Le film retenu pour représenter l’Iran aux Oscars suscite un débat dans le pays, tant pour le choix de l’œuvre elle-même que pour la décision de participer au grand rendez-vous annuel d’Hollywood.

Débat en Iran autour du film choisi pour les Oscars

TÉHÉRAN — Le film retenu pour représenter l’Iran aux Oscars suscite un débat dans le pays, tant pour le choix de l’œuvre elle-même que pour la décision de participer au grand rendez-vous annuel d’Hollywood.

La Fondation Al-Farabi pour le cinéma, chargée de choisir le film que l’Iran enverra à cette compétition en 2019, a annoncé s’être portée sur Cas de conscience (Bédouné tarikh, bedouné emza, en persan) du réalisateur Vahid Jalilvand.

Le film a été primé deux fois à la Mostra de Venise (meilleur réalisateur et meilleur acteur en 2017) et récompensé par plusieurs autres festivals internationaux.

Il dépeint les tourments de deux hommes face à la mort d’un même garçon dont chacun (un médecin et le père de l’enfant) s’estime responsable, avec l’injustice sociale comme toile de fond.

Dans le communiqué annonçant son choix, la Fondation Al-Farabi a pris le devant des critiques.

«Chaque année», écrit-elle, «un vieux débat resurgit en Iran sur la nécessité ou non de présenter un film» pour l’Oscar du meilleur film étranger.

«Cette année», poursuit-elle, la décision des États-Unis de se retirer de l’accord international sur le nucléaire iranien de 2015 et de réimposer des sanctions économiques contre la République islamique «a rendu ce débat encore plus important et conduit certains conservateurs à proposer de boycotter les Oscars».

Intérêt à l’étranger

La Fondation justifie sa décision de participer aux Oscars par le fait que «le cinéma américain, et en particulier les membres de l’Académie» qui organise la compétition, sont à la pointe de la critique «du gouvernement populiste du président Donald Trump et de ses politique empreintes de racisme et d’unilatéralisme».

Cas de conscience, ajoute-t-elle, a été choisi pour l’intérêt qu’il a suscité à l’étranger «et les efforts de son distributeur» pour faire voir le film aux États-Unis.

Financé par les Gardiens de la Révolution, l’armée idéologique de la République islamique, ce film à grand spectacle sur l’engagement iranien dans la lutte antijihadiste en Syrie est sorti en mars en Iran, où il a totalisé officiellement plus de 1,62 million d’entrées, ce qui en fait le quatrième film le plus vu dans le pays cette année.

«C’est un film caustique» pour l’image de l’Iran, «mais ce n’est pas le sujet», ajoute-t-il : «L’art, ce n’est pas faire de la retape pour son pays.»

En 2017, le réalisateur iranien Asghar Farhadi avait remporté son deuxième Oscar du meilleur film étranger pour Le Client, mais il avait boycotté la cérémonie d’Hollywood pour protester contre le décret migratoire controversé du président américain Donald Trump.