Bernardo Bertolucci en 2013, alors qu’il présidait le jury de la Mostra de Venise.

Décès du cinéaste italien Bernardo Bertolucci

ROME — Le réalisateur italien Bernardo Bertolucci, auteur notamment du sulfureux «Dernier tango à Paris», et de la grande fresque historique «Novecento», est mort lundi à Rome à l'âge de 77 ans.

Bernardo Bertolucci, considéré comme l’un des derniers géants du cinéma, avait remporté l’Oscar du meilleur réalisateur en 1988 pour Le dernier empereur.

«Bernardo Bertolucci nous a quitté aujourd’hui», a confirmé lundi son service de presse sans préciser les causes de sa mort. Selon les médias italiens, il était atteint d’un cancer.

Créateur fécond, dont la fresque Novecento (1900) a acquis le statut d’œuvre classique majeure dans son pays, il est aussi celui par qui le scandale, et la polémique, sont arrivés avec Le dernier tango à Paris, réalisé en 1972 à Paris.

Bernardo Bertolucci, à gauche, discute avec les acteurs Marlon Brandon et Maria Schneider pendant le tournage du «Dernier tango à Paris», en février 1973.

Alors véritable légende vivante, Marlon Brando y interprétait un de ses derniers rôles. Une scène de sodomie avait fait scandale et provoqué l’interdiction du film en Italie. L’actrice Maria Schneider, âgée de 19 ans au moment du tournage, en avait été profondément marquée, le réalisateur ayant raconté par la suite qu’elle n'avait pas été complètement avertie avant le tournage du contenu de cette scène.

Le dernier empereur

Né le 16 mars 1941 à Parme, cité raffinée du nord de l’Italie où il situera Prima della Revoluzione (1964, prix de la critique à Cannes) Bernardo Bertolucci a grandi dans un milieu aisé et intellectuel.

Il a la révélation du cinéma en voyant La Dolce Vita de Federico Fellini. Son père, poète, professeur d’histoire et critique de cinéma, lui offre sa première caméra 16 mm à 15 ans.

Après le scandale, mais aussi le succès du Dernier tango à Paris, Bertolucci dispose d’assez de moyens pour tourner sa grande fresque historique, Novecento, une de ses œuvres majeures qui embrasse près d'un siècle de lutte des classes dans la riche plaine du Pô à travers le destin de deux amis d’enfance. Le film est porté par un prestigieux casting international (Robert De Niro, Gérard Depardieu, Burt Lancaster, Dominique Sanda).

Première du film «Novecento» à Cannes le 21 mai 1976. Bernardo Bertolucci est ici accompagné de l’actrice Stefania Sandrelli (à gauche) et de l’actrice française Dominique Sanda.

La consécration de ses pairs lui viendra avec Le dernier empereur, tourné en 1987 et qui lui vaudra neuf Oscars.

Bernardo Bertolucci lors de la cérémonie des Oscars en 1988, où «Le dernier empereur» lui a valu la statuette du meilleur réalisateur.

Réalisateur mais pas uniquement, il est aussi le coscénariste du célèbrissime film de Sergio Leone, Il était une fois dans l'Ouest.

«C’était le dernier empereur du cinéma italien, le seigneur de toutes les fresques et de toutes les frasques. La fête est finie: il faut être deux pour danser le tango», a déclaré lundi Gilles Jabob, ancien président du Festival de Cannes qui avait remis une palme d’honneur à Bertolucci en 2011.

Bernardo Bertolucci à Venise le 28 août 2013

«On se souviendra de lui comme un des plus grands du cinéma italien et mondial», a réagi de son côté le président de la Mostra de Venise, Paolo Baratta, rappelant que Bertolucci avait présidé deux fois le jury de ce festival, en 1983 et 2013. La Mostra lui avait également rendu hommage en lui décernant en 2007 un Lion d’Or pour sa carrière.

«Sa mort est aussi un peu la nôtre», a commenté pour sa part le réalisateur italien Marco Bellochio, cinéaste de la même génération que Bertolucci, et auteur d’un autre film sulfureux ayant fait scandale à sa sortie en 1986: Le diable au corps.

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BERTOLUCCI SE VOYAIT COMME UN «DÉCOUVREUR D’ACTRICES»

Bernardo Bertolucci à Cannes en compagnie de Liv Tyler, que le cinéaste italien a introduite dans «Beauté volée» en 1996.

À l'occasion d'une rencontre avec l’AFP en novembre 2013 à Los Angeles, le réalisateur Bernardo Bertolucci, mort à Rome à 77 ans, avait évoqué son héritage, estimant qu’il resterait probablement dans les mémoires comme «un découvreur de jeunes actrices».

«Cela m’importe peu», déclarait le cinéaste italien quand on lui demandait la postérité à laquelle il aspirait: «Mes films existent et les gens peuvent les voir», disait-il, à l'occasion de la présentation d'une version en 3D de son chef-d'oeuvre Le dernier empereur, qui lui valut 9 Oscars dont ceux du meilleur film et du meilleur réalisateur en 1988.

«Mais quelquefois, ça m’amuse de penser qu'on se souviendra davantage de moi comme un découvreur de jeunes actrices que comme cinéaste», ajoutait-il.

«J’en ai découvert tellement!» Et de citer pèle-mêle Dominique Sanda, qu'il a dirigée dans Le Conformiste (1970); Maria Schneider du sulfureux Dernier tango à Paris (1972); Liv Tyler, dans Beauté volée (1996); ou Eva Green, qui a fait ses premiers pas devant sa caméra dans The Dreamers (2003), avant de faire carrière aux États-Unis.

Malgré son impressionnante filmographie, il reconnaissait s’être «parfois trompé»: «Mais tous mes choix ont été sincères.»


« Si un jeune me demandait la chose la plus importante à faire pour commencer une carrière de cinéaste, je lui dirais d'être sincère et de suivre son cœur »
Bernardo Bertolucci

Attaché à la pellicule, il a essayé de passer au numérique pour Moi et toi (2012), son dernier film... avant d’y renoncer. «La définition et la netteté étaient très grandes, mais je voulais que le film ait une qualité impressionniste.»

Il n'en restait pas moins conscient des changements technologiques qui bouleversent le cinéma. «Bientôt, on regardera les films sur des paquets de cigarettes ou sur notre montre. Il faudra inventer des histoires capables de s'adapter aux différents formats.»

«Si un jeune me demandait la chose la plus importante à faire pour commencer une carrière de cinéaste, je lui dirais d'être sincère et de suivre son coeur. Il est très important d'être complètement honnête dans ce que l’on fait.»

À la fin de sa carrière, le cinéaste avouait son admiration pour la nouvelle vague de séries télévisées américaines, notamment Breaking Bad.

«Les films, ces derniers temps, ne sont pas très intéressants, alors que les séries télévisées le sont énormément», disait-il, en déplorant notamment l'obsession du cinéma pour les montages saccadés.

Les séries, observait-il, «ont conservé le rythme que l'on trouvait auparavant au cinéma. Aujourd'hui, tous les films doivent être des films d'action, même s'ils ne le sont pas". "Dans les séries, on peut encore voir des personnages regarder des choses ou contempler le ciel».

Voici l’essentiel de la filmographie du réalisateur italien Bernardo Bertolucci.

  • 1964: Prima della rivoluzione
  • 1968: Partner
  •  1970: La stratégie de l’araignée
  • 1970: Le conformiste
  • 1972: Le dernier tango à Paris
  • 1976: Novecento (1900)
  • 1979: La Luna
  • 1981: La tragédie d’un homme ridicule 
  • 1987: Le dernier empereur (Oscar du meilleur réalisateur)
  • 1990: Un thé au Sahara
  • 1993: Little Buddha
  • 1996: Beauté volée
  • 2003: Innocents: The Dreamers