Homme de théâtre, Gabriel Gascon a aussi tenu plusieurs rôles marquants à la télévision québécoise, dont celui d’Alexis dans «Les Belles Histoires des pays d’en haut», ainsi qu’au cinéma. Il a aussi fait carrière en France où il s’est expatrié à deux reprises.

Décès du comédien Gabriel Gascon

MONTRÉAL — Le comédien Gabriel Gascon est décédé à l'âge de 91 ans, a confirmé mercredi le Théâtre du Nouveau Monde, qui l'a souvent accueilli sur les planches au cours de sa carrière.

Le Montréalais, dont la voix d'outre-tombe a fait partie de sa marque de commerce, a appris son métier en dilettante, mais en a résolument fait le centre de son existence. Il avait déjà confié en entrevue en faire «presque une maladie».

Homme passionné par son art, Gabriel Gascon aura connu un baptême de feu, en 1951, dans la toute première pièce présentée au Théâtre du Nouveau Monde (TNM), «L'Avare» de Molière. Sous la direction de son frère Jean, l'un des cofondateurs de l'institution, le jeune comédien intimidé qu'il était à l'époque y a tenu le rôle de Cléante aux côtés des Janine Sutto, Denise Pelletier et autres Jean-Louis Roux de ce monde.

Il a également prêté ses traits pendant neuf ans à Alexis Labranche dans la série télévisée qui a marqué toute une génération de Québécois — «Les Belles Histoires des pays d'en haut», de l'écrivain Claude-Henri Grignon —, avant de passer le relais à Guy Provost.

Le succès connu par son aîné Jean Gascon dans le milieu théâtral lui portant quelque peu ombrage, le comédien s'est exilé vers la France à deux reprises — la première pour deux ans et la seconde, pour 15 ans —, dans l'espoir de s'y tailler son propre nom. Au hasard des rencontres, il s'est joint à la troupe du Théâtre national populaire de Jean Vilar et s'est frotté à plusieurs des grands classiques de la dramaturgie.

Au Québec, le comédien a connu une relation marquante avec le metteur en scène et directeur de la compagnie UBU, Denis Marleau. Gabriel Gascon appréciait particulièrement l'ouverture du metteur en scène, qui invitait les acteurs à insuffler leur propre créativité à une pièce. Les deux hommes se tenaient en haute estime et travailler avec Denis Marleau était, aux dires de l'acteur, une source de «bonheur immense».

Deux fois plutôt qu'une, ils ont connu un succès retentissant en montant à Montréal une pièce de Samuel Beckett, «La Dernière Bande» (1994 et 2002). L'interprétation qu'a livrée Gabriel Gascon de Krapp, le personnage de Beckett écoutant, 30 ans après, des enregistrements de sa voix sur une relation ratée, a été encensée par la critique et qualifiée de «magistrale».

Quatre ans après avoir souligné les 55 ans de métier de Gabriel Gascon, le metteur en scène devait retrouver en 2006 son acteur fétiche pour «La fin de Casanova» à l'Espace Go. Le comédien avait toutefois dû déclarer forfait peu de temps avant la première, renonçant à contrecoeur à un rôle taillé sur mesure pour lui par Denis Marleau. Pierre Lebeau avait remplacé au pied levé le comédien, qui souffrait de troubles de mémoire passagers imputables à un surmenage. Gabriel Gascon, alors octogénaire, s'était fait prier par ses médecins de ralentir le rythme.

À la télévision

D'abord et avant tout homme de théâtre, le comédien a aussi tenu plusieurs rôles à la télévision, notamment dans «Montréal P.Q.», «Chartrand et Simonne» et «Les poupées russes», et au grand écran, où on l'a vu dans une dizaine de films, dont plus récemment «Adam's Wall» (2008), le «Guide de la petite vengeance» (2006) et «Le Marais» (2002).

En 2011, un hommage avait été rendu à Gabriel Gascon à l'occasion des célébrations du 60e anniversaire du TNM. Il avait alors déclaré que «(si on) ne peut rien faire pour le théâtre, le théâtre peut faire un tas de choses pour nous».

Sa nièce, la réalisatrice Sylvie Groulx, lui a par ailleurs consacré le documentaire «La passion selon Gabriel», un regard intimiste sur la vie professionnelle et personnelle de l'acteur — père de huit enfants —, sorti en salles en 2012.