhone à une personnalité typée, il nous fait voir le monde à travers un kaléidoscope comique plutôt efficace.

Lorsqu’il nous livre certains détails sur son enfance ou sur lui-même, c’est toujours pour nous amener à 1000 km de là, un choix assez rare (et rafraîchissant) pour un premier solo.

Au fil de mises en situations actées, mimées, voire dansées et chantées, dans un hilarant segment de reggaeton où il joue tous les personnages d’un vidéoclip, il joue au ping pong entre ses observations et ses expériences de vie. Jusqu’au segment émouvant du spectacle (tout de même truffé de blagues) où il raconte son arrestation à l’École de l’humour pour avoir transporté de (fausses) armes dans la rue et sa prestation dans une prison fédérale où il met de l’avant, encore une fois avec humour, ses qualités humaines.

C’est d’ailleurs ce qui fait le plus de bien, outre les éclats de rire, en assistant au spectacle de Medhi Bousaidan : cette impression que malgré la multiplication des écrans, les humains (l’humoriste le premier) n’ont pas cessé de tendre la main aux autres.

Une supplémentaire de Demain a été annoncée à la salle Albert-Rousseau le 16 avril 2020.